[Malaberg] Et voilà : plus qu’un gouvernement social démocrate en UE…

Comme je l’avais dit (mais je pensais pas que ça irait si vite), les sociaux-démocrates n’ont pas tardé à perdre leurs derniers  gouvernements dans l’UE.

Hop, L’espagne passe officiellement au PPE !

Si je rappelle que, parmi les quatre gouvernements que le citais dans le précédent billet (Grèce, Espagne, Autriche et Slovénie), deux étaient déjà tombés : Papandréou été débarqué par les dieux marchés il y a quelques semaines et remplacé par un technicien de Goldman Sachs (donc super à gauche, naturellement) qui gouverne avec le PASOK, la droite et l’extrême droite, et le gouvernement slovène avait été renversé par une motion de censure le 20 septembre (elections le 4 décembre, on va rigoler).

Donc, il ne reste plus que le premier ministre autrichien qui soit social démocrate dans l’UE ! Quand on sait qu’il s’appuie sur une coalition avec la droite, on peut douter du gauchisme de sa politique.

Et il y a toujours un gouvernement Communiste dans l’UE : celui de Chypre!  (qui a gagné les dernières législatives), huh.

Bref, il reste un gouvernement pseudo socialiste, un gouvernement relativement communiste, mon pronostic n’était pas si mauvais, non ? (avis à ceux qui se moquaient sur l’autre article…) Communistes et socialistes sont a égalité, un chacun ;-)

sur l’espagne : le PSOE fait la gueule, le PP est content…

Et les camarades des la Izquierda Unida (IU) multiplient par 5 leur représentation parlementaire !

Je souhaite bon courage aux espagnols pour résister à toutes les saloperies que ne manqueront pas de leur faire subir le pardido popular et Mariano Rajoy… C’est dingue : il se débarrassent du catastrophique Zapatero pour trouver pire !

petit gag: la télé s’est amusée avec la date : en effet les elections de 2011 on lieu le 20/11… d’où les 20.11 ambigus affichés partout.

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[Alboss] Le dragon est dans la bergerie !

(Je préviens d’entrée, cet article écrit durant le week-end peut déjà, à quelques égards, paraître obsolète. Je ne pouvais pas prévoir le coup de poignard grec, et je n’étais apparemment pas le seul. Les amateurs qui nous servent de dirigeants n’ont rien vu venir non plus. Vous me pardonnerez donc. Article écrit 2 jours avant G-P, Georges Papandréou, la nouvelle référence de la chronologie de l’existence de l’UE.)

Quelle est l’Europe de mes rêves ? Ou, plutôt, est-ce que je rêve d’Europe ? Si tant est que j’en ai rêvé un jour, après le sommet de Bruxelles, toute forme de rêve européen s’est envolée à jamais.
Ceux qui, comme mon ami Alexandre, croient à l’Europe, sont forcément des rêveurs et de doux idéalistes. Et je dirais même qu’ils ont une tendance profonde à la schizophrénie.
Je m’explique. Si on lit le dernier billet d’Alexandre, il y a l’Europe d’un côté et les Etats de l’autre… la première serait responsable, prévoyante et bienveillante, les seconds seraient évidemment tout le contraire. Cette étrange dichotomie semble consciemment, (ou inconsciemment, et ce serait d’autant plus grave), ne pas vouloir tenir compte du fait que l’une est faite à partir de l’autre et que l’une ne peut exister sans l’autre. Autrement dit, ceux qui ont pondu une Europe irréprochable sur le papier sont les mêmes que ceux à la tête des Etats fautifs ! Lorsque le traité de Maastricht est ratifié, Nicolas Sarkozy, alors secrétaire général adjoint du RPR, faisait campagne pour le oui. Tout comme on se souvient de cette une de Paris Match réunissant en 2005 François Hollande et Nicolas Sarkozy, chacun à la tête des deux plus grands partis politiques du pays, au diapason pour le oui au référendum sur la Constitution Européenne. Après, le tout est de savoir si on a écrit ces traités pour se donner bonne conscience ou pour les respecter…

Il est donc aberrant de dissocier les deux camps ! Il n’y a pas la vertueuse Europe d’une part et les véreux Etats de l’autre. Quand les Etats fautent, l’Europe faute ! Ne sommes-nous pas une « famille » ? C’est ce que j’ai cru comprendre ces derniers temps. Alors quand le petit frère grec faute, c’est parce que sa mère, l’Europe, a fauté au départ. Elle a soit fauté dans son éducation pour ne pas avoir su faire respecter ses règles, soit pour avoir inculqué de mauvaises règles ou même, pour avoir accepté dans la famille rapprochée (monétaire) un membre notoirement instable et malhonnête… Et qui le lui rend bien, en ce moment.
Alors, on reproche aux souverainistes d’être des boulets dont l’Europe doit se débarrasser pour avancer…  Ce serait donc en partie de la faute des sceptiques si l’Europe en est là. Et pourquoi ce ne serait pas de la faute des européistes ? C’est bien parce qu’ils n’ont jamais su nous convaincre que nous sommes toujours restés sceptiques et le cul entre deux chaises. C’est bien parce qu’ils n’ont jamais su convaincre qu’ils ont dû s’y reprendre à plusieurs fois pour faire passer en force leurs textes, au demeurant à l’apparence toujours vertueuse  et consciencieuse, censés régir l’UE. Les européistes n’ont jamais pris au sérieux les euros sceptiques. Ils n’ont jamais pris la peine de considérer leur position, la rejetant, la renvoyant dans ses 22 à la moindre occasion. Et ce, pas toujours avec élégance, dernier exemple en date : l’altercation Sarkozy-Cameron. Les européistes sont toujours parvenus à leurs fins et n’ont guère réellement souffert des euros sceptiques qui, eux, n’ont jamais bloqué le projet européen. Ils l’ont, au pire, retardé. On ne peut pas dire que le PPE soit minoritaire depuis une dizaine d’années à Strasbourg ou que l’immonde Barroso ne soit pas à la tête de la Commission européenne depuis bientôt sept ans. C’est moins la faute des sceptiques que celle des européistes eux-mêmes si nous en sommes là aujourd’hui ! Il ne faudrait pas inverser les rôles…
Mais, en même temps, si  on avait écouté les Français dès 2005, si nous n’avions pas fait voter deux fois les Irlandais pour Lisbonne, si, plus récemment, nous n’avions pas fait pression sur les Slovaques, nous n’en serions pas là. Nous aurions sûrement déjà célébré les funérailles de l’Europe un verre à la main, autour d’un bon grec en rêvant imaginant l’Europe d’après. Nous n’aurions donc pas été en retard, mais en avance.

Nul doute que Victor Hugo aurait considéré le projet actuel comme une félonie faite à ce que devaient être, selon lui, les Etats-Unis d’Europe !
Le dernier coup porté à cette Europe est venu du sommet de Bruxelles. Modestement, Sarkozy nous expliquait que lui et toute la bande d’incapables avaient non pas seulement sauvé l’Europe mercredi, mais le monde ! Je suis sûr que les Ouzbeks et autres Népalais peuvent souffler, l’Europe est sauvée. Mais à quel prix, puisque nous avons pactisé avec le diable. C’est d’ailleurs Nicolas Sarkozy en personne qui s’est entretenu avec lui au téléphone. Et le diable européen porte désormais un nom : Hu Jintao.
Alors, certes Alexandre, l’Europe n’a pas de politique économique et budgétaire fédéralisée, mais l’Europe a une BCE. On crache sur ceux qui usent de l’argument de l’indépendance et de la souveraineté des Etats et, dans le même temps, on  se soumet à jamais à l’ogre Chinois ? Si je comprends bien : pas de jaloux, de souveraineté et d’indépendance il n’y en aura ni pour les Etats ni pour l’Union Européenne ? Je trouve que les européistes ont poussé leur aversion pour ces deux composantes essentielles d’une nation ou d’une union un peu trop loin… Pourquoi l’Europe renie ses propres institutions pour vendre son âme aux chintoks ? Dans tout autre pays du monde, et c’est ce qui se passe aux USA, étant donné la gravité de la situation, on aurait fait appel à la planche à billets. Un pouvoir régalien ! Un levier qu’actionnent seulement les Etats qui sont maîtres de leur destin. Quoi ? Was ? Ah ja, ja, ja… c’est vrai, nous avons vainement demandé la permission au Bundestag avant de se prosterner… Nein inflation ! Verboten ! Traktat ! Heil Angela !

Ou, plutôt ni hao Hu Jintao ! Eh oui, faut se mettre à la page, le chinois va devenir la langue d’usage en Europe, maintenant. Dumping chinois ? Barrières douanières avec la Chine ? Pillage par la Chine de nos technologies sur l’autel du transfert de technologie ? Et, accessoirement, respect des droits de l’homme ? Terminé ! On n’en parle plus, alors que hier encore Sarkozy s’en insurgeait. Il ne faut plus agacer les salvateurs cocos chinois. Au contraire, on se félicite, dixit Sarkozy, que la Chine fasse tellement confiance à l’Euro qu’elle décide d’investir dedans. C’est formidable ! Je me pince pour y croire tellement c’est beau.
En provoquant une guerre mondiale, l’Allemagne nous avait déjà contraints au protectorat américain. Maintenant, sa peur bleue de l’inflation nous subordonne à la Chine sans pour autant offrir une solution sur le long terme.
Les européistes disent qu’il en va du respect des traités comme du respect de l’Europe. Néanmoins, je pense que l’Europe se serait bien passée de cet infâme signe respectif. En 2008, la solution est venue des Etats. On a définitivement constaté que l’Europe n’était pas l’outil adapté à la résolution de crises. En s’assoyant sur les traités, les protocoles et autres conventions, chaque Etat dans son coin a sauvé ses banques avec plus ou moins de brio. Cette fois, hypocrisie oblige, le piège des textes s’est refermé sans aucune possibilité de l’entrouvrir, même sous la pression que nous ne pouvions de toute façon pas exercer sur une Angela en position de force.
L’hypocrite mouton européen qui avait inventé l’euro pour fuir Oncle Sam se jette maintenant dans la gueule du dragon chinois. Etrange parcours.

Le sommet de Bruxelles a donc sauvé l’Euro pour mieux tuer l’Europe. Jeudi, au lendemain du sommet, les bourses se remettaient dans un élan presque orgasmique de leurs déboires… Par l’afflux de ces bonnes nouvelles politiques, leur turgescence faisait monter la valeur de l’euro emportant avec elle toujours plus la compétitivité de nos industries depuis toujours plombées par une monnaie sur évaluée… L’euro est un problème sans solution. Comme disait Einstein, « un problème sans solution, est un problème mal posé ». On en revient à la responsabilité  de l’Europe, comme des Etats.
Mais, comme la libido finit toujours par retomber, dès le lendemain, l’euphorie laissait place nette au doute de la panne italienne. L’Italie de Berlusconi qui pose un problème de libido, le comble…
Ainsi, les paris sont ouverts pour la date du prochain sommet décisif (presque le 20ème depuis le début de la crise), dans quelques jours, semaines ou mois ? (Les Grecs viennent d’apporter la réponse à cette question. Il aura fallu six jours pour qu’une nouvelle réunion de crise soit programmée ! C’est fort !)

De cette Europe là, désormais à la botte d’une dictature sans nom, souffrez que je ne puisse non pas en rêver mais lui souhaiter tout le mal du monde. Au fond, je rêve d’une seule chose : c’est que le cauchemar qu’est actuellement l’Union Européenne, prenne un terme définitif !
Bref, j’aurais aimé finir sur du Einstein mais c’est Bigard qui va conclure. Ainsi, à défaut de trouver le moyen de l’escalader, « c’est au pied du mur que l’on voit mieux le mur ».

[Malaberg] Bientôt davantage de dirigeants communistes en europe que de socialistes…

C’est vrai ! Je ne rigole pas !

Regardons juste les faits. Les prétendus socio-démocrates ou socialistes qui font la même politique que la droite partout en europe sont balayés les uns après les autres : En Allemagne, en Angleterre, dans les pays du nord, partout ils ont étés chassés du pouvoir !

Le dernier en date, c’est le portugal. Là bas, les débats portaient non pas sur « est ce qu’on va se plier ou pas à l’austérité du FMI et de l’UE », mais sur « qui sera le plus zélé à la faire » ? Les socialistes se sont fait balayer. En Espagne, le gouvernement Zapatero s’est pris une claque monumentale aux élections locales, en Angleterre, les travaillistes ont perdu l’année dernière…

En Slovénie, les socialistes au pouvoir qui proposaient un référendum sur l’allongement de la durée de cotisation l’ont largement perdu (72% de non), ils forment de plus un gouvernement minoritaire, dont l’espérance de vie n’est généralement pas bien longue, et ils ont de toute façon leurs elections législatives l’an prochain…

Il reste, sur les 27 pays de l’eurpe, 5 pays gérés pas la « gauche ». L’espagne, où ils devraient gicler l’an prochain, la Slovénie, dont je viens de parler, l’Autriche, ou le SPÖ gouverne avec la droite (je ne donne pas cher de leur peau) en faisant grimper l’extrême droite, (ça rappelle l’allemagne de la fin des années 20/début des années 30), et la Grèce, où ils font une super politique de droite.

Voilà. Ca fait 4 gouvernements « socio-démocrates » qui font tous une politique lamentable à peu près conforme à celle de la droite. Et qui sont tous en grande difficulté electorale pour les prichaines échéances.

Ah ? Il en manque un ? J’en avais annoncé 5 ? Il y en a qui suivent, au fond, c’est bien.

Ok. Il y a Chypre, aussi (Chypre sud en fait). Là bas, le président est membre de l’AKEL (Parti Progressiste des Travailleurs), qui est le Parti Communiste local. Il a été élu en 2008. Il y a eu des législatives, cette année, et sa coalition de gauche les a remportées. Sans problème. Bon, ils ne mènent pas une politique à proprement parler révolutionnaire, mais juste une politique de gauche, par les temps qui courent, c’est déjà ça… Il se refuse à tout plan d’austérité ou magouille dans ce genre. Et pourtant, Chypre, surtout une demi-Chypre, c’est tout petit, à coté de la Grèce ou de l’Espagne… Mais ça résiste mieux. Il sera probablement réélu en 2013, lors de l’élection présidentielle. (encore que tout puisse arriver…)

A ce rythme, donc, il ne restera qu’un seul gouvernement de Gauche en europe, donc. A Chypre. Dirigé par un Communiste. Arf. Vive le social-libéralisme et la troisème voie !

[Alboss] L’Europe du désespoir

Ne voulant pas traiter des déboires de DSK, d’OBL assassiné par les ricains, de VGE nommé président de la commission sur l’avenir de l’Hôtel de la Marine (ben quoi ? c’est de loin l’info de l’année !) bref ne succombant pas à la facilité d’un billet sur les hommes à trois lettres, eh bien je vais encore une fois vous parle d’un autre échec de l’UE relatif au dossier Kosovar. Soyons fous, un peu d’exotisme ! Après avoir évoqué la zizanie que sème un député du Conseil Européen dans la sphère politique kosovare, je vais évoquer l’isolement que fait subir l’UE au Kosovo.

En déclarant son indépendance vis-à-vis de la Serbie il y a de cela trois années, le Kosovo devenait le plus jeune des pays au monde. Mais, malgré cet acte fondateur et libérateur, il demeure l’un des pays les plus isolés au monde. Concrètement, si vous êtes Kosovar, muni d’un passeport de la République du Kosovo, et qu’une envie folle d’escapade vous saisit, vous aurez le choix entre cinq destinations : Albanie, Monténgro, Macédoine, Turquie et Haïti. Un choix restreint de pays où pour s’y rendre un kosovar n’a pas besoin de visa. Même sous le communisme de Tito il était plus facile de fuir le pays. Mais que vient faire l’Europe là dedans, me diriez-vous ? Eh bien, le 8 novembre 2010 (oui, j’aime avoir du retard dans les sujets que je traite) l’UE levait l’ultime impedimenta de l’obligation des visas pour l’espace Schengen pour l’Albanie et la Bosnie… Le minuscule Kosovo, et ses deux millions d’habitants, devient le dernier pays de la région à ne pas pouvoir jouir de la libre circulation européenne. Pis encore, à ce jour aucune feuille de route n’a été délivrée aux autorités kosovares pour l’accès à l’espace Schengen.

C’est, stricto sensu, un cas d’ostracisme flagrant et, à plus d’un titre, grotesque. On laisse sur le carreau deux millions de personnes. Cela représente 0,5% de la population de l’UE (je n’inclus ici que l’UE, même pas les autres pays bénéficiant des joies du Schengen). Alors, évidemment, ça peut aussi vous paraître ridicule tout cela. Mais, il faut un seul instant, et je puis vous assurer qu’en y mettant la meilleure volonté au monde vous n’y parviendrez pas, vous imaginer dans la situation des kosovars. Une libéralisation des visas autorise un séjour maximal de trois mois sur le sol de l’UE, mais ne permet d’établissement définitif ou l’exercice d’une activité rémunérée dans le pays visité. C’est pourtant à la fois dérisoire et grandiose.
Sous le communisme de Tito, tel qu’il a été appliqué au Kosovo, on peut voyager. La Yougoslavie était le seul pays au monde dont les habitants n’avaient pas besoin de visas, pas même aux Etats-Unis ! Le fameux passeport rouge suffisait à ouvrir toutes les portes. Vingt ans plus tard, on voyage en images… Par sa politique envers les Balkans, c’est un toit de verre au vitrage doublé que l’UE oppose à ceux qui la désirent tant.
J’exagère peut-être, mais c’est l’impression que donnent les démarches pour l’obtention d’un visa. Elles figurent parmi les plus rigoureuses, les plus coûteuses et les plus longues au monde. Il faut ainsi se déplacer à l’ambassade, lorsqu’il y en a une dans la capitale, Pristina, sinon faire un crochet par celles des pays limitrophes (Skopje, Tirana ou Belgrade) compter un temps d’attente record et des frais qui s’élèvent à plus de 120€ en moyenne, ce qui est exorbitant lorsqu’on sait que le salaire moyen fluctue entre 170 et 250€. Il faut donc carburer à la volonté, au courage et à la patience pour au final se heurter, deux fois sur trois, à un refus non motivé.

L’une des principales aberrations autour de cette libéralisation reste le cas des bosniaques. Je vous l’ai dit la Bosnie s’est vue accorder la libéralisation des visas. Seulement, il y au Kosovo une minorité officielle bosniaque (autrement dit qui figure dans la Constitution et qui est une composante à part entière du peuple kosovar). Et c’est là où la situation devient grotesque. Les bosniaques du Kosovo, qui ont pourtant des liens très privilégiés, jusqu’à la double nationalité, avec leur mère patrie, la Bosnie, ne peuvent donc pas circuler librement en Europe. Ne pouvant pas même aller en Bosnie en parfois ! Ils sont pris au piège de la liberté de circulation ! Un comble.
La libéralisation devait aussi exclure les serbes qui vivent au Kosovo et qui ont le même statut que les bosniaques. Sur le papier, c’est le principe. Dans les faits, ceux-ci bénéficient de facilités auprès de Belgrade pour l’obtention de passeports biométriques serbes, condition sine qua non de la libéralisation (la Serbie souhaite délivrer autant de passeports serbes que cela est possible aux citoyens du Kosovo pour faire gonfler les maigres statistiques ethniques de la présence de la minorité serbe dans le pays). En conséquence, ils parviennent dans la majorité des cas à rejoindre l’eldorado européen. Deux poids, deux mesures.

Alors, quelles sont les raisons de ce refus ? L’UE avance des excuses techniques en invoquant deux entraves majeures : le manque de sécurité aux frontières et les problèmes rencontrés dans la distribution des passeports biométriques. Or, si le second domaine est dernièrement passé sous compétence des institutions kosovares et que les premiers passeports ont déjà été délivrés, les frontières sont elles toujours gardées par la police européenne (dans le cadre de la judicieuse mission européenne pour l’ordre, la loi et la justice « EULEX », sur laquelle d’ailleurs je ne manquerai pas de revenir prochainement). En clair, l’Europe se reproche à elle-même son incapacité à sécuriser les frontières du pays.
Mais, ce n’est qu’un écran de fumée. En réalité, les raisons de cette mise au ban du Kosovo sont avant tout politiques. En effet, l’UE n’ayant, comme à l’accoutumée, pas réussi  à avoir une position commune sur un sujet, l’indépendance du Kosovo n’a été reconnue que par 22 des 27 Etats membres. Or, une libéralisation est totale, et concerne donc tous les pays européens, ou ne l’est pas. Certains pays pourraient reconnaitre le Kosovo (à l’instar de la Roumanie ou de la Grèce) mais ne le font pas par solidarité avec la Serbie…
Par ailleurs, la libéralisation des visas est une arme pour l’Union Européenne. Depuis quelques mois, c’est Bruxelles qui se pose en médiateur des négociations qui ont repris entre le Kosovo et la Serbie. Il s’agit donc d’un moyen de pression sur les acteurs de la politique kosovare. On leur assure qu’ils peuvent faire figurer la libéralisation sur la liste des promesses de campagnes électorales et en échange ceux-ci promettent de ne pas faire faux bond au processus de négociation. Corrompus jusqu’aux os, les politiques kosovars font ainsi d’excellents pantins de Bruxelles.
Enfin, autre entrave très politisée : l’immigration. Véritable cheval de bataille de bien des campagnes électorales européennes, à commencer par la France. Les kosovars squattent, depuis 1999  et la guerre, le hit parade des demandeurs d’asile. Ouvrir les frontières reviendrait donc à alimenter cette demande qui serait au moins triplée. La frilosité européenne est donc de mise, à tel point que la France et les Pays Bas ont arraché une clause permettant à tout moment une suspension automatique des accords de libéralisation en cas de flux migratoires importants concernant l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine.

L’Union Européenne tend donc d’un côté la carotte de la liberté de circulation et, de l’autre côté, suspend au dessus des gouvernements et des citoyens indociles l’épée de Damoclès de la suspension de cette même liberté. Le vœu de Victor Hugo, défenseur de la liberté sous toutes ses formes, de l’Europe des Nations Unies sous l’étendard de valeurs et principes communs semble bien pieux. Au contraire, L’UE se sert de la liberté comme un facteur de division et la marchande selon des critères flous et variables qui ne desservent que ses plus vils intérêts.

Le grand penseur arabe du XIVe siècle Ibn Khaldoun a dit que les civilisations en déclin survivent en imitant leurs vainqueurs. Le Kosovo, et la civilisation albanaise dans son ensemble, n’a de cesse d’imiter l’Europe, de se plier à la moindre de ses exigences, de se rêver en citoyens européens parmi les européens. En est-elle pour autant récompensée ? Non, elle n’éprouve aujourd’hui que l’humiliation d’être le dernier pays à ne pas avoir accès à l’espace Schengen. Seulement, sonnera l’heure à laquelle l’admiration et le rêve européen cesseront pour laisser place à un désenchantement irrémédiable et profond. Regarder vers l’Europe ne sera plus un impératif historique ou une technique d’adaptation.
L’aiguille folle du temps poursuit sa course, et l’Europe de poursuivre la sienne, à contretemps de l’espoir qu’elle suscite.

Pourquoi on ne doit pas dire non à la Turquie

Le sujet de l’intégration ou non de la Turquie au sein de l’Union Européenne fait son retour aujourd’hui, dans le cadre de la visite éclair du Président Sarkozy à Ankara. Les Turcs sont volontiers choqués par la brièveté du temps que leur accorde le Président de la République : cinq heures, pour évoquer le G20, et à n’en point douter, la situation explosive au Maghreb.

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On le sait, la France, comme l’Allemagne, s’opposent fermement à l’entrée de la Turquie dans l’UE, bien qu’officiellement, les négociations soient en cours. Pour une fois, réjouissez-vous, je suis en total désaccord avec Nicolas Sarkozy. Je pense que de fermer la porte à la Turquie est une erreur géopolitique, géostratégique et historique majeure.

Balayons d’emblée l’argument le plus traditionnel et à mon sens le plus stupide des opposants à la candidature de la Turquie : « la Turquie ne serait pas en Europe« . Ah bon ? Prenez une carte, un globe, ou un planisphère, je vous prie. Google maps fera l’affaire. Observez la Turquie. Observez sa position par rapport au reste de l’Europe. Maintenant, observez où est Chypre. Oui, en-dessous de la péninsule anatolienne. Donc plus loin du reste de l’Europe que la Turquie, et que, plus encore, Istanbul, son cœur névralgique. Pourtant, Chypre est un État membre de l’Union Européenne. Quelqu’un est-il choqué que Chypre soit des nôtres ? Je ne pense pas. Alors l’argument géographique ne tient pas.

En réalité, ce faux argument n’est, selon moi, qu’un alibi commode pour voiler (ahah) la véritable raison : l’Islam. Oui, la Turquie est un pays majoritairement musulman. Mais là encore, pour l’instant, il n’y a aucune raison de s’inquiéter ! Bien au contraire ! Avec la France (et dans une très moindre mesure le Portugal), la Turquie est le seul pays quasiment totalement laïque en Europe. Sur ce sujet, il est exemplaire. C’est en outre un des rares modèles de démocratie au Proche et au Moyen Orient, une véritable source d’inspiration pour nos démocraties naissantes au Maghreb, ou l’Armée joue aussi un rôle fort de garante de la pérennité démocratique. Si on souhaite éviter que les Islamistes profitent de la situation pour s’imposer au Maghreb, on ferait bien de s’inspirer des principes d’Atatürk : « l’État turc est républicain, nationaliste, populiste, étatiste, laïque et réformateur » . Justement, nous verrons comment notre position arriérée peut contribuer à faire faillir le modèle turc.

Quelle est ma position ? Je dois avouer qu’elle n’a pas toujours été telle. Mais j’ai évolué positivement sur la question. Je pense qu’il faut que la Turquie soit intégrée sur le long terme comme un Etat membre de l’Union Européenne. Attention ! Je n’ai pas dit qu’il faut l’intégrer tout de suite, dès demain, ou dans l’année qui vient. Il faut encore du temps. Cela dit, il faut tenir la porte grande ouverte, et proclamer haut et fort à l’attention de la Turquie « nous sommes prêts à vous accueillir à condition que vous fassiez les progrès nécessaires » . Je pense qu’il y a un énorme danger dans la situation actuelle, et dans l’obstination de Sarkozy et de Merkel.

Pourquoi ? En réalité, nous leur faisons actuellement comprendre que tous les efforts qu’ils font actuellement pour nous rejoindre sont vains, puisque, quoi qu’ils fassent, quels que soient leurs progrès, nous leur fermerons la porte in fine. En somme, ils sont en train de gravir un grand et pénible escalier, au bout duquel les attend, non pas une porte ouverte ou entrouverte, leur laissant l’espoir d’entrer, mais une porte fermée, cadenassée, et blindée. Par conséquent, quelle peut-être leur réaction normale ? Le ras-le-bol, et le rejet pur et simple. Gravir un pénible escalier pour rien, c’est inutile. Et s’ils constatent que la porte reste fermée, ils finiront par redescendre, en abandonnant leurs efforts (ou au moins, ils ne bougeront plus de leur marche -fin de la métaphore-). Ce qui serait tout simplement dramatique ! Nous avons l’occasion unique d’inciter un grand pays comme la Turquie à changer ses institutions, à se démocratiser, à abandonner ses mauvaises pratiques, à se prémunir contre le risque d’un État dominé par le facteur religieux, à faire une plus grande place aux droits de l’homme, et nous la gâcherions ? Non ! C’est absurde. Il faut continuer à donner à ce pays une raison de s’améliorer, et de se rapprocher de nous, et de notre mode de fonctionnement, faute de quoi il s’en éloignera fatalement, inexorablement. Forcément, il cherchera d’autres alliés, plus bienveillants à son égard, des amitiés bien moins recommandables à nos yeux. C’est ce qu’il faut éviter par tous les moyens.

Une attitude d’ouverture (il y a du progrès à faire, mais sachez que si vous y parvenez, vous serez les bienvenus) peut nous offrir un allié essentiel pour demain. Une attitude stérile d’intransigeante fermeture (quoi que vous fassiez, c’est NON) pourrait en faire un ennemi, ou, au moins, l’éloigner de notre modèle.

Alors je suis partisan de cette ouverture. Je veux que la Turquie progresse, notamment sur la question chypriote, qui est intolérable. Mais qu’est-ce qui motivera la Turquie d’agir pour Chypre ? La carotte de l’UE ou bien notre hostilité ?

Et pour adopter un point de vue plus terre à terre, avoir un pays émergent et florissant comme la Turquie en son sein ne nous ferait pas de mal. Sans compter son potentiel apport stratégique, militaire, voire diplomatique, dans notre rapport aux autres puissances orientales.

Oui, cette question me préoccupe. Et l’idée que les Turcs puissent abandonner le rêve européen me laisse véritablement songeur et déçu. Il est impératif que nous changions totalement de perception, et que nous cessions d’adopter une attitude électoraliste et démagogique à l’égard de la Turquie. Chirac l’avait compris. Ah, me faire dire du bien de Jacques Chirac, il fallait oser !

Je suis curieux de savoir ce que mes amis blogueurs pensent de la question, et en particulier l’Hérétique (je crois avoir compris que Bayrou s’opposait lui aussi à l’entrée de la Turquie dans l’UE), Xerbias, Nicolas, Vallenain, Corto, et tous ceux qui souhaitent se joindre à eux. Et s’ils se sont déjà exprimés sur le sujet, j’essayerai de fouiller un peu leurs blogs. ;-)

[Alboss] L’Europe, le meilleur allié de vos projets !

L’Union Européenne c’est un budget de 120 milliards d’euros. Pour les fédéralistes, tels que mon ami Alexandre, c’est très insuffisant. Pour moi, c’est déjà bien. Enorme, même, quand on prend la mesure de son objectif : financer le travail d’eurocrates (grassement payés en plus, puisque le salaire moyen d’un député européen est de 17 500€/mois !) passant le plus clair de leur temps à inventer des traités de principe pour faire chier leur monde. Et parfois, avec cet argent, l’Europe peut se montrer très généreuse, trop peut-être. Lire la suite

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