Le libéralisme au pouvoir ?

Le libéralisme porte en lui la plupart des solutions aux difficultés actuelles du pays. On le sait, on le dit, on en débat… Mais pour appliquer ces idées, il faut arriver au pouvoir. Prenons-nous quelques instants à rêver… Quels sont les scénarios envisageables ?

Le scénario Margaret Thatcher

Une personnalité iconoclaste et aux idées libérales profondes et sincères impose sa différence au sein du principal parti de droite (ouais, l’UMP), et change totalement la doctrine de son parti. Le Parti Conservateur avant Thatcher était devenu, à l’image de l’UMP, un parti social-démocrate mou et complaisant, incapable de heurter les sensibilités syndicales ou de renouveler sa pensée économique. Au début, personne n’imaginait que Thatcher pourrait s’y imposer. Et pourtant, elle l’a fait, en ramenant tout le parti vers un discours authentiquement libéral. Même si les libéraux n’aiment généralement pas les hommes et femmes providentiels, une telle révolution implique de trouver un leader suffisamment charismatique, déterminé, et intransigeant, capable de rassembler autour de lui.

Probabilité ? Actuellement très faible. J’ai beau chercher des personnalités libérales de carrure présidentielle à l’UMP, je n’en trouve pas. Personne n’a cette force, cette légitimité, et cette force de conviction qui sont nécessaires. C’est une impasse. Les grands partis français sont tellement pétris de piston et de copinage que pour y grimper, il faut soit abandonner ses convictions pour adopter la bouillie officielle, soit être très fortement pistonné. Pas le meilleur moyen de faire émerger une personnalité nouvelle et capable de transformer le parti. Parmi les militants de l’UMP de base, beaucoup sont sensibles aux idées libérales, ou pourraient facilement s’y convertir si les idées libérales étaient un peu mieux connues et diffusées au sein de la société. Mais les dirigeants du parti y sont hermétiques, et la plupart des militants suivent par panurgisme.

Le scénario Ron Paul

A défaut d’infiltrer le parti de la droite majoritaire, une autre solution consiste à garder son indépendance, de former un parti ou un courant fort dont le but serait de doubler l’UMP. Ce parti, qui pourrait être le PLD, devrait faire parler de lui, faire une promotion incessante des idées libérales, abattre l’épaisse muraille de mensonges qui l’entoure, et progressivement gagner en gallon au sein de l’opinion, par des idées simples, concrètes, qui répondent aux inquiétudes des électeurs. Rien n’empêche de participer ensuite à une éventuelle primaire de toute la droite, à l’image de Ron Paul aux primaires GOP. Le but est de devenir calife à la place du calife, et de dépasser la droite traditionnelle.

Probabilité ? Faible. Les partis, think-tanks et associations libérales peinent encore à s’imposer, notamment du fait d’un certain individualisme ancré chez les sympathisants libéraux français. Il est grand temps que toutes ces initiatives louables fassent ENFIN l’effort de se rassembler dans un unique grand mouvement, un parti qui représenterait les différentes sensibilités libérales sans les écraser (libéraux-conservateurs, libéraux centristes, libéraux de gauche, libertariens, voire droite humaniste et moderne), en mettant l’accent sur ce qui rassemble tous ces militants de la liberté. Les think-tanks auraient un rôle à jouer pour constituer un projet libéral fort, avec de nombreuses propositions pédagogiques dont on aura pris le soin de démontrer l’efficacité lorsqu’elles ont été appliquées dans d’autres pays. Les associations seraient le bras armé de l’ensemble, et se concerteraient un peu mieux, uniraient leur force plutôt que de se parasiter ou se marcher sur les pieds. L’Union des Libéraux, que j’ai vue naître, mais que je n’ai malheureusement pas eu le temps de suivre de près depuis, va dans le bon sens. Arrêtons de nous éparpiller, et rassemblons les libéraux existants, histoire d’en convaincre d’autres plus efficacement.

Le scénario Mario Monti

On ne discutera pas ici du degré de libéralisme de Mario Monti (toujours largement plus satisfaisant que celui de toute la classe politique française ensemble), mais plutôt de la manière dont il s’est imposé dans la politique italienne. La France déteste le changement, même si elle le réclame sans arrêt. Dans l’histoire, chaque changement de régime a accompagné une crise violente ou le chaos (Révolutions, défaites militaires en 1870 et 1940, guerre d’Algérie…). Autant les Britanniques savent évoluer avec l’histoire sans trop d’à-coups, autant les Français ne réagissent qu’au dernier moment. Pour que la France accepte le remède libérale, il faut soit, comme le prédisait Hayek, « que le monde entier soit converti«  , soit qu’on ait fini de foncer dans le mur, qu’on se soit écrasé dedans, et qu’on y soit encastré à la manière d’une compression de César. A ce moment là, même plus dos au mur ou au bord du ravin, mais carrément dans le mur et en chute libre, les Français comprendront peut-être, ou on leur imposera de l’extérieur, qu’il convient de tout changer dans notre manière de voir le monde et notre économie. Ce jour-là, dégoûtés par l’incompétence manifeste des politocards (énarques, rentiers de la politique, personnes dénuées de tout contact avec la réalité de la société), les Français se retourneraient, enfin, vers la société civile et les forces vives de la nation (entrepreneurs, professions libérales, salariés, artisans, classes moyennes et même ouvriers) qui ont supporté depuis des dizaines d’années le poids délirant de la fonction publique et du « modèle français » . N’étant pas des politiciens de carrière, ne dépendant pas de leur réélection pour gagner leur vie, ces membres de la société civile pourraient enfin réformer le pays, et le remettre sur de meilleurs rails.

Probabilité ? Forte. Actuellement, aucune mesure n’est prise pour éviter le désastre qui s’annonce. Aucun politicien ne semble à la hauteur, ni à droite ni à gauche, ni au centre, pour éviter le naufrage. A moyen ou long terme, la situation sera totalement détériorée, et la France sera la risée de toute l’Europe qui aura pris le temps de se réformer, même marginalement. Ce jour-là, l’échec du socialisme et de la sociale-démocratie éclatera définitivement (?) au grand jour. Il sera temps de réparer les dégâts. Une fois de plus, le sale boulot est pour les libéraux.

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La droite la plus nulle du monde…

Plus je suis le combat des chefs à l’UMP, et l’affrontement (hélas plus discret, mais pourtant plus vital à long terme) des motions, plus je suis renforcé dans mon impression que nous subissons en France la droite la plus bête du monde.

D’après un sondage, certes contestable mais que nous considèrerons comme suffisamment fiable pour être commenté, la motion de la « Droite Forte« , grosse mixture infâme d’idées nébuleuses ayant pour seul vecteur commun et comme unique argument sa filiation inconditionnelle à Sarkozy, arriverait en tête chez les sympathisants à UMP (et il y a fort à parier que ce soit d’autant plus vrai parmi les adhérents UMP).

Ici, afin de remplir les critères de qualité de tout blog ou pureplayer qui se respecte (à défaut de respecter ses lecteurs), il me faut vous rappeler que Guillaume Peltier est passé par le FN, et qu’il s’agit donc de toute évidence d’un monstre sans coeur qui mange encore plus d’enfants rôtis qu’un ultralibéral, au mépris de son mauvais cholestérol. Placez ici les huées et les sifflets. Je ne sais pas si les journalistes doivent absolument placer certains clichés ou mots-clés dans tous leurs articles pour faire gagner des points à leur rédaction dans la course joyeuse de la presse vers la nullité, mais le passé de Peltier est systématiquement rappelé avec une rigueur et un sérieux que l’on souhaiterait voire appliqués à d’autres sujets.

Certains, affolés par toute référence sauvage au FN, chouette épouvantail de la vie politique française, en viennent même à me confier que si Peltier domine l’UMP, les militants porteront bientôt des chemises brunes. Rien que ça. Je pense même que Peltier se laissera pousser une jolie moustache, que les UMPistes défileront au pas de l’oie (les Français marchent déjà au trop de lois), et organiseront des marches au flambeau, paradant sous des oriflammes aux couleurs inspirées par le Guide, qui rappelleront les heures les plus sombres de notre histoire, Maréchal nous voilà.

Je ne peux pas blairer Peltier. Ce n’est rien d’autre qu’un carriériste démagogique, opportuniste, et insipide jusqu’à l’extravagance. Maintenant, j’aimerais bien qu’on l’attaque sur autre chose que son passé ou sur sa personne : il y a suffisamment de quoi faire si on s’attarde sur ses idées ou son absence d’idées. Mais un passage à l’extrême-droite vous marque au fer rouge, et vous tricote sur le blouson une petite étoile FN pour qu’on puisse vous identifier de loin et se boucher le nez. Osez parler de Novelli ou Madelin : on vous parlera de leurs conneries de jeunesse. Et c’est sans parler de Fini en Italie… Pas de rachat possible. Paradoxalement, le passage chez les trotskistes et autres maoïstes de certains responsables socialistes ne semble pas avoir pesé sur leur carrière. Oui, mais ils sont de gauche, alors c’est tellement mieux, ça part d’un bon sentiment, c’est bisou-compatible.

Bref, revenons-en à nos moutons et à nos motions. En tête, une soupe insipide. Dommage que Camille Bedin, dont certaines interventions me semblaient pertinentes et modernes, soit allée se perdre dans les méandres de la « Droite forte ». Même si la domination de cette dernière risque de s’étioler au cours de la campagne, lorsque les militants prendront conscience du fait que cette motion surfe uniquement sur la référence à Sarkozy, on ne peut que constater la faiblesse des autres motions.

La droite moderne et humaniste rassemble des centristes, des humanistes, et quelques libéraux égarés. Dommage que les quelques libéraux sincères de l’UMP soient mêlés à des personnalités aussi molles que Raffarin… Du reste, il n’est pas impossible de trouver quelques libéraux à la Droite sociale, dans la mesure où Wauquiez, entre deux refrains séniles sur le protectionnisme, se pose en défenseur des classes moyennes contre l’assistanat, ainsi que d’autres brebis égarées à la Droite Populaire populiste. Bref, vous avez compris : les quelques libéraux sont partout et surtout nulle part.

Ce Congrès est bien parti pour confirmer ce que nous présumions déjà : les libéraux de l’UMP sont totalement incapables, infoutus de se rassembler, de se concerter, et de rester soudés pour peser, au-delà de leurs quelques divergences (les uns teintant leur libéralisme de conservatisme, les autres d’humanisme). Conclusion ? Les libéraux continueront de compter pour du beurre, voire de la margarine, puisqu’ils seront perdants dans tous les scénarios. Félicitations, messieurs !

Un petit mot quand même sur le combat des chefs… Très drôle de voir comment Copé s’est arrangé pour fabriquer un duel, en écartant systématiquement les autres potentiels candidats par des règles et des complications paperassières dignes du Kremlin. Mais encore plus drôle de voir que l’UMP est devenue tellement anti-libérale que le terme de « libéral » y est devenu une insulte, qu’on utilise pour blâmer son adversaire… C’est ainsi avec une certaine circonspection que j’ai entendu Estrosi qualifier Copé et ses proches de « libéraux anti-gaullistes » et les copéistes répliquer en disant que non, non, c’est Fillon le plus libéral, et pi c’est tout.

Quand le fait d’être soi-disant libéral devient une tare, un reproche, un défaut, au sein même du principal parti de droite, on a toutes les raisons de s’inquiéter. Ajoutons à ce constat le fait qu’évidemment, ni Fillon ni Copé n’est libéral. Pas pour deux sous. Nous avons la droite la plus nulle du monde.

Si Fillon semble bien parti, et plus populaire dans l’ensemble de la population, il ne faut pas négliger la forte fidélité au chef qui continue à exister parmi les militants UMP. Du reste, s’ils choisissent de désigner Copé comme leur leader, ils commettraient un suicide politique de l’ampleur de la désignation d’Eva Joly face à Nicolas Hulot… Le choix du repli sur soi, la préférence accordée au clan, le refus de l’ouverture. Tiens, ça ressemble aussi sacrément à la doctrine économique de l’UMP.

Le plus drôle du plus drôle serait que la Droite forte, aux relents fortement copéistes, soit majoritaire, et que Fillon devienne président. Savourez la contradiction.

Fillon ou Copé, Droite forte, molle ou populaire, les libéraux sont inaudibles, et la droite est nulle. Et on attend toujours la Thatcher française.

Une rose pour Ophelia

Comme je vous le confie de canard toujours en introduction de mes billets, je n’ai pas beaucoup de temps pour publier, et, le Bac à sable approchant, ça ne va pas aller en s’améliorant.

Je me contenterai donc d’un petit billet pour relayer une information abordée avant moi par H16 et l’Hérétique.

Si vous aussi vous trouvez qu’on plaint un peu trop l’accusé, et pas suffisamment la victime présumée, si vous aussi vous êtes resté pantois devant ces hurluberlus de Capital.fr qui proposent de faire un don à DSK, sans une once d’ironie, sans même rougir, semble-t-il, offrez une rose à Ophelia.

Il s’agit d’une initiative très agréable des Libéraux (comme quoi les méchants ne sont pas forcément là où on croit, surtout à la lecture de certaines réactions socialistes, qui piétinent allègrement la victime), que je vous invite à soutenir en vous rendant sur cette page :

http://www.une-rose-pour-ophelia.fr/

    «Chère Ophélia,

Une rose pour nous excuser de ne pas avoir assez pensé à vous.

Nous avons beaucoup parlé de notre compatriote, de ses conditions de détentions, de ses émotions, pas assez des vôtres.

C’est pourquoi, sans présumer du jugement qui sera rendu dans le respect de la présomption d’innocence, nous vous envoyons ces fleurs.»

Les internautes qui le souhaitent peuvent cliquer sur le bouton. Tous les trente clics, une rose sera offerte à Ophélia. Cette opération symbolique a pour objectif de faire savoir à la présumée victime que les Français, sans préjuger de l’issue de cette affaire, pensent également à elle. »

Et pendant que tous s’égosillent pour que l’on accorde à DSK la présomption d’innocence, et que certains ont une pensée émue pour la famille de DSK, j’ai une sincère pensée émue pour Éric Woerth, et la famille d’Eric Woerth, cet homme allègrement traîné dans la boue, en dépit de toute présomption d’innocence par ces mêmes socialistes qui la revendiquent pour leur ancien chouchou. Comme quoi la roue tourne. Hier, c’était un UMP qui était dans la merde, aujourd’hui, c’est un PS (peut-être plus gravement encore). Inutile donc, de fanfaronner, et de s’acharner, car le retour de manivelle est généralement à la mesure de l’attaque portée. Cela dit, la droite (dans son immense majorité) a réagi très dignement dans cette affaire, et c’est tout à son honneur (et que ce soit bien clair : je n’aurais pas apprécié qu’elle réagisse différemment).

En parlant des Libéraux, je suis agréablement surpris de les voir s’organiser, bomber le torse, et faire enfin (un tout petit peu) parler d’eux. Et comme je l’ai confié à Aurélien Veron après avoir visionné cette vidéo où il évoque la place des Libéraux sur la scène politique, je ne peux que souhaiter que nous assistions enfin à l’adoption des valeurs libérales par l’UMP et le centre-droit en général, et que les Libéraux y trouveront une famille accueillante et résolument moderne, unie, et ouverte.

Quant à Val, qui me demande quel serait mon planning pour le jour de la fin du monde, je lui répondrai aussi vite que possible, même si je n’en ai absolument aucune idée à l’heure qu’il est. :-)

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