[Hippolyte] Comment la gauche fonce dans un mur

C’est mon premier article sur ce blog, j’espère que vous m’accorderez donc la grâce du débutant.

Tant de promesses, tant de paroles, que de belles paroles. Mais où sont les actes aujourd’hui, vers où se dirige-t-on ?

1) Introduction.

Depuis le début de la crise économique, tous les pays d’Europe se serrent la ceinture. On le voit en Italie (même si le vice politique semble désormais vouloir faire plier la vertu), en Allemagne (où personne ne semble pouvoir faire chuter Mme. MERKEL), en Grèce (je crois que seul le lien peut suffire à exprimer la situation dans laquelle le pays se trouve), dans toute l’Europe… Sauf, en France. Alors que les mauvaises nouvelles se succèdent pour le pouvoir socialiste, je n’ai jamais vu un tel concours d’hypocrisie de la part de ses représentants. L’on pouvait imaginer que la sévère correction infligée par les sondages suffiraient à faire réagir MM. HOLLANDE et AYRAULT (palpant le palier des trente pourcents), or rien ne semble pouvoir changer cette naïveté impénitente de leur part. Il y a, selon moi, deux sortes d’impopularité. L’impopularité due aux réformes impopulaires, et l’impopularité méritée par incompétence. Dans le cas du gouvernement actuel, il s’agit clairement du second. Ainsi, l’on doute même de la bonne volonté apparente défendue par Mme. VALLAUD-BELKACEM lors de son point presse hebdomadaire après le conseil des ministres. Lors de l’élection du nouveau Président français, un article très intéressant que je vous retrouverais à l’occasion, titrait “HOLLANDE, le nouveau porte-parole des pays méditerranéens.“. Plusieurs facteurs constatent donc d’eux-mêmes l’échec qui se profilent, tandis que chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus des pays du sud au détriment des pays du nord.

2) Les faits, s’il vous plaît.

Désormais, je m’interroge. Où est la compétence et le sérieux dans un gouvernement qui prend des mesures inconsidérées, plus motivées par l’anti-sarkozysme primate que par des raisons objectives et rationnelles. Je ne me suis guère étonné de voir la réforme des retraites reconsidérée, lorsque pour plaire à quelques groupes de populace, M. HOLLANDE feint d’agir dans l’intérêt des plus pauvres. Où se trouve l’intérêt des plus pauvres, comment prétend-il les défendre avec des beaux discours et des belles paroles ? Ce qui diffère de lui par rapport aux dirigeants que l’on eût précédemment, ce sont la qualité des gestes qu’il paraphe. Son premier semestre de quinquennat, je ne le vois que dans une bataille idéologique pour satisfaire ses électeurs, sans considérer avec sérieux l’état de la France. Je ne suis pas forcément pro-SARKOZY, mais je ne suis pas non plus anti-SARKOZY au point de revenir sur tout ce qu’il a fait. Revoir la réforme des retraites, avec de l’argent que l’on n’a pas, pour se faire débouter quelques mois plus tard par le COF (cliquer ici), c’est assez ridicule. Cela dit, on n’atteint pas encore les utopies prises par le parti socialiste. Véritable inconscience, suicide politique, ou tout simplement impuissance, force est de constater que les réformes entreprises sont en-deçà des réalités. Je pourrais encore m’y appesantir longuement, mais je vais me contenter de les citer. Les faits impliquent des conséquences, c’est un raisonnement simpliste qui conduit à comprendre pourquoi nous n’allons pas vers le mieux. M. AYRAULT et ses ministres dépensent de l’argent qui n’existent pas, que l’on emprunte sur les marchés financiers et qui n’est pas utilisé à bon escient. Ils croient à l’assistanat, je crois au mérite. Il n’y a pourtant pas de mérite à baisser de six centimes le prix de l’essence pour des milliers d’euros, il n’y a pas non plus de mérite à augmenter de vingt-cinq pourcents les aides scolaires, comme il n’y a pas de mérite à provoquer l’asphyxie des riches, comme ils disent si péjorativement. Les impôts sont augmentés, les charges sont alourdies, le coût du travail ne cesse d’augmenter, et le pire, ce qui m’offusque dans cette vision, c’est que la raison n’est pas commune, mais idéologique.

L’on assiste impuissant à l’implosion du pays dans des dépenses inutiles, et des sanctions qui ne cessent de tomber d’une part des agences de notation (certes, c’est un argument facile), d’autre part de l’INSEE et d’à peu près tous les organismes mondiaux. L’Allemagne elle-même se permet une ingérence dans nos affaires tellement l’inaction va dépasser le point de non-retour (sans parler de l’article de The Economist, pratiquement insultant mais assez dans le vrai (même si je dis que les britanniques devraient philosopher sur leurs propres problèmes avant de venir régler ceux des autres)).

3) Les solutions. 

Sans me rajouter aux harpies conservatrices affilées aux Tea Party qui se suffisent toute seule pour critiquer les trente-cinq heures, je rappellerai simplement l’état moribond dans lequel se trouve notre industrie. Les plans sociaux se succèdent, et on assiste aux amusantes ritournelles entre Arnaud MONTEBOURG et les différents patrons auxquels ils se confrontent. Derrière ce spectacle affligeant se cache toutefois un réel problème qui ne peut se régler avec des cris d’Orphée. Les charges patronales et le coût du travail, dans notre pays, sont beaucoup trop élevés. L’asphyxie induite à ces nombreux problèmes augmentent fatalement les chances de délocalisation, et personne ne doit s’étonner du départ des grandes usines vers l’est de l’Europe. Les prix y sont beaucoup plus avantageux, les charges moins nombreuses, et le besoin de main d’œuvre important. Tout répond aux exigences d’un patron qui ne cherche qu’à faire développer son entreprise au même temps que les PME se sabordent à cause des taxes. Il est impératif de s’engager à la baisse du coût du travail, mais aussi à autonomiser bien plus les sociétés, les ouvrir à une concurrence plus facile, se libéraliser afin de récupérer de l’argent ainsi que de développer une économie forte, tout en y gardant un peu d’influence.

D’autres problèmes sont également à pointer du doigt. L’assistanat. Nous sommes dans un pays qui ne récompense en rien l’effort, mais plutôt qui motive à l’intérêt personnel. Cela dit, les représentants sont issus du peuple, cela n’est pas spécifiquement étonnant que les intérêts personnels soient privilégiés. Mieux responsabiliser les gens, c’est les rendre plus citoyens, plus intéressés par l’intérêt commun ainsi qu’au développement économique au niveau national. Il faut intéresser les gens, leur laisser la possibilité de faire ce qu’ils ont envie, mais sanctionner les partisans du moindre-effort ; ceux qui se complaisent à rester à Pôle Emploi ou qui ne se prennent pas en main. Je suis partisan d’un système économiquement responsable. Il n’y a aucune raison d’aider ceux qui n’en ont pas besoin, bien sûr qu’il faut aider les plus pauvres, mais pour les autres, il n’y a aucune raison. On peut choisir de prendre son destin en main, ou de le laisser partir. Mais dans les deux cas, l’état ne doit pas avoir à payer les pots cassés. La générosité de nos allocations, de notre système de santé doit se fermer à ceux qui ne font rien pour la réussite commune.
L’égoïsme, par ces temps perturbés, c’est la gangrène, surtout que les français ont les moyens de réagir. Dans ce que l’on appelle les bas-de-laine, il y a suffisamment pour régler la dette et relancer la machine. Ce n’est d’ailleurs pas pour rien que le plafond du livret A ne cesse d’augmenter. Au lieu d’investir, les français épargnent. On peut comprendre la raison purement personnelle, tout comme la longue agonie de ce qui nous reste. Il y a juste le pessimisme malsain qui empêche d’avancer. Pour tout dire, on en revient un peu à ce que disait Alexandre dans son article sur le libéralisme au pouvoir (ci-dessous). Le glas ne tardera pas à sonner où il faudra prendre conscience de la réalité, surtout du côté du gouvernement, qui devra alors arrêter les ballons d’essais, et s’interroger le plus sérieusement du monde sur les solutions, quitte à remettre des acquis en jeux, quitte à faire l’union avec la droite. Dans les temps les plus compliqués qui favorisent la montée des extrêmes, l’union nationale peut être une solution. Renoncer à l’ouverture, c’est s’enfermer dans un sectarisme démagogue. S’ouvrir, c’est avancer. Malheureusement, il faut la carrure nécessaire pour prendre des décisions, et c’est cela qui manque à nos dirigeants.

MM. AYRAULT et HOLLANDE, réagissez.

Capitaine Hippolyte.
(Mais qui s’appelle Sacha en réalité).

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[Alboss] L’Europe du désespoir

Ne voulant pas traiter des déboires de DSK, d’OBL assassiné par les ricains, de VGE nommé président de la commission sur l’avenir de l’Hôtel de la Marine (ben quoi ? c’est de loin l’info de l’année !) bref ne succombant pas à la facilité d’un billet sur les hommes à trois lettres, eh bien je vais encore une fois vous parle d’un autre échec de l’UE relatif au dossier Kosovar. Soyons fous, un peu d’exotisme ! Après avoir évoqué la zizanie que sème un député du Conseil Européen dans la sphère politique kosovare, je vais évoquer l’isolement que fait subir l’UE au Kosovo.

En déclarant son indépendance vis-à-vis de la Serbie il y a de cela trois années, le Kosovo devenait le plus jeune des pays au monde. Mais, malgré cet acte fondateur et libérateur, il demeure l’un des pays les plus isolés au monde. Concrètement, si vous êtes Kosovar, muni d’un passeport de la République du Kosovo, et qu’une envie folle d’escapade vous saisit, vous aurez le choix entre cinq destinations : Albanie, Monténgro, Macédoine, Turquie et Haïti. Un choix restreint de pays où pour s’y rendre un kosovar n’a pas besoin de visa. Même sous le communisme de Tito il était plus facile de fuir le pays. Mais que vient faire l’Europe là dedans, me diriez-vous ? Eh bien, le 8 novembre 2010 (oui, j’aime avoir du retard dans les sujets que je traite) l’UE levait l’ultime impedimenta de l’obligation des visas pour l’espace Schengen pour l’Albanie et la Bosnie… Le minuscule Kosovo, et ses deux millions d’habitants, devient le dernier pays de la région à ne pas pouvoir jouir de la libre circulation européenne. Pis encore, à ce jour aucune feuille de route n’a été délivrée aux autorités kosovares pour l’accès à l’espace Schengen.

C’est, stricto sensu, un cas d’ostracisme flagrant et, à plus d’un titre, grotesque. On laisse sur le carreau deux millions de personnes. Cela représente 0,5% de la population de l’UE (je n’inclus ici que l’UE, même pas les autres pays bénéficiant des joies du Schengen). Alors, évidemment, ça peut aussi vous paraître ridicule tout cela. Mais, il faut un seul instant, et je puis vous assurer qu’en y mettant la meilleure volonté au monde vous n’y parviendrez pas, vous imaginer dans la situation des kosovars. Une libéralisation des visas autorise un séjour maximal de trois mois sur le sol de l’UE, mais ne permet d’établissement définitif ou l’exercice d’une activité rémunérée dans le pays visité. C’est pourtant à la fois dérisoire et grandiose.
Sous le communisme de Tito, tel qu’il a été appliqué au Kosovo, on peut voyager. La Yougoslavie était le seul pays au monde dont les habitants n’avaient pas besoin de visas, pas même aux Etats-Unis ! Le fameux passeport rouge suffisait à ouvrir toutes les portes. Vingt ans plus tard, on voyage en images… Par sa politique envers les Balkans, c’est un toit de verre au vitrage doublé que l’UE oppose à ceux qui la désirent tant.
J’exagère peut-être, mais c’est l’impression que donnent les démarches pour l’obtention d’un visa. Elles figurent parmi les plus rigoureuses, les plus coûteuses et les plus longues au monde. Il faut ainsi se déplacer à l’ambassade, lorsqu’il y en a une dans la capitale, Pristina, sinon faire un crochet par celles des pays limitrophes (Skopje, Tirana ou Belgrade) compter un temps d’attente record et des frais qui s’élèvent à plus de 120€ en moyenne, ce qui est exorbitant lorsqu’on sait que le salaire moyen fluctue entre 170 et 250€. Il faut donc carburer à la volonté, au courage et à la patience pour au final se heurter, deux fois sur trois, à un refus non motivé.

L’une des principales aberrations autour de cette libéralisation reste le cas des bosniaques. Je vous l’ai dit la Bosnie s’est vue accorder la libéralisation des visas. Seulement, il y au Kosovo une minorité officielle bosniaque (autrement dit qui figure dans la Constitution et qui est une composante à part entière du peuple kosovar). Et c’est là où la situation devient grotesque. Les bosniaques du Kosovo, qui ont pourtant des liens très privilégiés, jusqu’à la double nationalité, avec leur mère patrie, la Bosnie, ne peuvent donc pas circuler librement en Europe. Ne pouvant pas même aller en Bosnie en parfois ! Ils sont pris au piège de la liberté de circulation ! Un comble.
La libéralisation devait aussi exclure les serbes qui vivent au Kosovo et qui ont le même statut que les bosniaques. Sur le papier, c’est le principe. Dans les faits, ceux-ci bénéficient de facilités auprès de Belgrade pour l’obtention de passeports biométriques serbes, condition sine qua non de la libéralisation (la Serbie souhaite délivrer autant de passeports serbes que cela est possible aux citoyens du Kosovo pour faire gonfler les maigres statistiques ethniques de la présence de la minorité serbe dans le pays). En conséquence, ils parviennent dans la majorité des cas à rejoindre l’eldorado européen. Deux poids, deux mesures.

Alors, quelles sont les raisons de ce refus ? L’UE avance des excuses techniques en invoquant deux entraves majeures : le manque de sécurité aux frontières et les problèmes rencontrés dans la distribution des passeports biométriques. Or, si le second domaine est dernièrement passé sous compétence des institutions kosovares et que les premiers passeports ont déjà été délivrés, les frontières sont elles toujours gardées par la police européenne (dans le cadre de la judicieuse mission européenne pour l’ordre, la loi et la justice « EULEX », sur laquelle d’ailleurs je ne manquerai pas de revenir prochainement). En clair, l’Europe se reproche à elle-même son incapacité à sécuriser les frontières du pays.
Mais, ce n’est qu’un écran de fumée. En réalité, les raisons de cette mise au ban du Kosovo sont avant tout politiques. En effet, l’UE n’ayant, comme à l’accoutumée, pas réussi  à avoir une position commune sur un sujet, l’indépendance du Kosovo n’a été reconnue que par 22 des 27 Etats membres. Or, une libéralisation est totale, et concerne donc tous les pays européens, ou ne l’est pas. Certains pays pourraient reconnaitre le Kosovo (à l’instar de la Roumanie ou de la Grèce) mais ne le font pas par solidarité avec la Serbie…
Par ailleurs, la libéralisation des visas est une arme pour l’Union Européenne. Depuis quelques mois, c’est Bruxelles qui se pose en médiateur des négociations qui ont repris entre le Kosovo et la Serbie. Il s’agit donc d’un moyen de pression sur les acteurs de la politique kosovare. On leur assure qu’ils peuvent faire figurer la libéralisation sur la liste des promesses de campagnes électorales et en échange ceux-ci promettent de ne pas faire faux bond au processus de négociation. Corrompus jusqu’aux os, les politiques kosovars font ainsi d’excellents pantins de Bruxelles.
Enfin, autre entrave très politisée : l’immigration. Véritable cheval de bataille de bien des campagnes électorales européennes, à commencer par la France. Les kosovars squattent, depuis 1999  et la guerre, le hit parade des demandeurs d’asile. Ouvrir les frontières reviendrait donc à alimenter cette demande qui serait au moins triplée. La frilosité européenne est donc de mise, à tel point que la France et les Pays Bas ont arraché une clause permettant à tout moment une suspension automatique des accords de libéralisation en cas de flux migratoires importants concernant l’Albanie et la Bosnie-Herzégovine.

L’Union Européenne tend donc d’un côté la carotte de la liberté de circulation et, de l’autre côté, suspend au dessus des gouvernements et des citoyens indociles l’épée de Damoclès de la suspension de cette même liberté. Le vœu de Victor Hugo, défenseur de la liberté sous toutes ses formes, de l’Europe des Nations Unies sous l’étendard de valeurs et principes communs semble bien pieux. Au contraire, L’UE se sert de la liberté comme un facteur de division et la marchande selon des critères flous et variables qui ne desservent que ses plus vils intérêts.

Le grand penseur arabe du XIVe siècle Ibn Khaldoun a dit que les civilisations en déclin survivent en imitant leurs vainqueurs. Le Kosovo, et la civilisation albanaise dans son ensemble, n’a de cesse d’imiter l’Europe, de se plier à la moindre de ses exigences, de se rêver en citoyens européens parmi les européens. En est-elle pour autant récompensée ? Non, elle n’éprouve aujourd’hui que l’humiliation d’être le dernier pays à ne pas avoir accès à l’espace Schengen. Seulement, sonnera l’heure à laquelle l’admiration et le rêve européen cesseront pour laisser place à un désenchantement irrémédiable et profond. Regarder vers l’Europe ne sera plus un impératif historique ou une technique d’adaptation.
L’aiguille folle du temps poursuit sa course, et l’Europe de poursuivre la sienne, à contretemps de l’espoir qu’elle suscite.

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