Condamnés à la médiocrité

Il suffit que le débat s’engage sur le choix sarkozyen du modèle allemand, pour que les vieux réflexes chauvinistes voire germanophobes se lèvent à l’unisson. Quand Montebourg ne dénonce pas la politique à la Bismarck de Mme Merkel (Bismarck étant lui-même l’inventeur de l’Etat providence, je ne comprends pas que ce soit une offense dans la bouche de notre socialiste sirupeux), c’est pour en entendre d’autres, de tous bords, mais surtout les auto-désignés « Républicains » et patriotes de gauche et de droite dirigiste.

Sachez-le, le modèle allemand est parfaitement inapplicable en France. Il y a plein de raisons pour l’affirmer ! Notre situation est profondément différente ! Nous n’avons pas la même démographie, la même histoire, le même tissu économique ou syndical, voire pas la même mentalité (et là, je revois immédiatement Édith Cresson comparer les japonais à des fourmis pour expliquer leurs succès). C’est tout bonnement im-po-ssible !

Aucun modèle ne correspond à la France. Inutile de tenter de s’inspirer de ce qui fonctionne ailleurs : c’est l’exception française, nous sommes tellement différents que nous pensons pouvoir vivre (ou survivre) en niant la réalité, et en se coupant des faits, encore et encore. Nous sommes impuissants. Là où d’autres pays, dans des situations comparables à la nôtre, ont réussi à se réformer, nous serions condamnés à l’impuissance, nous sommes condamnés à la médiocrité.

Bien sûr, comme le pérorait Jean-François Kahn face à Alain Madelin, la France peut créer son propre modèle, et c’est évident que c’est une nécessité. Mais d’une part, elle n’a jusque là pas démontré la pertinence de la plupart de ses choix passés, et la compétence économique de ses gouvernants, ni la viabilité de son modèle social, et d’autre part, il n’existe pas (ou quasiment) de modèle nouveau, inventé par un pays. Tout n’est que modèle détourné ou adapté, ou influence de grands penseurs ou économistes (il suffit de constater l’influence néfaste et durable de Keynes sur nos politique économiques et monétaires). Personne n’a « inventé » l’économie de marché, par exemple. Les modèles sont issus de l’expérience, de l’épreuve des faits, des mélanges culturels…

Avant d’imaginer composer un modèle français, il faudrait déjà accepter l’idée d’essayer d’imiter ou d’adapter ce qui fonctionne bien ou mieux dans d’autres pays, comme la flexi-sécurité danoise, la qualité industrielle et les PME allemandes, le système éducatif ou social scandinave (les excès en moins pour ce dernier), la facilité d’entrepreunariat et les puissantes Universités en Grande-Bretagne, l’innovation aux États-Unis, la gestion de la dette et des déficits en Australie ou Nouvelle-Zélande, le fédéralisme au Canada, la démocratie directe suisse… Les exemples sont nombreux, et je vous épargne les nombreux liens de références que vous pourrez trouver sur des sites comme Contrepoints (voire le Sénat, par exemple, soyons fous). Serons-nous assez intelligents pour se pencher dessus, ou trop chauvins pour admettre l’idée de notre non-perfection ?

Sommes-nous condamnés à la médiocrité ?

[Malaberg] Bayrou, tout un programme

le génial Bayrou n’a au final rien inventé, n’en déplaise à l’hérétique, qui n’a cependant pas compris, à mon sens, ce que Mélenchon disait dans la vidéo ci dessous.

 

 

A titre informatif, je recommande la lecture de cette excellente brochure, sur bayrou…

[Malaberg] Adieu Danielle…

… tu nous manqueras.

Sa mort me rend éminemment triste. Je l’avais vu à la fête de l’huma, pas cette année mais celle d’avant.

Une vraie résistante, jusqu’au bout. Et sans concession, et toujours avec lucidité…

Adieu, Danielle…

De la notation des agences de notation

Il suffit de reluquer 5 minutes de l’émission d’ennui vespéral « On n’est pas couché (mais on aurait mieux fait) » pour admirer une magnifique tarte à la crême française, servie non sans panache avec beaucoup de chantilly, de larmes à l’oeil et de certitudes : « mais qui note les agences de notation, hein ? Hein ? » , « parce qu’elles n’ont aucune fiabilité, hein. HEIN ? » . Alors dans un but didactique, j’ai décidé d’écrire un super jeu de rôle, en simplifiant à dessein les questions économiques. Dans les rôles principaux, Malaberg, et moi.

Imaginons, dans un élan de folie, que Malaberg et moi ouvrions notre propre agence de notation (oui, je trouve l’idée très drôle). Régulièrement, nous ferions savoir publiquement ce que nous pensons de la solvabilité des Etats. Fun, non ? Aurons-nous une influence sur les choix des investisseurs ? Même adoubés par l’état français (Malaberg peut être très séduisant auprès des ministres), sommes-nous certains que nos choix seront observés attentivement par les bourses ?

D’où vient la crédibilité des agences de notation ? Qui juge de la légitimité de leurs points de vue ? Les marchés eux-mêmes. Les agents du marché peuvent choisir, ou non, de se fier aux jugements des agences de notation. S’ils nous jugent crédibles, ils se fieront à Malaberg et moi. S’ils jugent Fitch crédible, ils se fieront à leurs notes. Le jour où ces agences seront perçues comme défaillantes … les marchés ne réagiront plus. Les agences n’obligent pas les marchés à adapter leurs taux d’intérêt : la meilleure preuve est que les taux de la France se sont déjà envolés, avant même la dégradation officielle de la note du pays.

Ce sont donc les marchés, les coupables ? Oui, mais au juste, qui a obligé les États à emprunter ? Tenez. Le Japon lui aussi est sur-sur-surendetté. Oui, mais surtout auprès des citoyens japonais, et relativement peu vis-à-vis de l’étranger. C’est un choix. Et nous avons fait le choix de nous endetter auprès des marchés. Personne ne nous y a obligé. On aurait même pu s’assurer de ne pas dépendre des marchés, en faisant coïncider notre budget avec nos rentrées fiscales. Critiquer les marchés financiers, c’est comme si on se tirait une balle dans le pied et qu’on accusait le pistolet. Et en s’en prenant aux agences de notation, on attaque le type qui nous prévient qu’au-delà de 6 balles dans le même pied, ça commence à picoter.

Parce que dans le fond, quelle est l’erreur des marchés financiers, quand ils augmentent les taux d’emprunt de la France ? Prêteriez-vous des milliers d’euros, les yeux fermés, à quelqu’un que vous savez insolvable, et qui emprunte pour vous rembourser (en envisageant même de vous prendre de force de l’argent pour vous rembourser) ? Leur erreur, c’est leur trop grande patience. Ca fait longtemps que les taux français auraient dû s’envoler. Les marchés ont été beaucoup trop gentils. Ils auraient dû s’inquiéter avant.

Et la faute de nos dirigeants, c’est de n’avoir jamais pris en compte le fait que leurs politiques déraisonnables mettaient en péril l’indépendance et la souveraineté nationales. Sincèrement, imaginaient-ils ce train de vie viable sur le moyen-long terme ? Alors il fallait faire des choix : faire fi de notre pression fiscale (la plus élevée d’Europe, Champomy !) et de notre dépense publique (la plus élevée d’Europe, Champagne !) et augmenter les rentrées pour continuer à dépenser, OU baisser les dépenses. Que chacun choisisse son camp, mais que chacun choisisse, surtout. C’est arithmétique.

A ce propos, j’ai toujours trouvé étonnantes les réactions d’une partie de la gauche, qui affirme ouvertement, fortement, théâtralement, qu’ELLE, elle résisterait aux marchés, et qu’elle ne se plierait pas à leurs diktats pour conserver une bonne notation par les agences. A l’extrême rigueur, c’est un discours que pourraient tenir les libéraux : « faites-nous les taux que vous voulez, parce qu’on n’a quoi qu’il en soit pas prévu de faire appel à vous très souvent » . Mais la gauche oriente souvent son action vers plus de dépense publique (qu’on l’approuve ou non, c’est pas un jugement de valeur … ici). Donc elle a besoin, plus que les autres, que les taux soient aussi favorables que possible ! Car enfin, si on envoie les marchés se faire foutre, pensez-vous qu’ils accepteront encore volontiers de nous prêter de l’argent par la suite ? Et quand ils refuseront (ou nous soumettront à des taux insupportables), où la gauche ira-t-elle chercher l’argent ? Ah, peut-être serez-vous capable de m’exposer quelques pistes … mais pourquoi personne n’a pensé à le faire avant, dans ce cas ?

Et, entre nous, avec nos records de dépense publique et de pression fiscale, si cette méthode et ce modèle étaient bénéfiques, on aurait fini par s’en rendre compte non ? Parce qu’a priori, on ne surclasse pas le reste du monde, hein. Enfin, je ne crois pas.

Parlons d’Europe (et de dette)

Il était temps que je rebondisse gracieusement sur la question de la crise de la dette en Europe, abordée avant moi par mon camarade Alboss (toujours très plaisant à lire). Évidemment, il arrive que nos points de vue divergent. La preuve.

La faute de l’Europe (ou des Européens) ?

Dans toute cette affaire, l’Europe sert de coupable idéal. Les dirigeants des états européens, soumis à la dictature des marchés de leur électorat, trouvent forcément confortable de rejeter la faute sur le voisin, qui plus est non élu, et trop soumis pour réagir trop fortement : les banques, les marchés financiers et l’Europe. De tous ces boucs émissaires, l’Europe est le plus vague et le plus gargarisant. On désigne une nébuleuse diabolisée, qui a l’avantage de présenter une structure comaprable à un super-Etat, tout en évocant l’ennemi venu de l’étranger pour soumettre notre pauvre Nation (qui a librement consenti tout ça).

Une fois de plus, dans le Crise de la Dette, on se trompe de coupable. Les mêmes râleurs d’aujourd’hui ne protestaient-ils pas déjà contre les règles trop strictes d’une Europe toujours prète à combattre l’inflation et à taper sur les doigts des Etats qui s’endettaient trop ? Les critères de Maastricht, les 3% de déficits, n’était-ce pas trop contraignant avant que l’orage ne gronde ? Pourtant, il s’avère que l’Europe n’a pas été assez sévère, et n’a pas su s’imposer assez fortement pour faire respecter ses règles. Les Etats européens étaient au courant que dépasser les 3% de déficit présentait des risques certains d’instabilité au sein de la Zone Euro. S’ils ont marché sur les avertissements qu’on leur a adressés, c’est donc entièrement de leur responsabilité. Ils étaient prévenus, ils ont fait semblant d’ignorer.

En réalité, les eurosceptiques portent une importante part de responsabilité. (Entre autres) à cause de leurs réticences, nous avons adopté une monnaie commune sans franchir le pas de la politique économique et budgétaire en partie fédéralisée. Le cul entre deux chaises, avec une monnaie européenne, et des politiques budgétaires repliées sur elles-mêmes. Et quand l’Union préconisait moins de 3% de déficits, nos souverainistes s’en moquaient avc panache.

L’Europe n’a pas fauté. Si les gouvernements européens avaient été à la hauteur, et s’étaient inquiétés à temps de la problématique de la dette, l’Euro aurait sans doute été parfaitement viable. Si on avait permis à l’Europe de faire respecter ses règles, l’Euro aurait été viable. Au lieu de cela, on a préféré la politique de l’autruche, en ne cessant jamais de parler de défense de la souveraineté et de l’indépendance de l’Etat, quand dans la même temps, ce même Etat mettait cette indépendance en péril en s’endettant excessivement. On ne marche pas indéfiniment sur la tête sans en payer les conséquences. Ce n’est pas l’Europe qui a failli, ni l’Euro, ce sont les Etats souverains qui n’ont pas été à la hauteur.

Les socialistes (je pouffe)

Dès que j’entends les socialistes parler de dette et de déficits, je n’y peux rien, je pouffe. On parle quand même de ceux qui avaient promis sans la moindre autodérision, de passer les smic à 1500€ (Ségo elle-même n’y croyait pas, c’est dire !). On parle quand même de ceux qui, plus récemment, lors de la Crise de 2008, s’étaient largement plaints de la faiblesse des plans de relance gouvernementaux, et demandaient un projet plus « ambitieux » . Aujourd’hui, ils ont beau jeu de radoter. Mais ils n’ont aucune crédibilité. Ils n’avaient rien vu venir.

Comme les autres, du reste. La réalité, c’est que ni la gauche ni la droite ne se sont jamais préoccupées de la dette jusqu’à ce qu’elle leur explose à la face, avec les conséquences que l’on sait. Les seuls qui se soient inquiétés de longue date, ce sont les libéraux, et dans une moindre mesure, le MoDem de Bayrou en 2007. Reconnaissons-le. D’ailleurs, l’une des seules à avoir réussi à obtenir un budget excédentaire en partant d’une situation très dégradée, en Grande-Bretagne, c’est la très libérale Thatcher. La réduction de la dette, au Canada, ou surtout en Nouvelle-Zélande, a presque toujours été la conséquence de politiques libérales, menées par les conservateurs comme par les travaillistes. Tant que nous n’accepterons pas ce constat, nous continuerons à patiner dans notre gadoue.

Sarkozy, Berlusconi, l’Italie (ça rime)

Les Italiens sont furieux. Les médias italiens sont en transe ! Merkel et Sarkozy ont osé critiquer la gestion Berlusconienne des finances italiennes ! Retournement de situation paradoxal : les Italiens détestent Berlusconi, mais le défendent quasiment corps et âme dès que sa compétence est clairement mise en doute à l’étranger. Le stade suprême de l’aveuglement chauviniste. Les Italiens n’en semblent que plus ridicules. Mais le sommet du ridicule a été atteint au moment où Berlusconi est venu annoncer en direct à la télévision que Merkel avait présenté des excuses … ce que la principale intéressée s’est empressée de démentir…

Rappelons que la dette italienne est la 3e dette mondiale, juste après les USA (dont on connaît le gros, gros PIB, et la situation particulière liée au dollar), et le Japon (où la dette est en grande partie détenue par les japonais). Il n’y a pas de quoi se vanter. Et quand on connaît l’enlisement économique, moral, criminel et judiciaire du pays, il n’y a pas non plus de raison d’afficher un triomphalisme particuièrement prononcé.

J’étais en Italie tout l’été, et j’y ai suivi les cafouillages du Gouvernement italien bousculé par les marchés. J’y ai entendu la Lega Nord opposer son veto à toute réforme des retraites. Aujourd’hui, le vent a tourné, et les vestes avec. Tout ça est consternant. Mais rassurez-vous : pas de changement violent au programme, puisqu’on évoque l’horizon 2026.

Les meilleurs ennemis du monde

Autant Sarkozy a eu raison de s’en prendre à Berlusconi, autant il a eu tort de s’en prendre à Cameron. Certes, Cameron s’est montré critique vis-à-vis de l’Euro, mais il ne faut pas non plus oublier qu’il répond, en fait, à une demande nationale en ce sens, et qu’il est en première ligne pour défendre l’Europe au Parlement britannique ! Pris en sandwich entre Londres et Bruxelles, Cameron joue les équilibristes … non sans talent.

On comprends les griefs des dirigeants européens vis-à-vis de Cameron. Il a mené des réformes et une politique de rigueur autrement violente que les leurs, mais il reste nettement plus populaires qu’eux, et il est toujours jugé comme le plus apte à mener le pays, 3 ans après son arrivée au 10, Downing Street. Pas mal, non ? Autre motif de désaccord, la fameuse et éternelle taxe Tobin.

La taxe (pas) Trop-bien

Pourquoi les Anglais s’y opposent-ils ? Ils sont non seulement sensibles à des motifs idéologiques et d’efficacité économique, mais ils ont surtout en tête que 80% des transactions financières européennes passent par Londres. Ainsi, instituer la taxe Tobin reviendrait à taxer à 80% l’économie britannique. Pas très équilibré, non ?

Autre pays à s’y opposer : la Suède, ce fameux modèle de Social-Démocratie, en réalité converti au Libéralisme depuis la fin des années 90. Pourquoi s’y oppose-t-elle ? Il faut savoir que la Suède a déjà institué une taxe Tobin en 1992 … pour l’abandonner quelques années plus tard, après en avoir fait douloureusement les frais ! Si les Suédois qui ont essayé s’opposent à cette taxe, ne devrions-nous par les écouter ? Voulons-nous vraiment faire cette désastreuse expérience nous-mêmes ?

Dès que nous instituerons une taxe de ce genre, les flux financiers n’auront qu’à contourner notre région. C’est tout. On n’y gagnera rien. Pire ! « Lorsqu’on taxe les vaches, ce ne sont pas les vaches qui paient » . De même, ce ne sont pas les banques et les organismes financiers qui payeront cette taxe … mais les citoyens. Le coût sera répercuté sur le crédit, les transactions bancaires… Vous appelez ça la Justice Sociale ?

C’est un malheur que ni la Grande Bretagne ni la Suède ne soient dans l’Eurozone : malgré leur refus, rien n’empêchera nos autres troubadours d’instituer une pareille idiotie au sein de la Zone Euro. Nous allons bien nous étaler.

L’Europe s’en sortira

Cependant, je ne suis pas aussi pessimiste qu’Alboss. Je suis certain que l’Europe s’en sortira, comme toujours. N’oublions pas que l’Europe est un pur produit de volonté politique. Et rien ne pourra venir à bout de cette volonté. Je ne sais pas comment, ni dans quel état, mais l’Europe se relèvera, et trouvera assez de rustines pour colmater les fuites. La vraie queston est de savoir quelle efficacité elle aura, et quelle idéologie influencera ses bricolages. A entendre Mario Draghi compatir avec les « Indignés » , on est en droit de penser que la recherche permanente de boucs émissaires est loin d’être terminée. La politique de l’autruche aussi est loin d’être terminée.

Mais j’ai l’espoir que l’Europe en sorte la tête haute. J’attends d’elle qu’elle cesse de se mêler de l’angle de courbure des courgettes autorisées à la vente, et des ballons gonflables, et se concentre sur la libéralisation des économies et des sociétés, sur la synergie des politiques économiques et budgétaires, sur le principe de subsidiarité (selon lequel l’efficacité voudrait entre autres que la politique étrangère ou de défense européenne progresse fortement dans les années qui viennent, pour faire face aux défis du XXIe siècle, et redonner une voix à l’Europe, alliant soft et hard power, et réduisant les coûts par la Défense Européenne qui mettrait fin aux « armées bonsaï » dénoncées par Etienne Copel), et sur des bases plus démocratiques, ce qui comprend l’élection d’un Président de l’Europe, qui remplacerait à la fois Van Rompuy et Barroso, qui nommerait les commissaires européens selon la majorité en présence au Parlement Européen, et serait désigné au suffrage universel direct. Avec une véritable légitimité, un tel Président saurait peut-être faire cesser ce flux permanent de critiques des Etats cherchant à s’innocenter, envers des instances européennes impersonnelles.

Mais p’têt que je suis fou de rêver à ce point. P’têt que je suis trop optimiste. P’têt que l’Europe est foutue, et ses Etats (surtout) avec.

D’ailleurs, si certains de mes camarades blogueurs, tels Aurélien Véron, l’Hérétique, Alboss, Nicolas, Xerbias et les autres, veulent se livrer à une présentation de l’Europe « de leurs rêves » , qu’ils ne s’en privent pas. J’essayerai aussi de revenir sur le sujet … dès que j’aurai le temps. Parce qu’écrire des articles à 7h30 le matin ne me réussit pas forcément… :D

25 (bonnes) raisons de s’indigner

Alors que la France a l’indignation facile, et la scandalisation rapide, il est bon de lire des livres de la trempe de celui de notre ami, Hugues Serraf, que nous suivons d’ailleurs toujours avec grand plaisir sur d’autres supports, comme son Blog ou encore Atlantico. Il s’agit d’un petit bouquin paru en avril 2008 et sobrement intitulé (Petites) exceptions françaises, 25 bonnes raisons pour que le monde ne nous envie pas.

Les Français, si friands de commentaires moqueurs sur leurs voisins les Italiens (leurs pâtes, leur sale caractère, leur fierté démesurée), les Allemands (ces barbares !) et les Britanniques (ces buveurs de thé qui ont coulé nos bateaux à Trafalgar !) ne peuvent que s’extasier à la lecture de leurs petits défauts, tout le long de ce livre, véritable miroir de nos sales habitudes. Le genre est ancien. Serraf se fait ici l’héritier du célèbre Montesquieu, qui déjà, dans ses Lettres Persanes, se mettait à la place d’étrangers arrivant en France, et découvrant avec surprise nos mœurs déjà si particulières. L’intérêt est évident : ce que des citoyens, plongés dans une atmosphère et des habitudes nationales aussi anciennes que la première trahison de Chirac, ne remarquent plus, un regard étranger le souligne avec davantage d’acuité. C’est dans ce « relativisme culturel » que se trouve peut-être l’une des clés de la préservation de notre esprit critique. Lisez ce livre comme une psychanalyse.

On pourrait sans doute écrire une kyrielles de bouquins (et il en existe déjà au moins une demi kyrielle) sur les archaïsmes français, cette attitude à la fois si conservatrice que révoltée, ce culte de l’égalitarisme doublé d’un attachement viscéral de chacun à ses privilèges, ce pessimisme revendiqué et assumé, ce défaitisme séculaire, cette réfraction au changement pourtant tant réclamé (que rappelait intelligemment une publicité pour une célèbre station de radio).

Mais Hugues Serraf a choisi de se concentrer sur quelques faits saillants, mais profondément révélateurs, de quelques uns de nos plus mauvais particularismes nationaux. Petit florilège.

Coïncidence, le pamphlet s’ouvre sur une affaire de poux déjà évoquée par la publicité RTL qui lui donne raison. Il est question d’hygiène, et du fléau récurrent des poux proprement -ou salement- gaulois. Pourtant, l’auteur nous apprend que les poux ont été relégués au même rang que la syphilis parmi les maladies disparues et oubliées, chez la plupart de nos voisins, comme les Américains, les Britanniques ou les Algériens. Comment se fait-ce, sans mauvais jeu de mot ?

Et comment se fait-ce que nous soyons si peu nombreux à nous laver les mains en sortant du trône ? Comment se fait-ce donc que les pots de cacahuètes posés négligemment sur le comptoir d’un mauvais bistrot français soient porteurs de traces d’une dizaine d’urines différentes ? Ah oui, parce qu’on n’aime pas serrer la main des gens lorsque celle-ci est humide du fait d’un lavage récent. Ceci explique cela. On préfère très largement se transmettre des microbes.

Au détour des pages de ce bouquin, on apprendra égalementhttps://i2.wp.com/www.albin-michel.fr/multimedia/Article/Image/2008/9782226186751-j.jpg un fait qui ferait sans doute la joie d’H16 : une université lyonnaise à ouvert une licence professionnelle de … clown. Apprentis clowns, vous y étudierez des matières aussi utiles et vitales pour votre avenir que la « compréhension des enjeux culturels, sociaux, et politiques du secteur » , la « sociologie de la socialisation sexuée des arts du cirque » (vous reprendrez bien une saucisse ?), et bien entendu, l’indispensable « anthropologie des émotions » !

Ne parlons pas des sacs d’écoliers trop lourds, évoqués béatement par nos médias à chaque rentrée scolaire, la bouche en cœur et la larme à l’œil, sans pour autant que la moindre solution n’ait été trouvée depuis. Nos voisins, qui disposent dans leurs écoles de fabuleux bijoux de technologie, des sortes d’armoires verticales, individuelles et verrouillées par le truchement d’une clé, aussi appelés « casiers » , en rient encore. Il n’y a aussi guère qu’en France que l’on demande à des classes de 35 élèves (bientôt 36, c’est l’inflation !) de se déplacer à chaque intercours de classe en classe, plutôt que de demander au professeur lui-même de faire le trajet. C’est tellement logique !

On savait déjà qu’en France, l’Etat se mêle de tout, surtout de ce qui ne le regarde pas, mais saviez-vous qu’il interdit même la diffusion de films de cinéma les mercredi, vendredi et samedi soir, et ce, afin de soutenir la production cinématographique française ? Et que penser de cette connerie de timbre fiscal ? Cet archaïsme qui résiste encore et toujours à la modernité, et à la méchante mondialisation présente pourtant de sérieux inconvénients, alors que tout un chacun s’inquiète (ou pas) de l’étendue insondable de notre dette publique : les timbres fiscaux impliquent des coûts de conception des timbres, d’achat de papier et de colle, d’impression, de stockage, d’approvisionnement, et surtout, de commissionnement des buralistes qui les proposent à la vente. A se demander si on ne vit pas dans un asile de fous à ciel ouvert.

Passons à la santé, avec la concentration de pharmacies en France, nettement supérieure à celle de nos voisins : une pharmacie (ou plutôt, une pharmacie doublée d’une parapharmacie, voire d’une droguerie) pour 2 500 habitants, contre 4 500 pour l’Allemagne, et 10 000 pour le Danemark ou les Pays-Bas, des pays où le nombre de lépreux et autres mourants dans d’atroces souffrances ne semble pas supérieur que dans le nôtre. Par contre, inutile de partir à la recherche d’un quotidien : nous disposons de 29 000 kiosques, contre 100 000 en Allemagne ou en Grande-Bretagne. Mais pour continuer parler de santé, que penser de ces médecins qui, pour fidéliser le chaland, n’hésitent pas à rajouter moult médicaments courants et inutiles (type sirop contre la toux contre une verrue au pied), sur une liste déjà bien fournie, afin de montrer d’une part leur gentillesse (c’est gratuit, n’est-ce pas ?), d’autre part qu’ils font du bon travail, puisque vous repartez avec un programme aussi fourni qu’est dégarni celui de TMC.

Avez-vous déjà remarqué l’amaigrissement extrême de nos quotidiens (déjà difficiles à dénicher) pendant la saison estivale ? Et bien, ça aussi, c’est très français. Mais ça fait longtemps que notre presse est en crise, et a renoncé à rivaliser avec la presse étrangère.

Entrons de plein pied dans le monde du travail, avec cette tradition française du CV manuscrit et bourrée d’hypocrisie, à en faire pâlir de honte Tartuffe. Et puisque nous parlions de rivaliser avec l’étranger, sachez que nous ne rivaliserons pas non plus avec lui en matière de tourisme. Première destination touristique au monde, nous ne sommes que troisième en terme de revenus touristiques : bien sûr, tout est fermé le dimanche ! Et encore, il reste des touristes… Si on continue à leur imposer des réservations « du samedi au samedi » , combien résisteront encore à l’appel d’une Espagne plus accueillante ?

Nous n’avons pas non plus de poignées pour tenir debout dans le métro, pas de taxis, ou des taxis râleurs dans nos rues, et une peur bleue des ours bruns

Non, vraiment, pas de quoi être fier.

Serraf nous entraîne joyeusement dans cette folle galerie de nos petits défauts horripilants, et on se laisse très volontiers entraîner. Si le style est parfois volontairement pompeux et ampoulé, il n’en reste pas moins délectable, et vous vous surprendrez régulièrement à sourire devant les périphrases et circonvolutions d’un auteur délibérément espiègle.

Je vous conseille fortement d’acheter et de lire ce très sympathique petit livre.

Demain, la crise des dettes publiques

Après une longue période de relative absence, pour cause de surcharge de travail désespérément incontournable, me voilà de retour sur ce blog, afin d’évoquer avec vous l’un des sujets qui me tient le plus à cœur aujourd’hui : la dette publique.

L’incroyable danger que représente cette dette incontrôlable, et que peu cherchent vraiment à contrôler est ma principale préoccupation pour l’avenir de notre pays, et de l’économie mondiale.

D’un point de vue strictement national, comment admettre que l’État, institution la plus élevée et légitime pour le plus grand nombre, puisse se placer dans une telle position de faiblesse ? Alors que l’État moderne et providence a endossé la responsabilité de systèmes de protection sociale toujours plus poussés, comment admettre qu’il puisse prendre le risque inconsidéré de vivre durablement au-dessus de ses moyens ? Que dira-t-on au peuple le jour où tout s’arrêtera, faute de moyens, pour avoir trop longtemps tiré sur la corde ? Aujourd’hui, l’État apparaît encore comme le protecteur des citoyens. Que fera-t-on lorsque ce bouclier tombera en poussière, du fait de l’aveuglement de générations de politiciens démagogues ? Le risque social est considérable, et un aperçu édulcoré nous est donné par les tensions sociales à l’œuvre en Grèce.

Les politiciens ont la responsabilité d’assumer la réalité de notre situation, et de dire la vérité aux citoyens. Ils doivent être capables de faire admettre au peuple qu’il vaut mieux sauver le bouclier par quelques sacrifices tant que cela est encore possible qu’attendre stoïquement, sans changer de cap, que tout s’écroule pour s’inquiéter. Pourtant, partout aujourd’hui, c’est le démagogisme qui prime. On est bien plus prompt à promettre toujours davantage de dépenses qu’à persuader les électeurs de la nécessité impérieuse d’un redressement des finances publiques.

Ce système est malsain. La croissance d’aujourd’hui, la paix sociale d’aujourd’hui, la consommation d’aujourd’hui, sont payés avec l’argent de demain. Qu’est-ce qu’emprunter, sinon avancer à aujourd’hui les investissements de demain ? Comme l’affirme mieux que moi le Minarchiste, « la dette n’est en fait qu’une façon de déplacer sa consommation du futur vers le présent. Tôt ou tard, cette dette doit être remboursée, et pour ce faire les emprunteurs devront réduire leur consommation » . Et finalement, le refus actuel de tout redressement de cette situation financière désastreuse est une forme de puissant égoïsme à l’égard des génération futures…qui pourrait bien se retourner contre les générations actuelles.

Si l’on en croit Philippe Herlin, après la crise des dettes privées que nous avons connue en 2008, partie des États-Unis, où l’endettement privé (notamment dans le cadre de l’accès à la propriété) est profondément ancré dans la culture américaine de la consommation, nous risquons d’assister à une crise des dettes publiques, dont les conséquences risquent d’être encore plus graves. En effet, en cas de crise de la dette publique, comment les États aideraient-ils les banques puisqu’ils seraient eux mêmes en faillite ? Ce scénario pourrait très vite ressembler à une joyeuse chute libre où Banques et États se tiendraient tout aussi joyeusement la main, chacun croyant pouvoir sauver l’autre.https://i1.wp.com/site.agerard.free.fr/img/dettepublique.jpg

Les signes avant-coureurs de ce séisme financier apparaissent éclatantes dans l’actualité de ces derniers jours, avec la dégradation de la note des États-Unis de « stable » à « surveillance négative » . Concrètement, ça signifie que si le pays ne redresse pas la barre dans les deux ans à venir, il est fort probable qu’il perde son « triple A » , cette assurance d’emprunter au meilleur taux sur les marchés. Quel coup de tonnerre pour un pays dont on pensait qu’il avait tout loisir de s’endetter ad vitam aeternam, grâce à la position dominante du dollar !

Ne parlons pas du Japon, où la Croissance faible se conjugue avec une dette colossale de 200% de son PIB, et les effets de la catastrophe naturelle et nucléaire que connaît actuellement le pays.

Quant à l’Europe, on en parle suffisamment pour que personne n’ignore la situation désastreuse de la Grèce, de l’Irlande, ou encore du Portugal. Mais je me demande malgré tout si sa tradition de relative rigueur budgétaire, tout au moins en ce qui concerne une partie de ses pays, ne lui permettra pas de s’en sortir paradoxalement mieux que les deux autres pôles de la Triade, puisque sa situation globale est meilleure que celle des États-Unis ou du Japon en la matière.

Cela dit, si la tempête éclate, personne ne sera épargnée. Et ce ne sera pas faute d’avoir prévenu.

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