France : le rendez-vous Libyen

De même que mon ami Alboss, je souhaiterais aborder ou réaborder quelques uns de mes sentiments vis-à-vis de la situation.

Tout d’abord, le pessimisme des Français. il suffit de parcourir les sites des principaux quotidiens français, ou la Blogosphère, pour réaliser à quel point les Français ont d’ors et déjà adopté une attitude parfaitement pessimiste, voire défaitiste. Nous ne serions pas capable de vaincre Kadhafi, nous n’aurions pas de bons avions, notre armée serait mauvaise, nous nous embourberions forcément… Parfois, voire souvent, les commentaires virent délibérément au cynisme, et voilà que nous n’interviendrions en Libye uniquement pour le pétrole, le gaz, voire la cote de popularité du Président de la République. La deuxième ou la troisième puissance militaire du monde pourrait être vaincue par les 20 avions arriérés de Kadhafi ? Et que vaut cette comparaison abjecte avec la Guerre en Irak, qui n’a rien de comparable, ni le prétendu mobile de départ (armes de destruction massive), ni le même but, ni le même déroulement, ni la même initiative, ni la même légitimité multilatérale ? A vouloir jouer les historiens en herbe, et à tenter des rapprochements hasardeux pour s’enorgueillir d’une culture historique et d’une prétendue profondeur de vue, on sombre dans l’amalgame ridicule.

Mais ce défaitisme français n’est pas nouveau, et on pourrait, nous aussi historiens en herbe, en faire remonter les premiers signes à la Seconde Guerre Mondiale. Notre mythe du déclin, présent dans tous les esprit, et décliné après chaque refrain sur la « criiise » trouve ici une parfaite caisse de résonance. Toute foi dans l’avenir semble éteinte, toute foi dans l’influence de la France semble disparue. Et c’est avec cet état d’esprit que les Français veulent construire la France de demain ? A trop vouloir voir venir le déclin, on finit par l’obtenir, et le déclin psychologique d’une Nation entraîne nécessairement son déclin réel.

Si ce n’est pas nouveau, les preuves n’en finissent pas moins de se multiplier : à voir les près 60% d’abstention lors du Premier Tour des Cantonales, on peut légitimement penser que les Français n’ont plus rien à foutre de cette démocratie, pour laquelle tant de peuples se battent et au nom de laquelle ils meurent.

Pourtant, la France ressort grandie de l’actuelle intervention. Qui aurait pu penser que la France, ce « vieux pays » de la « vieille Europe » aurait pu réussir à mettre en branle en quelques jours une communauté internationale sclérosé et passive, qui assistait au massacre de la population libyenne sans savoir quelle attitude adopter ? La voix de la France compte encore dans le monde, peut-être encore plus que dans un passé récent. Elle joue un rôle moteur, un rôle de guide. Elle est capable de monter avec le soutien de la seule Grande Bretagne, une coalition, et de franchir tous les obstacles qui se posent face à elle. Elle a réussi à légitimer son intervention par la décision de l’ONU, et le soutien de la Ligue Arabe (jusqu’à présent). Je dois avouer que la veille du vote à l’ONU, moi même, je n’avais plus aucun espoir que la situation puisse se retourner en faveur des insurgés. Belle leçon de volonté politique.

Qu’aurait retenu l’Histoire si, à l’image de ce qui s’est passé en Yougoslavie, l’Europe était restée impuissante et aveugle face à un nouveau massacre en cours à sa périphérie directe, chez l’un de ses proches voisins ? Nous aurions traîné le boulet de notre inefficacité pour au moins une vingtaine d’années, tout comme nous gardons encore les stigmates de notre culpabilité à l’égard de la Yougolasvie depuis les années 1990. Hélas, l’Union Européenne n’a pas joué un rôle moteur, encore moins la diplomatie européenne. Quoi qu’il en soit, et à défaut de mieux, je considère que lorsque deux puissances européennes de premier ordre comme la France et la Grande Bretagne agissent de concert pour agir, c’est l’Europe toute entière qui sort grandie de cette coopération militaire annoncée depuis le mois de novembre. S’il faut un moteur pour propulser l’Europe, c’est une bonne chose que de le voir à l’œuvre malgré toutes les entraves (pour ne pas dire les boulets).

C’est dans l’action commune, le rayonnement politique, diplomatique, voire militaire, encore davantage que dans sa puissance normative, que l’Union Européenne construira son identité et son unité. Si ce n’est pas évident, gageons que l’avenir nous engagera dans cette voie, à la suite des Nations les plus ambitieuses.L’essentiel est que l’Europe ait été entraînée dans l’action. Et qu’elle montre aujourd’hui la preuve qu’elle peut s’exprimer militairement sans le soutien de l’OTAN, et avec un soutien mineur de l’armée américaine.

Comme lors de la crise géorgienne, Nicolas Sarkozy a démontré ses talents de leader sur la scène internationale. Non, « le roi n’est pas nu » , non, ce n’étaient donc pas que des discours en l’air, désolé pour l’opposition. Il est insupportable de constater que ce sont souvent les mêmes qui critiquaient la passivité de la France dans les Révolutions Arabes qui s’en prennent aujourd’hui à son leadership dans la question, et les mêmes qui étaient prêt à se lamenter sur le sort du peuple libyen qui semblent aujourd’hui les plus timorés vis-à-vis de notre intervention (même avec de mauvais arguments). Lorsque Sarkozy a un train de retard au sujet de la Tunisie ou de l’Égypte, on met en avant son incompétence. Et lorsqu’il est en avance sur bien des dirigeants de la planète à propos de la Libye, on suggère que son réel objectif ne soit que de remonter dans les sondages. Mais que veulent les Français ? Combien de temps resteront-ils coincés entre leur volonté de rayonner, et de défendre la démocratie, et leur manichéisme viscéral à l’égard de Nicolas Sarkozy ?

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La position de l’Allemagne dans cette affaire me paraît consternante. Une fois encore, comme pour la Grèce, Merkel donne la preuve de son manque de vision politique, et de son court-termisme caractéristique. Une fois encore, elle ne pense qu’à la réaction de son opinion publique, à l’approche d’élections. Est-ce l’importance de la communauté turque en Allemagne qui l’a incitée à cette passivité comme l’imagine le Causeur ? Dommage, c’est une occasion de ratée pour l’Allemagne. Quant aux oppositions de la Russie (qui n’hésite pas à envahir la Géorgie avec ses tanks sans le moindre aval onusien, et massacre les Tchétchènes en toute insouciance), de la Chine (dont on connaît la politique au Tibet, et à ses frontières), voire du Vénézuela, par la bouche de Chavez, grand ami de Kadhafi, et de l’Iran, elles sonnent comme autant de légitimations de notre intervention. S’ils s’y opposent, c’est que nous avons sans doute raison de la mener. Ne parlons même pas de l’opposition du FN, voire du Front de Gauche.

Et quand je vois les drapeaux français flotter sur Benghazi, je me dis qu’une victoire des insurgés nous assurerait des relations particulièrement chaleureuses avec la Libye dans l’avenir. Car les Libyens n’oublieront pas ceux qui ont été là pour eux. Et la France, comme l’Europe, doivent apprendre à se préoccuper de leur périphérie immédiate, et de l’interface méditerranéenne, en instituant, dans la lignée de l’Union Pour la Méditerranée, de fructueux partenariats, et une coopération renforcée.

C’est peut-être stupide, mais en ce moment, je suis drôlement fier d’être Français.

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