[Hippolyte] Tribune de soutient au mariage et à l’adoption pour tous

Fichtre. Dans un débat qui ne cesse d’enflammer les passions, du côté des conservateurs comme des soutiens, il me semblait désormais infamant de rester silencieux alors que toute la blogosphère se saisit de la question. Je ne vais pas m’appesantir plus longtemps en verbiage, je suis un soutient à la réforme (oui, sur un blogue de droite, cela existe). J’ai pour sentiment que cette question dépasse les clivages habituels même si elle y reste très liée de manière générale. On le sait, on le dit, on l’observe depuis quelques mois, cette question passionne les français chaque jour, ouvrant leur page Google dès le moindre rebondissement de cette affaire. Certains gueulent, d’autres applaudissent, d’autres s’en fichent. Ce qui est sûr, c’est qu’il y a de réelles incohérences à s’opposer à cette réforme. Petite explication.

1°) Les religieux se plaisent tout particulièrement à associer l’ouverture du mariage aux couples gays, aux dérives de la polygamie, polyandrie (pour les musulmans, c’est d’ailleurs assez cocasse de noter l’emploi de ce mot), zoophilie, et pour les idiots du village, de la pédophilie. Je ne me ferai pas un sacerdoce de les raisonner, j’ai perdu ma fougue passée avec le temps, mais j’aimerais souligner la pure et simple diffamation, ainsi que l’amalgame douteux entre l’inacceptable et l’acceptable. Voyez-vous, l’homosexualité n’est pas une pratique, c’est une sexualité, comme l’hétérosexualité, la bisexualité ou la pansexualité. Si vous savez tous lire, vous retrouverez la même racine. Si vous savez tous lire, là encore, cette racine n’est pas présente dans les autres mots, et pour cause, il n’y aucune corrélation logique entre deux hommes/deux femmes qui s’aiment, et un homme qui a plusieurs femmes, une femme qui a plusieurs hommes, un homme-femme qui aime un chien et un(e) pervers(e) qui se tape des enfants. Dans le dernier cas, l’agissement est par pulsion, dans l’avant-dernier, il faut être réellement pervers pour apprécier… Je ne vais pas tous les décomposer, mais là où il y a exactement la même chose dans l’hétérosexualité et l’homosexualité, on nous ressort ces vieux argumentum ad hominem, pour dénoncer à demi-mots la perversité des gays car on n’assume pas son homophobie. Je ne me permettrais pas d’affirmer que tous les opposants à cette réforme sociétale sont homophobes, mais je me permets d’affirmer que beaucoup le sont, et ne le taisent que par les dérives accordées lors du vote du P.A.C.S (c’était les mêmes dans la rue, soit dit en passant) et car leur leader, charismatique déjantée du nom de Frigide Barjot, parvient à conserver la tête du troupeau.

2) Mais voilà… il y a un hic. Quand on associe Hollande à Hitler en trente secondes (point Godwin aussi rapide que la signature d’un P.A.C.S au greffe du tribunal), on peut se poser des questions sur la logique employée. On est tous différents, on est tous unique, mais il faut bien s’accommoder des particularités de chacun. Marre de se considérer chaque jour insulté dès que l’on ouvre le journal, et les premiers à souffrir sont les homosexuel-les humiliés chaque jour un peu plus, pris dans l’étreinte d’un débat autant que les enfants (on y reviendra, sur les enfants). On peut ne pas se vouloir homophobe, je respecte, mais la portée des propos que l’on peut avoir se répercute avec bien trop de gravité sur les principaux concernés. À entendre chaque jour qu’on n’est pas normal, on finit par saturer, et cela devient presque du harcèlement moral banalisé. #SiMonFilsEtaitGay est également dans mon viseur. La remontée des extrêmes par des débats pareils est nocive, blessante, en étant également injuste. Plus injuste encore, que ceux qui manifestent dans les rues seront ceux qui jugeront les enfants adoptés par des homosexuels, qu’ils veulent prétendre défendre (si ce n’est pas les opposants, qui peut bien se moquer d’une telle situation ?). C’est tellement hypocrite. C’en est ridicule. Une remise en question de certaines personnes seraient sans doute utile, surtout quand elles ne connaissent rien aux raisons pour lesquelles elles manifestent. Cela devient encore plus nauséabond, on agit par panurgisme dans le milieu.

3) Les enfants. Ah les sacro-saints enfants, sur lesquelles une auréole n’a de cesse de pousser depuis le début du débat. On peut lire dans les slogans répétitifs des opposants au mariage gay, ceci : “Tous nés d’un père et d’une mère“. Ce à quoi, mon visage a répliqué ceci.

Oui, cette tête-là.

À quel moment, les partisans de cette réforme sociétale ont-ils remis en cause de le moyen de fécondation pour la naissance d’un rejeton ? Jamais. Et que l’on ne me parle pas de P.M.A, puisque dans les faits, celle-ci ne sera présentée que bien plus tard. Pas de chance, il faudra organiser d’autres manifestations, mais en attendant, ce genre de propos n’a pas lieu d’être. De même que la translation du débat aux écoles, qui, envers et contre tout ce qu’a pu dire le secrétaire de l’enseignement catholique, a bien été organisé avec des élèves de troisième des discussions à ce sujet. J’en suis le premier témoin, autant que les nombreux articles que l’on peut lire. On rajoute à l’hypocrisie, la mauvaise foi. Je crois bel et bien que ce débat m’ulcère. Marre d’entendre des moutons radoter les mêmes poncifs que leurs maîtres à pensées, marre de la passivité des partisans, marre de la subjectivité des opposants. Des gens sincères dans leurs idéaux, il n’y en a pas beaucoup. Plus encore dans un débat comme celui-ci, quand on voit la droite conservatrice brandir les vieux torchons de décadence de l’humanité, menace de l’équilibre de l’humanité. En fait, il y a déjà 40 000 enfants adoptés par des familles homoparentales en France. Les “contres“ arguent… je ne sais pas quoi en fait, car je ne comprends les arguments qui sont dits là-dessus par leur côté disparate et belliqueux. Eh bien, admettons. Si un témoignage, ne serait-ce qu’un, énoncé directement par un concerné avait l’outrecuidance d’expliquer son parcours, ce pourquoi il a eu des doutes, ce pourquoi il vit très bien, on entend les râleurs pousser leurs cris d’Orfraie, dénonçant avec fermeté la dangereuse manipulation intellectuelle des lobby pro-homosexualité. De l’autre côté, il suffit qu’un article, un seul, parmi la salve de positifs énonce le négatif d’avoir été élevé par deux pères, et deux mères, c’est la société toute entière qui pouffe un scandale, des « Ah je l’avais bien dit ». Argumentum ad nauseam (pour appuyer mes dires, voir la congélation d’un bébé en Afrique du Sud par un couple de lesbienne, ou tout simplement quelques sites d’actualités, tout de même moins violent). C’est particulièrement édifiant cette manière de pensée. Oui, des enfants le vivront mal, comme certains vivent mal d’être gros, d’être noir, d’être roux, toutes ces choses insignifiantes qui constituent l’endurcissement de la vie d’un jeune. Cela ne fera qu’une raison de plus, pour autant, n’est-ce pas le meilleur moyen de s’affirmer, pour qu’au bout du compte, cela entre dans les mœurs ? Je crois que si. Je crois également qu’une réforme n’est jamais sans risque, et je mettrais cela en corrélation avec le divorce. Je me montre persuadé que c’est en brusquant parfois l’évolution que l’on obtient des résultat. Devrions-nous dire à ces enfants que s’ils perdent leur parent, l’autre personne qui les a élevée ne pourrait plus les voir, simplement car on lui a refusé le droit d’exercer une autorité ? C’est tellement mesquin de parler de sécurité de l’enfant quand ceux-ci sont marginalisés à cause d’une administration désuète. Alors, à part la peur de la différence, quoi rétorquer ?

Je pense qu’il est grand temps de penser autrement. Ceux qui ne se sentent pas concernés par mon article, mais qui sont tout de même contre, je vous invite à réagir par les commentaires sur l’homoparentalité, car il y a des positions que je ne comprends pas. Pour conclure, je dirai simplement au gouvernement de ne pas reculer. Les gens, ça gueulent beaucoup, mais dans cinq ans, cela oublie tout. Le P.A.C.S en est l’illustration complète. De “Pédé aux bûchers“ à fervent soutient, l’antithèse se poursuit comme aujourd’hui, et cela continuera demain, peu en importe le coup porté à la crédibilité.

Hippolyte.

PS : Mais quel sauvage ! J’oubliais de vous souhaiter avec retard une excellente année 2013.

PETIT RAJOUT : http://24heuresactu.com/2013/01/23/homoparentalite-letude-statistique-censuree-en-france/ J’ai enfin localisé le repère des extrémistes homophobes, dépourvus de tout savoir et de toute objectivité. Puis-je avoir mon gâteau au chocolat ? Cette étude tronquée, et fausse (je vous invite à lire les commentaires du bas, une bonne analyse en sera faite) démontre encore une fois l’hypocrisie latente des opposants, et le conservatisme réactionnaire dans lequel ils s’enferment. Heureusement, et je l’espère, pas tous, car l’amalgame entre pédophile et homosexuel me les brise légèrement et en vient jusqu’à me blesser dans ma dignité.

En bref – le plus froid de tous les monstres froids

Je vous recommande la lecture de ce témoignage poignant publié par Atlantico. Il s’agit de l’histoire d’une vieille femme mourante et de son mari, ancien médecin, qui illustre de façon touchante et révoltante toutes les dérives et toute l’inhumanité du système de santé français, qui ne sait se montrer efficace ni du point de vue financier, ni du point de vue humain.

Quand on sait que la France est vice-championne du monde des dépenses de santé par habitant, il y a de quoi s’interroger.

Une machine étatique, bureaucratique et politique a voulu bâtir, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une Santé Publique toujours plus égalitaire, toujours plus large, toujours plus républicaine, toujours plus normalisée…jusqu’à construire aujourd’hui « le plus froid de tous les monstres froids« , pour paraphraser Nietzsche.

L’avalanche de commissions, l’avalanche de normes et de bonnes pratiques, censées améliorer en continuité la qualité des soins et de l’accueil, n’a fait que déshumaniser sans cesse un système, le dépersonnaliser, tout en le ruinant financièrement. Ce système a perdu depuis longtemps de vue ce qui devrait être son principe de base, et je ne parle même pas des principes d’Hippocrate … mais simplement du bon sens, de la civilité, de l’empathie.

Une question de choix

Isabelle Resplendino rappelle une question oubliée par cette présidentielle : l’autisme, et la scolarisation des enfants handicapés. C’est un sujet à propos duquel Nicolas Sarkozy ne semble pas avoir démérité, au point de convaincre des parents de gauche de voter pour lui.

Une fois n’est pas coutume, il s’agit davantage d’une question de bonne volonté que de moyens, contrairement à ce qu’on entend couramment. Ou du moins, il s’agit d’une question de priorités. Cet article en 3 pages d’Atlantico est formidable dans l’analyse des économies qu’il est possible de réaliser sans dégrader la qualité de l’enseignement. Pour un élève scolarisé, on paye plus de 350€ de fonctionnaires pour l’administratif, contre 80€ en Allemagne (« une dépense de 351,33 euros par élève et par an en France et 80,11 euros en Allemagne – soit 271,23 euros de plus. Rapporté aux 10 millions d’élèves français, cela représente une dépense de 2,74 milliards d’euros par an« ). Pour un professeur en classe, il y a 3 fonctionnaires dans l’administration de l’éducation nationale. Agissons sur ce levier, et on pourra à la fois économiser, et à la fois utiliser l’argent plus efficacement, c’est-à-dire au plus près de l’élève et du professeur ! Il y a largement assez d’argent pour scolariser les enfants handicapés en assurant leurs besoins, pour ouvrir davantage d’internats d’excellence, permettant une ascension sociale accélérée, et même pour permettre de scolariser les élèves en échec scolaire et comportemental. Tout est une question de choix. Dégonflons le mille-feuilles administratif et recommençons à utiliser l’argent là où il est nécessaire, utile, productif. C’est là que devrait être la priorité : dans la chasse continue, permanente, au gaspillage, à la dépense superflue, dans le dégonflement de l’administration pléthorique (qui ne démontre en outre pas son efficacité !).

Le même problème est décelable dans la Santé Publique. Il paraît qu’on n’a plus de moyens, et qu’on vient même à manquer de linge d’hôpital (venez avec votre couverture !). Le système est délabré (autant d’IRM par habitant qu’en Turquie). Pourtant, en terme de dépenses de santé, nous sommes les champions du monde, juste derrière les américains. Pourtant, dépense supérieure ne rime pas avec qualité de soins supérieure ! Les Pays-Bas et le Danemark assurent un meilleur index de qualité en dépensant moins, et la Suisse, l’Allemagne, la Suède et la Norvège arrivent à un niveau de qualité à peu près équivalent, à un coût moindre ! Le problème est très vaste (on pourrait évoquer que les Français consomment 2 à 2.5 fois plus d’antibiotiques que les Allemands ou les Britanniques, 2 à 4 fois plus de psychotropes que dans n’importe quel autre pays, que 90% des consultations chez le généraliste aboutissent à une prescription, contre 40% aux Pays-Bas ou 60% en Allemagne de mémoire…), mais nous pourrions là aussi pointer du doigt le déluge administratif (dés)organisé autour de la Santé Publique, avec moult commissions, comités, agences et autres dont les missions se superposent assez régulièrement pour envisager des fusions massives : directoires, conseils de surveillance, commissions médicales d’établissement, comités techniques d’établissement, comité d’hygiène, de sécurité, et de conditions de travail, agences régionales de santé (regroupant pas moins de 7 organismes différents), comités d’éthiques, cercles régionaux d’éthique, comités de protection des personnes, AFSSAPS, AFSSA, AFSSE, EFS, EFG, OPRI, Haut Conseil de Santé Publique… Et j’en passe !

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Sans doute ces fonctions doivent-elles être assurées, mais un peu de frugalité de ce côté ne ferait sans doute pas de mal, avec quelques rapprochements, et quelques économies administratives… Ne parlons même pas des formalités administratives, qui, pour flatter cette même administration très pointilleuse, obligent le médecin à remplir une paperasse de plus en plus folle, au détriment du temps passé auprès du malade ou de ses proches. Ce système est en partie dénoncé par Patrick Pelloux, du syndicat des médecins urgentistes, qui a malgré tout le toupet de croire que c’est le néolibéralisme thatchérien qui est à mettre en cause dans cette affaire (alors que l’inspiration du système est plutôt bureaucratique et soviétisante qu’ultralibérale, très franchement, et que le système Outre-Manche est encore plus étatisé)… Comme quoi, le Libéralisme, même quand il est piétiné dans ses principes fondamentaux, reste le coupable idéal.

Tout ça pour dire que là aussi, beaucoup d’argent est gaspillé dans des empilements administratifs. Il serait plus judicieux de se rappeler de la fonction première de la Santé Publique, qui est la mission de soins (ou de prévention, soit), et de rapprocher l’argent, les moyens, des patients, des médecins, et des familles … là où il est utile et manque, tout simplement.

Quel candidat à la présidentielle est prêt à rappeler à l’État providence, à défaut de le contester, ses réelles priorités ? Qui est prêt à indiquer toutes les sources possibles d’économies de fonctionnement ? Qui ? Pauvre pays.

Républicain, démocrate, libéral

Samedi, j’ai suivi le débat, sur On N’Est Pas Couché, entre Christophe Barbier et les polémistes de Ruquier.

Selon l’éditorialiste, être républicain est plus important qu’être démocrate. Il défend les prétendues valeurs républicaines, et estime qu’aucun référendum ne doit pouvoir venir renverser certaines de ses valeurs. Ainsi, il rejette l’idée d’un référendum sur la peine de mort. A son avis, son abolition est un acquis républicain, qui ne doit pas être contesté, même si une majorité démocratique le souhaite. Il constitue un sanctuaire de valeurs républicaines intouchables. Je suis un farouche opposant à la peine de mort, mais l’idée même de décréter que certains débats n’ont pas lieu d’être en République est hautement problématique. Qui décide quelles sont ces valeurs sanctuarisées ? Qui place la borne entre le sacré et le profane ? Qui décide ce dont on doit discuter démocratiquement, et ce qu’on ne peut évoquer ? Si on décide un jour que le socialisme ambiant est un acquis de la république, aucun choix démocratique ne pourrait venir le contester. Est-ce légitime ?

Cela dit, placer l’abolition de la peine de mort dans le lot des valeurs intouchables de la République, c’est assez loufoque. La République, après la Révolution Française, est née dans l’application effrénée de la peine de mort par guillotine. La République s’est accomodée, la plus longue partie de son histoire, de la peine de mort. Du temps de De Gaulle, Pompidou, Giscard, la peine de mort n’était pas abolie. Ces hommes-là n’étaient-ils pas républicains ? Bref, bizarre, cette vision élitiste des choses. Dans le cadre duquel une minorité voudrait imposer son point de vue comme un dogme.

Faut-il être d’abord républicain, ou démocrate ? Si être républicain signifie sanctuariser certains sujets, imposer des dogmes commodes, et réécrire une histoire républicaine, je suis démocrate. Le Royaume-Uni n’est pas une République, mais c’est une démocratie, une grande démocratie, depuis beaucoup plus longtemps, et avec beaucoup plus de régularité que la France.

Et si j’étais avant-tout libéral ? Une démocratie sans libéralisme (au moins économique), c’est fort possible. Le libéralisme (dont le libéralisme politique) sans démocratie, c’est quasiment impossible. Quitte à choisir, autant demander le libéralisme. On a la démocratie garantie. Quant au républicanisme, il n’a rien d’indispensable a priori.

Con-lectif Roosevelt 2012

Si vous avez eu le plaisir de feuilleter la presse gratuite ces derniers jours, vous avez peut-être eu le malheur d’entendre parler du Collectif Roosevelt 2012.

Rien que le nom devrait faire peur à tout libéral qui se respecte. Prendre pour référence un président démocrate qui a appliqué de désastreuses mesures de relance keynésiennes de poudre aux yeux, c’est triste. D’ailleurs, au milieu d’un article gluant de connivence, un encadré de Metro rétablissait un semblant d’équilibre, en avouant que les politiques de Roosevelt eurent un effet au mieux très moyen sur l’économie américaine, mais étaient simplement restées comme un SYMBOLE POPULAIRE. Comprenez : une légende mensongère au possible.

Pourtant, Metro tente de nous rassurer. Il paraît que le collectif rassemble des personnalités de tous horizons, et que leurs propositions doivent transcender la droite et la gauche. Et là, si vous regardez la liste des membres du collectif, vous réalisez à quel point vous vous faites enfumer. « Tous horizons », « droite et gauche » … VRAIMENT ? Stéphane Hessel, Edgard Morin, Bruno Gaccio, Michel Roccard, Lilian Thuram, c’est la droite ultralibérale échevelée ? C’est l’équilibre droite/gauche dans toute sa splendeur ? De qui se moque-t-on ? La Fondation Danièle Mitterrand, le Conseil National du PS, un Conseiller Régional du Front de Gauche, ça transcende les clivages ? DE QUI SE MOQUE-T-ON ?

Et puis ce n’est pas tout… En terme de propositions révolutionnaires, on est servis ! Que du lourd, du vu, du revu, et du contre-productif.

Déjà, bien sûr, il y a l’idée d’offrir de l’argent gratuit aux États, via des emprunts à taux d’intérêt quasi nul. On a un problème de dette ? Offrons de l’argent gratuit, on règlera le souci. D’ailleurs, il suffit de demander à la BCE de faire tourner les rotatives en accéléré, pour imprimer des tonnes de jolis billets. ET POUF ! Plein d’argent. Comment n’y a-t-on pas pensé avant ? Consternant…

On continue dans du neuf et de l’original avec l’idée d’un nouvel impôt européen sur les sociétés. Comme les impôts précédents avaient déjà fait peser un poids fiscal hors-normes sur nos citoyens, notre économie, et nos entreprises, il suffit de continuer sur cette belle voie, afin d’asphyxier notre restant de croissance. TAXE-TAXE-TAXE, voilà le credo révolutionnaire des amis de Roosevelt.

La lutte contre les paradis fiscaux est aussi quelque chose de nouveau et clinquant. D’ailleurs, c’est connu, personne n’en a parlé jusque là. Nous sommes dans la droite ligne de la proposition précédente : après avoir transformé l’Europe en enfer fiscal, la suite logique est de s’attaquer aux paradis fiscaux.

Autre idée révolutionnaire déjà entendue un bon millier de fois : séparer banques d’affaires et banques de dépôts… Pourquoi pas, je ne prétends pas exceller dans la maîtrise de ce domaine, et il me semble même que Charles Gave, qui n’est pas la moitié d’un con, suggère à peu près la même chose. Maintenant, il me semble aussi que les banques qui ont causé le désastre de la Crise appliquaient déjà ce principe. Pas la panacée, donc.

Taxer les transactions financières. Sarkozy et Merkel y sont favorables. Rien de nouveau sous la tempête, donc. Et encore, nous ne reviendrons pas sur les effets délétères de ce système que la Suède a adopté avant de l’abandonner, et dont nous aurons vite fait de réaliser l’échec une fois que nous l’aurons mis en oeuvre. En même temps, actuellement, nos riches partent en Suisse, nos entrepreneurs partent à Londres, et les autres essayent la Belgique. Bientôt, il n’y aura plus rien à taxer. Ce sera la plus grande de nos victoires.

Déclarer la guerre au dérèglement climatique. Ça se passe de commentaire, non ?

Enfin, l’idée la plus géniale du lot est celle d’aller plus loin dans le partage du temps de travail. On frôle le loufoque avec béatitude. L’idée neuve du Collectif est donc de continuer dans une vision du marché du travail qui a conduit aux 35 heures, et aux taux de chômage astronomiques que nous connaissons ? Pourquoi persister à voir le marché du travail comme un gros gâteau de taille fixe ?

En somme, ne vous fiez pas aux apparences. Rien de nouveau, aucune idée neuve,  aucune trouvaille révolutionnaire… Du socialisme, encore, toujours, et dans la joie ! Du dirigisme, toujours plus loin, toujours plus fort !

PS : J’ai écrit cet article ce matin, et depuis, j’ai lu l’article d’Hashtable à ce sujet. Inégalable. Je vous le recommande chaleureusement. ;-)

Ministère de l’égalité ?

« Egalité, taxes, bisous », c’est à la devise de la France hashtablienne que la dernière proposition de François Bayrou me fait penser. Ministère de l’égalité, pour lutter contre toutes les discriminations ? Vraiment ?

Et si, outre le nombre de députés, on parlait de réduire le nombre de Ministres ? Un Ministère de l’égalité est-il réellement nécessaire dans la France d’aujourd’hui ? N’a-t-on pas suffisamment d’associations, de groupes, d’organismes, qui, à grand renfort d’argent public gratuit, nous rappellent sempiternellement cette volonté farouche de la non-discrimination et de l’égalité citoyenne et festive ?

Voilà une belle priorité, M.Bayrou. Voilà un nouveau déversoir à argent public et bons sentiments, avec une docile petite armée de fonctionnaires rattachée. Et que va faire ce ministère en carton-pâte ? S’il s’agit de faire respecter la loi, nul besoin d’un ministère. S’il s’agit d’imposer de nouveaux règlements, il y a de quoi prendre peur. S’il s’agit de faire joli dans le décor, c’est à pleurer de désolation.

La lutte contre les discriminations ? Hashtable ne dénonce-t-il pas suffisamment les dérives de la lutte contre les discriminations ? Ainsi, quand un employeur embauche le candidat avec un gros diplôme, au détriment de celui au petit diplôme, on trouve moyen de crier à la discrimination, au simple prétexte que le 2e fait partie d’une « minorité »… Et les exemples de ce type sont partout… Bayrou luttera-t-il contre les excès de la lutte contre les discriminations, quand celle-ci s’apparente à une nouvelle forme de discrimination ?

Enfin bon… Encore une belle promesse à peu de frais (oui, c’est une expression : la mise en application, elle, ne sera pas gratuite), et une nouvelle couche d’intervention publique dans notre société déjà passablement sclérosée par les couches précédentes (et les subventions publiques à SOS Racisme).

Je lisais Sabine Herauld se demander si Sarkozy sabotait volontairement sa campagne… Aujourd’hui, je me demande si François Bayrou sabote volontairement son début d’alliance avec les Libéraux. S’ils ne s’étranglent pas, c’est qu’ils ont une capacité de patience hors-normes.

Et puisqu’on parle d’égalité, quittons le terrain des discriminations méchantes pour parler des inégalités économiques pas gentilles. J’ai lu, sans doute à la grande surprise de beaucoup, que le coefficient de Gini, qui mesure les inégalités économiques dans un pays, a diminué en France ces 30 dernières années. Vous avez bien lu, diminué. Cela signifie que les inégalités sont en diminution en France (mais aussi en Grèce !). CHOUETTE ! Champagne ! Dans le même temps, elles augmentaient en Allemagne, en Suède, en Norvège… Intéressant de constater que les pays où les inégalités diminuent sont aussi ceux qui sont dans la merdre la plus profonde, avec les plus jolis taux de chômage, les plus fabuleuses dettes publiques, la situation économique la mieux enlisée. Mais là où les choses vont plutôt mieux, les inégalités se creusent. ZUT DE ZUT !

En somme, pour atteindre la sainte égalité de tous, et abattre une fois pour toutes les inégalités, la meilleure solution est de plonger le pays dans le marasme économique, la récession, et la banqueroute financière. Gageons qu’en France, nous nous montrerons à la hauteur.

En somme, après le ministère Bayrouiste de l’égalité, et, soyons fous, le ministère de la fraternité par Hollande, qui pensera enfin à un GOUVERNEMENT de la Liberté ?

Pauvre pays, qui, à trop rêver d’égalité factice et en toc, en a oublié la liberté…

Hollande croit-il vraiment dans ses promesses ?

L’Hérétique me demande de contribuer au débat pour savoir si, pour reprendre ses propres termes, Hollande est « fou » (il croit dur comme fer dans son programme et ses idées, et les appliquera, bien que les conséquences s’annoncent funestes), ou bien « menteur » (le seul but étant de se faire élire, peu importent les promesses de campagne).

Je crois que le meilleur exemple à étudier pour obtenir un début de réponse, ce sont les fameuses « 35 heures » . Jean-Marc Sylvestre, dans ses Petites Leçons d’Économie (etc) rappelle la petite histoire. Nous sommes avant les Législatives de 1997, et le PS, à court d’ambition après sa claque de 1995, est à la recherche d’une nouvelle idée mobilisatrice pour enthousiasmer les foules (déjà). Dominique Strauss-Kahn, cet immense économiste brillant et indispensable, ce sauveur de la France il fut un temps, sur le coin d’une table de restaurant, invente les 35 heures. A ses proches du PS qui lui rétorquent que l’idée est catastrophique pour l’économie et inapplicable, DSK répond qu’il n’en doute pas un seul instant, mais que la mesure ne sera jamais appliquée, puisque le PS ne gagnera pas les Législatives. Retournement de tendance, le PS gagne les Législatives, Jospin arrive à Matignon, et Aubry se fait le fer de lance de cette grande conquête de progrès social que sont les 35 heures…

Morale de l’histoire ? Le PS aime bien proposer des trucs quand il sait qu’il n’a aucune chance de devoir les appliquer (ça ne mange pas de pain, et d’autres partis, notamment ceux prônant la sortie de l’Euro, ou les 32 heures, jouent étrangement sur le même créneau). Ce qui irait dans le sens de « mensonge » . Ouais mais ils sont aussi assez « fous » pour mettre en œuvre leurs mensonges. Rigolo, non ?

Rappelez-vous aussi, puisqu’on parle d’humour, la promesse Ségolène-Royalesque du SMIC à 1500€, qu’elle défendit mordicus pendant toute une campagne … pour avouer après sa défaite qu’il n’y avait jamais cru. « Mensonge » , donc.

Le souci du PS, que j’avais déjà soulevé du temps de la primaire, c’est que le candidat se voit plus ou moins imposer son programme. Le projet du PS ayant été rédigé avant les primaires citohyènes, quelle marge de manœuvre les différents protagonistes conservaient-ils pour se démarquer ? Voilà qui peut venir au secours des candidatures divergentes à gauche de feu Chevènement et de tout-feu-tout-flamme Mélenchon : faute de pouvoir défendre son propre projet dans la primaire, et de le faire approuver par les militants de gauche, autant faire bande à part…

Ce souci a été plus ou moins habilement contourné par certains candidats, qui ont volontairement plongé leurs promesses dans un flou idéologique rose bonbon ( « il y a un loup ! » dirait Martine), et notamment Hollande, qui a excellé en la matière, et ne manque pas de se distinguer aujourd’hui du projet officiellement socialiste. Tout ça laisse penser que, la victoire étant aujourd’hui probable (contrairement à l’époque de la promesse des 35 heures), le PS s’auto-contraigne à un minimum de contact, aussi tenu soit-il, avec la réalité.

Du reste, malgré cet aggiornamento précipité par la crise, beaucoup de propositions socialistes relèvent encore du fameux « rêve » (qui virerait volontiers au cauchemar). Et pourtant, je pense qu’Hollande commencerait par tenter de l’appliquer, aussi « fou » cela soit-il. Il l’appliquerait, parce que la tension serait très forte, l’attente, irrépressible, et toute la crème socialiste, en transe à l’idée de pouvoir enfin s’en donner à cœur joie.

Malgré tout, le principe de réalité est dur comme 3m de béton, pour reprendre l’image d’Hervé Torchet, et les faits seront tenaces. Quand les socialistes au pouvoir réaliseront qu’ils foncent droit dans le mur, il y aura un grand bruit de retournement de veste, et un remake du tournant de la rigueur, comme en 1983 (pour fêter ses 20 ans en 2013 ?). Et là, comme je l’avais dit dans un autre article (que je ne retrouve pas, rigolo), la cocote-minute sociale française risque de montrer de sévères signes d’explosion. Comprenez-moi bien… Tant que la droite fait de l’austérité et mène une politique prétendument « anti-sociale » , les gens, les classes populaires, ont toujours le recours de l’alternance, et peuvent imaginer se réfugier à gauche. Mais si c’est la gauche qui mène cette même politique, les classes populaires, ne pouvant pas attendre de politique différente de la part de la droite, risquent sérieusement de virer au rouge, ou au bleu marine, si vous voyez ce que je veux dire… En quelque sorte, la gauche dans l’opposition est une soupape de sécurité. La gauche aux affaires avec une rigueur de droite, c’est l’autoroute de l’explosion sociale.

D’ailleurs, même si je n’ai pas beaucoup eu le temps de consulter la blogosphère ces dernières semaines (ok, mois), et en particulier celui de l’Hérétique, et ayant gardé le souvenir d’un billet où il laissait entendre qu’entre Sarkozy et Hollande, il préfèrerait encore l’alternance et voterait pour l’autre pays du fromage, je me demande aujourd’hui s’il a changé d’avis, ou s’il maintient sa préférence dans la perspective d’un tel second tour…

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