En bref – le plus froid de tous les monstres froids

Je vous recommande la lecture de ce témoignage poignant publié par Atlantico. Il s’agit de l’histoire d’une vieille femme mourante et de son mari, ancien médecin, qui illustre de façon touchante et révoltante toutes les dérives et toute l’inhumanité du système de santé français, qui ne sait se montrer efficace ni du point de vue financier, ni du point de vue humain.

Quand on sait que la France est vice-championne du monde des dépenses de santé par habitant, il y a de quoi s’interroger.

Une machine étatique, bureaucratique et politique a voulu bâtir, depuis la fin de la seconde guerre mondiale, une Santé Publique toujours plus égalitaire, toujours plus large, toujours plus républicaine, toujours plus normalisée…jusqu’à construire aujourd’hui « le plus froid de tous les monstres froids« , pour paraphraser Nietzsche.

L’avalanche de commissions, l’avalanche de normes et de bonnes pratiques, censées améliorer en continuité la qualité des soins et de l’accueil, n’a fait que déshumaniser sans cesse un système, le dépersonnaliser, tout en le ruinant financièrement. Ce système a perdu depuis longtemps de vue ce qui devrait être son principe de base, et je ne parle même pas des principes d’Hippocrate … mais simplement du bon sens, de la civilité, de l’empathie.

Le libéralisme au pouvoir ?

Le libéralisme porte en lui la plupart des solutions aux difficultés actuelles du pays. On le sait, on le dit, on en débat… Mais pour appliquer ces idées, il faut arriver au pouvoir. Prenons-nous quelques instants à rêver… Quels sont les scénarios envisageables ?

Le scénario Margaret Thatcher

Une personnalité iconoclaste et aux idées libérales profondes et sincères impose sa différence au sein du principal parti de droite (ouais, l’UMP), et change totalement la doctrine de son parti. Le Parti Conservateur avant Thatcher était devenu, à l’image de l’UMP, un parti social-démocrate mou et complaisant, incapable de heurter les sensibilités syndicales ou de renouveler sa pensée économique. Au début, personne n’imaginait que Thatcher pourrait s’y imposer. Et pourtant, elle l’a fait, en ramenant tout le parti vers un discours authentiquement libéral. Même si les libéraux n’aiment généralement pas les hommes et femmes providentiels, une telle révolution implique de trouver un leader suffisamment charismatique, déterminé, et intransigeant, capable de rassembler autour de lui.

Probabilité ? Actuellement très faible. J’ai beau chercher des personnalités libérales de carrure présidentielle à l’UMP, je n’en trouve pas. Personne n’a cette force, cette légitimité, et cette force de conviction qui sont nécessaires. C’est une impasse. Les grands partis français sont tellement pétris de piston et de copinage que pour y grimper, il faut soit abandonner ses convictions pour adopter la bouillie officielle, soit être très fortement pistonné. Pas le meilleur moyen de faire émerger une personnalité nouvelle et capable de transformer le parti. Parmi les militants de l’UMP de base, beaucoup sont sensibles aux idées libérales, ou pourraient facilement s’y convertir si les idées libérales étaient un peu mieux connues et diffusées au sein de la société. Mais les dirigeants du parti y sont hermétiques, et la plupart des militants suivent par panurgisme.

Le scénario Ron Paul

A défaut d’infiltrer le parti de la droite majoritaire, une autre solution consiste à garder son indépendance, de former un parti ou un courant fort dont le but serait de doubler l’UMP. Ce parti, qui pourrait être le PLD, devrait faire parler de lui, faire une promotion incessante des idées libérales, abattre l’épaisse muraille de mensonges qui l’entoure, et progressivement gagner en gallon au sein de l’opinion, par des idées simples, concrètes, qui répondent aux inquiétudes des électeurs. Rien n’empêche de participer ensuite à une éventuelle primaire de toute la droite, à l’image de Ron Paul aux primaires GOP. Le but est de devenir calife à la place du calife, et de dépasser la droite traditionnelle.

Probabilité ? Faible. Les partis, think-tanks et associations libérales peinent encore à s’imposer, notamment du fait d’un certain individualisme ancré chez les sympathisants libéraux français. Il est grand temps que toutes ces initiatives louables fassent ENFIN l’effort de se rassembler dans un unique grand mouvement, un parti qui représenterait les différentes sensibilités libérales sans les écraser (libéraux-conservateurs, libéraux centristes, libéraux de gauche, libertariens, voire droite humaniste et moderne), en mettant l’accent sur ce qui rassemble tous ces militants de la liberté. Les think-tanks auraient un rôle à jouer pour constituer un projet libéral fort, avec de nombreuses propositions pédagogiques dont on aura pris le soin de démontrer l’efficacité lorsqu’elles ont été appliquées dans d’autres pays. Les associations seraient le bras armé de l’ensemble, et se concerteraient un peu mieux, uniraient leur force plutôt que de se parasiter ou se marcher sur les pieds. L’Union des Libéraux, que j’ai vue naître, mais que je n’ai malheureusement pas eu le temps de suivre de près depuis, va dans le bon sens. Arrêtons de nous éparpiller, et rassemblons les libéraux existants, histoire d’en convaincre d’autres plus efficacement.

Le scénario Mario Monti

On ne discutera pas ici du degré de libéralisme de Mario Monti (toujours largement plus satisfaisant que celui de toute la classe politique française ensemble), mais plutôt de la manière dont il s’est imposé dans la politique italienne. La France déteste le changement, même si elle le réclame sans arrêt. Dans l’histoire, chaque changement de régime a accompagné une crise violente ou le chaos (Révolutions, défaites militaires en 1870 et 1940, guerre d’Algérie…). Autant les Britanniques savent évoluer avec l’histoire sans trop d’à-coups, autant les Français ne réagissent qu’au dernier moment. Pour que la France accepte le remède libérale, il faut soit, comme le prédisait Hayek, « que le monde entier soit converti«  , soit qu’on ait fini de foncer dans le mur, qu’on se soit écrasé dedans, et qu’on y soit encastré à la manière d’une compression de César. A ce moment là, même plus dos au mur ou au bord du ravin, mais carrément dans le mur et en chute libre, les Français comprendront peut-être, ou on leur imposera de l’extérieur, qu’il convient de tout changer dans notre manière de voir le monde et notre économie. Ce jour-là, dégoûtés par l’incompétence manifeste des politocards (énarques, rentiers de la politique, personnes dénuées de tout contact avec la réalité de la société), les Français se retourneraient, enfin, vers la société civile et les forces vives de la nation (entrepreneurs, professions libérales, salariés, artisans, classes moyennes et même ouvriers) qui ont supporté depuis des dizaines d’années le poids délirant de la fonction publique et du « modèle français » . N’étant pas des politiciens de carrière, ne dépendant pas de leur réélection pour gagner leur vie, ces membres de la société civile pourraient enfin réformer le pays, et le remettre sur de meilleurs rails.

Probabilité ? Forte. Actuellement, aucune mesure n’est prise pour éviter le désastre qui s’annonce. Aucun politicien ne semble à la hauteur, ni à droite ni à gauche, ni au centre, pour éviter le naufrage. A moyen ou long terme, la situation sera totalement détériorée, et la France sera la risée de toute l’Europe qui aura pris le temps de se réformer, même marginalement. Ce jour-là, l’échec du socialisme et de la sociale-démocratie éclatera définitivement (?) au grand jour. Il sera temps de réparer les dégâts. Une fois de plus, le sale boulot est pour les libéraux.

La droite la plus nulle du monde…

Plus je suis le combat des chefs à l’UMP, et l’affrontement (hélas plus discret, mais pourtant plus vital à long terme) des motions, plus je suis renforcé dans mon impression que nous subissons en France la droite la plus bête du monde.

D’après un sondage, certes contestable mais que nous considèrerons comme suffisamment fiable pour être commenté, la motion de la « Droite Forte« , grosse mixture infâme d’idées nébuleuses ayant pour seul vecteur commun et comme unique argument sa filiation inconditionnelle à Sarkozy, arriverait en tête chez les sympathisants à UMP (et il y a fort à parier que ce soit d’autant plus vrai parmi les adhérents UMP).

Ici, afin de remplir les critères de qualité de tout blog ou pureplayer qui se respecte (à défaut de respecter ses lecteurs), il me faut vous rappeler que Guillaume Peltier est passé par le FN, et qu’il s’agit donc de toute évidence d’un monstre sans coeur qui mange encore plus d’enfants rôtis qu’un ultralibéral, au mépris de son mauvais cholestérol. Placez ici les huées et les sifflets. Je ne sais pas si les journalistes doivent absolument placer certains clichés ou mots-clés dans tous leurs articles pour faire gagner des points à leur rédaction dans la course joyeuse de la presse vers la nullité, mais le passé de Peltier est systématiquement rappelé avec une rigueur et un sérieux que l’on souhaiterait voire appliqués à d’autres sujets.

Certains, affolés par toute référence sauvage au FN, chouette épouvantail de la vie politique française, en viennent même à me confier que si Peltier domine l’UMP, les militants porteront bientôt des chemises brunes. Rien que ça. Je pense même que Peltier se laissera pousser une jolie moustache, que les UMPistes défileront au pas de l’oie (les Français marchent déjà au trop de lois), et organiseront des marches au flambeau, paradant sous des oriflammes aux couleurs inspirées par le Guide, qui rappelleront les heures les plus sombres de notre histoire, Maréchal nous voilà.

Je ne peux pas blairer Peltier. Ce n’est rien d’autre qu’un carriériste démagogique, opportuniste, et insipide jusqu’à l’extravagance. Maintenant, j’aimerais bien qu’on l’attaque sur autre chose que son passé ou sur sa personne : il y a suffisamment de quoi faire si on s’attarde sur ses idées ou son absence d’idées. Mais un passage à l’extrême-droite vous marque au fer rouge, et vous tricote sur le blouson une petite étoile FN pour qu’on puisse vous identifier de loin et se boucher le nez. Osez parler de Novelli ou Madelin : on vous parlera de leurs conneries de jeunesse. Et c’est sans parler de Fini en Italie… Pas de rachat possible. Paradoxalement, le passage chez les trotskistes et autres maoïstes de certains responsables socialistes ne semble pas avoir pesé sur leur carrière. Oui, mais ils sont de gauche, alors c’est tellement mieux, ça part d’un bon sentiment, c’est bisou-compatible.

Bref, revenons-en à nos moutons et à nos motions. En tête, une soupe insipide. Dommage que Camille Bedin, dont certaines interventions me semblaient pertinentes et modernes, soit allée se perdre dans les méandres de la « Droite forte ». Même si la domination de cette dernière risque de s’étioler au cours de la campagne, lorsque les militants prendront conscience du fait que cette motion surfe uniquement sur la référence à Sarkozy, on ne peut que constater la faiblesse des autres motions.

La droite moderne et humaniste rassemble des centristes, des humanistes, et quelques libéraux égarés. Dommage que les quelques libéraux sincères de l’UMP soient mêlés à des personnalités aussi molles que Raffarin… Du reste, il n’est pas impossible de trouver quelques libéraux à la Droite sociale, dans la mesure où Wauquiez, entre deux refrains séniles sur le protectionnisme, se pose en défenseur des classes moyennes contre l’assistanat, ainsi que d’autres brebis égarées à la Droite Populaire populiste. Bref, vous avez compris : les quelques libéraux sont partout et surtout nulle part.

Ce Congrès est bien parti pour confirmer ce que nous présumions déjà : les libéraux de l’UMP sont totalement incapables, infoutus de se rassembler, de se concerter, et de rester soudés pour peser, au-delà de leurs quelques divergences (les uns teintant leur libéralisme de conservatisme, les autres d’humanisme). Conclusion ? Les libéraux continueront de compter pour du beurre, voire de la margarine, puisqu’ils seront perdants dans tous les scénarios. Félicitations, messieurs !

Un petit mot quand même sur le combat des chefs… Très drôle de voir comment Copé s’est arrangé pour fabriquer un duel, en écartant systématiquement les autres potentiels candidats par des règles et des complications paperassières dignes du Kremlin. Mais encore plus drôle de voir que l’UMP est devenue tellement anti-libérale que le terme de « libéral » y est devenu une insulte, qu’on utilise pour blâmer son adversaire… C’est ainsi avec une certaine circonspection que j’ai entendu Estrosi qualifier Copé et ses proches de « libéraux anti-gaullistes » et les copéistes répliquer en disant que non, non, c’est Fillon le plus libéral, et pi c’est tout.

Quand le fait d’être soi-disant libéral devient une tare, un reproche, un défaut, au sein même du principal parti de droite, on a toutes les raisons de s’inquiéter. Ajoutons à ce constat le fait qu’évidemment, ni Fillon ni Copé n’est libéral. Pas pour deux sous. Nous avons la droite la plus nulle du monde.

Si Fillon semble bien parti, et plus populaire dans l’ensemble de la population, il ne faut pas négliger la forte fidélité au chef qui continue à exister parmi les militants UMP. Du reste, s’ils choisissent de désigner Copé comme leur leader, ils commettraient un suicide politique de l’ampleur de la désignation d’Eva Joly face à Nicolas Hulot… Le choix du repli sur soi, la préférence accordée au clan, le refus de l’ouverture. Tiens, ça ressemble aussi sacrément à la doctrine économique de l’UMP.

Le plus drôle du plus drôle serait que la Droite forte, aux relents fortement copéistes, soit majoritaire, et que Fillon devienne président. Savourez la contradiction.

Fillon ou Copé, Droite forte, molle ou populaire, les libéraux sont inaudibles, et la droite est nulle. Et on attend toujours la Thatcher française.

Une question de choix

Isabelle Resplendino rappelle une question oubliée par cette présidentielle : l’autisme, et la scolarisation des enfants handicapés. C’est un sujet à propos duquel Nicolas Sarkozy ne semble pas avoir démérité, au point de convaincre des parents de gauche de voter pour lui.

Une fois n’est pas coutume, il s’agit davantage d’une question de bonne volonté que de moyens, contrairement à ce qu’on entend couramment. Ou du moins, il s’agit d’une question de priorités. Cet article en 3 pages d’Atlantico est formidable dans l’analyse des économies qu’il est possible de réaliser sans dégrader la qualité de l’enseignement. Pour un élève scolarisé, on paye plus de 350€ de fonctionnaires pour l’administratif, contre 80€ en Allemagne (« une dépense de 351,33 euros par élève et par an en France et 80,11 euros en Allemagne – soit 271,23 euros de plus. Rapporté aux 10 millions d’élèves français, cela représente une dépense de 2,74 milliards d’euros par an« ). Pour un professeur en classe, il y a 3 fonctionnaires dans l’administration de l’éducation nationale. Agissons sur ce levier, et on pourra à la fois économiser, et à la fois utiliser l’argent plus efficacement, c’est-à-dire au plus près de l’élève et du professeur ! Il y a largement assez d’argent pour scolariser les enfants handicapés en assurant leurs besoins, pour ouvrir davantage d’internats d’excellence, permettant une ascension sociale accélérée, et même pour permettre de scolariser les élèves en échec scolaire et comportemental. Tout est une question de choix. Dégonflons le mille-feuilles administratif et recommençons à utiliser l’argent là où il est nécessaire, utile, productif. C’est là que devrait être la priorité : dans la chasse continue, permanente, au gaspillage, à la dépense superflue, dans le dégonflement de l’administration pléthorique (qui ne démontre en outre pas son efficacité !).

Le même problème est décelable dans la Santé Publique. Il paraît qu’on n’a plus de moyens, et qu’on vient même à manquer de linge d’hôpital (venez avec votre couverture !). Le système est délabré (autant d’IRM par habitant qu’en Turquie). Pourtant, en terme de dépenses de santé, nous sommes les champions du monde, juste derrière les américains. Pourtant, dépense supérieure ne rime pas avec qualité de soins supérieure ! Les Pays-Bas et le Danemark assurent un meilleur index de qualité en dépensant moins, et la Suisse, l’Allemagne, la Suède et la Norvège arrivent à un niveau de qualité à peu près équivalent, à un coût moindre ! Le problème est très vaste (on pourrait évoquer que les Français consomment 2 à 2.5 fois plus d’antibiotiques que les Allemands ou les Britanniques, 2 à 4 fois plus de psychotropes que dans n’importe quel autre pays, que 90% des consultations chez le généraliste aboutissent à une prescription, contre 40% aux Pays-Bas ou 60% en Allemagne de mémoire…), mais nous pourrions là aussi pointer du doigt le déluge administratif (dés)organisé autour de la Santé Publique, avec moult commissions, comités, agences et autres dont les missions se superposent assez régulièrement pour envisager des fusions massives : directoires, conseils de surveillance, commissions médicales d’établissement, comités techniques d’établissement, comité d’hygiène, de sécurité, et de conditions de travail, agences régionales de santé (regroupant pas moins de 7 organismes différents), comités d’éthiques, cercles régionaux d’éthique, comités de protection des personnes, AFSSAPS, AFSSA, AFSSE, EFS, EFG, OPRI, Haut Conseil de Santé Publique… Et j’en passe !

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Sans doute ces fonctions doivent-elles être assurées, mais un peu de frugalité de ce côté ne ferait sans doute pas de mal, avec quelques rapprochements, et quelques économies administratives… Ne parlons même pas des formalités administratives, qui, pour flatter cette même administration très pointilleuse, obligent le médecin à remplir une paperasse de plus en plus folle, au détriment du temps passé auprès du malade ou de ses proches. Ce système est en partie dénoncé par Patrick Pelloux, du syndicat des médecins urgentistes, qui a malgré tout le toupet de croire que c’est le néolibéralisme thatchérien qui est à mettre en cause dans cette affaire (alors que l’inspiration du système est plutôt bureaucratique et soviétisante qu’ultralibérale, très franchement, et que le système Outre-Manche est encore plus étatisé)… Comme quoi, le Libéralisme, même quand il est piétiné dans ses principes fondamentaux, reste le coupable idéal.

Tout ça pour dire que là aussi, beaucoup d’argent est gaspillé dans des empilements administratifs. Il serait plus judicieux de se rappeler de la fonction première de la Santé Publique, qui est la mission de soins (ou de prévention, soit), et de rapprocher l’argent, les moyens, des patients, des médecins, et des familles … là où il est utile et manque, tout simplement.

Quel candidat à la présidentielle est prêt à rappeler à l’État providence, à défaut de le contester, ses réelles priorités ? Qui est prêt à indiquer toutes les sources possibles d’économies de fonctionnement ? Qui ? Pauvre pays.

Républicain, démocrate, libéral

Samedi, j’ai suivi le débat, sur On N’Est Pas Couché, entre Christophe Barbier et les polémistes de Ruquier.

Selon l’éditorialiste, être républicain est plus important qu’être démocrate. Il défend les prétendues valeurs républicaines, et estime qu’aucun référendum ne doit pouvoir venir renverser certaines de ses valeurs. Ainsi, il rejette l’idée d’un référendum sur la peine de mort. A son avis, son abolition est un acquis républicain, qui ne doit pas être contesté, même si une majorité démocratique le souhaite. Il constitue un sanctuaire de valeurs républicaines intouchables. Je suis un farouche opposant à la peine de mort, mais l’idée même de décréter que certains débats n’ont pas lieu d’être en République est hautement problématique. Qui décide quelles sont ces valeurs sanctuarisées ? Qui place la borne entre le sacré et le profane ? Qui décide ce dont on doit discuter démocratiquement, et ce qu’on ne peut évoquer ? Si on décide un jour que le socialisme ambiant est un acquis de la république, aucun choix démocratique ne pourrait venir le contester. Est-ce légitime ?

Cela dit, placer l’abolition de la peine de mort dans le lot des valeurs intouchables de la République, c’est assez loufoque. La République, après la Révolution Française, est née dans l’application effrénée de la peine de mort par guillotine. La République s’est accomodée, la plus longue partie de son histoire, de la peine de mort. Du temps de De Gaulle, Pompidou, Giscard, la peine de mort n’était pas abolie. Ces hommes-là n’étaient-ils pas républicains ? Bref, bizarre, cette vision élitiste des choses. Dans le cadre duquel une minorité voudrait imposer son point de vue comme un dogme.

Faut-il être d’abord républicain, ou démocrate ? Si être républicain signifie sanctuariser certains sujets, imposer des dogmes commodes, et réécrire une histoire républicaine, je suis démocrate. Le Royaume-Uni n’est pas une République, mais c’est une démocratie, une grande démocratie, depuis beaucoup plus longtemps, et avec beaucoup plus de régularité que la France.

Et si j’étais avant-tout libéral ? Une démocratie sans libéralisme (au moins économique), c’est fort possible. Le libéralisme (dont le libéralisme politique) sans démocratie, c’est quasiment impossible. Quitte à choisir, autant demander le libéralisme. On a la démocratie garantie. Quant au républicanisme, il n’a rien d’indispensable a priori.

Mauvaise foi, protectionnisme, peur, et consternation

Une présidentielle consternante vue par un libéral (très) consterné.

Mauvaise foi

Les courbes semblent se croiser, les socialistes ont peur. Et quand les socialistes ont peur, ils abattent leur carte « Mauvaise Foi Absolue » . Il suffit qu’un sondage, soudain, leur soit défavorable, pour que les sondages deviennent peu fiables, nuls, inacceptables, truqués, pourquoi pas, je l’ai lu aussi. Jusque là, le militant PS de base refaisait quasiment la tapisserie de sa chambre avec les sondages donnant Hollande à 62%, et les sortait à tout bout de champ. Mais quand les sondages arrangent moins, confirment moins dans leurs attentes nos petits socialistes, les voilà qui retournent leur veste et s’insurgent…

Plus que le score dans l’absolu, qui est éminemment variable et soumis à une variabilité naturelle, je rejoins Buisson quand il dit que c’est la dynamique qui compte. Et elle est du côté de Sarkozy. Quoi qu’on en pense, deux hommes réussissent leur campagne : Sarkozy à droite, et Mélenchon à gauche. Autant dire que Hollande, qui a le charisme d’une seiche, est pris en tenaille. Celui qui n’avait été choisi que par défaut, et pour éviter Sarkozy, se fissure avec délectation.

En parlant de Mélenchon, on peut dire que ses militants ne sont pas exempts non plus de mauvaise foi. A leur sens, les sondages sont une incarnation de Satan, ou, pardon, du Capitalisme Mondialisé Pas Beau, qu’il convient de dénoncer avec un couteau dans la bouche. Mais quand ils montrent la progression indiscutable de leur champion, ils sont les premiers à avancer les sondages pour mettre le phénomène en exergue…

Protectionnisme

Alors Sarkozy s’engage de plein pied dans une sorte de protectionnisme européen. Les libéraux finissent de s’étrangler. Les Réformateurs, les Libéraux de l’UMP (où ce qu’il en reste) marchent sur des œufs de caille. Bayrou fait mieux : il réplique que ce qui compte, c’est de produire en France, pas en Europe. Le voilà qui défend une vision encore plus radicale : le protectionnisme franco-français. Dire que certains libéraux ont décidé de le soutenir ouvertement… Le message libéral, déjà faible, est encore dénaturé, brouillé. On est surpris de constater (COUCOU LES LIBÉRAUX) que Bayrou peut se montrer encore plus arriéré et protectionniste, encore plus illibéral que Sarkozy. Les dernières chances pour que je vote Bayrou se sont sans doute évanouies.

Bayrou : « je m’oppose au Buy European Act, en France c’est notre appareil de production qui compte »

Peur

Sarkozy tiendra vraisemblablement son tout dernier meeting de campagne à Nice, le 19 ou le 20 avril. Belle reconnaissance pour un département ultra-sarkozyste, encore aujourd’hui. De son côté, il semblerait que Hollande ait peur. Le PS local souhaiterait que le déplacement de Hollande dans la région s’accompagne d’une véritable rencontre, une prise de parole, une forme de meeting. Mais l’équipe de Hollande n’est pas chaude. Peur d’être chahuté, de recevoir un mauvais accueil. Si Hollande a déjà peur de se déplacer dans certaines des plus grandes villes de France, comment va-t-il se comporter dans les rencontres internationales, et face aux situations de crise ? Dans un coin peu acquis à la cause socialiste, Hollande devrait au contraire rendre hommage au courage de ces militants qui continuent à se battre pour leurs idées, et affrontent une situation fortement défavorable. Mais Hollande préfère faire de belles images, comme lors de sa rencontre foireuse, manipulée, truquée et compassée avec des internautes acquis à sa cause. Ridicule. Cet homme est ridicule.

Consternation

Arthaud, Poutou. Nous aurons donc 2 candidats trotskistes. Mélenchon. Nous aurons un candidat communisto-trotskiste. Marine et NDA. Nous aurons deux marxisants de « droite » . Sarkozy, Bayrou, Hollande. Trois candidats dirigistes-étatistes-protectionnistes-socialistes. Passons les autres. On a failli même avoir un candidat du « Parti du Plaisir »… AUCUN, je dis bien AUCUN libéral.

Les Libéraux gouvernent, participent à la majorité, ou influencent fortement la politique des gouvernements d’Espagne, d’Italie, du Royaume-Uni, d’Allemagne, de Pologne, du Canada, d’Australie, de Nouvelle-Zélande, etc. etc. En France, je ne demande pas d’avoir autant de candidats libéraux que de candidats trotskistes ou communistes, je ne prétends pas les voir gagner d’emblée, ni faire 10% comme Mélenchon. Je prétends en avoir UN, UN SEUL. UN petit candidat dont je puisse dire « je suis d’accord avec lui, et il aura mon vote enthousiaste » , comme Madelin, en 2002, si j’avais pu voter.

Je ne comprends pas qu’on en soit là. Mais je crois que j’écrirai un article pour tenter d’expliquer la situation catastrophique du Libéralisme en France, un de ces jours. En attendant, si vous pouvez, rejoignez cette belle rencontre organisée aujourd’hui par le PLD, ou suivez-la via les réseaux sociaux.

Et aux Législatives, préparez-vous à voter pour les candidats Libéraux.

Your argument is invalid

Quelles que soient les propositions balancées par Sarkozy et par ramettes de 12, le seul, le principal, voire l’unique argument de ses opposants est le suivant : « Mais euh pourquoi il ne l’a pas fait depuis 2007 vu qu’il est le Président ??? » . En fait, Sarkozy propose X’, et ses adversaires rétorquent en disant qu’il n’avait pas fait X ou X’ ces 5 dernières années.

Dans ce cas, si on part du principe que le Président doit avoir tout fait, tout réalisé, en 5 ans, pourquoi donc proposer un 2e mandat aux présidents en exercice ? C’est absurde ! Il ne s’agit pas, loin de là, de défendre les âneries avancées par Sarkozy à longueur de semaines (du reste, ses adversaires font pas mieux ou pire). Cependant, les Marine, François I, François II, Jean-Luc et autres feraient mieux de trouver d’autres arguments.

En particulier, François Hollande devrait faire attention. En cas de victoire, et s’il prévoit de se re-présenter en 2017, il a intérêt à venir sans le moindre programme, et en affirmant qu’il a déjà tout réalisé avec brio. Ce serait pour lui le seul moyen d’être cohérent avec son « l’avait qu’à le faire avant » de 2012.

Cette campagne est consternante.

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