Condamnés à la médiocrité

Il suffit que le débat s’engage sur le choix sarkozyen du modèle allemand, pour que les vieux réflexes chauvinistes voire germanophobes se lèvent à l’unisson. Quand Montebourg ne dénonce pas la politique à la Bismarck de Mme Merkel (Bismarck étant lui-même l’inventeur de l’Etat providence, je ne comprends pas que ce soit une offense dans la bouche de notre socialiste sirupeux), c’est pour en entendre d’autres, de tous bords, mais surtout les auto-désignés « Républicains » et patriotes de gauche et de droite dirigiste.

Sachez-le, le modèle allemand est parfaitement inapplicable en France. Il y a plein de raisons pour l’affirmer ! Notre situation est profondément différente ! Nous n’avons pas la même démographie, la même histoire, le même tissu économique ou syndical, voire pas la même mentalité (et là, je revois immédiatement Édith Cresson comparer les japonais à des fourmis pour expliquer leurs succès). C’est tout bonnement im-po-ssible !

Aucun modèle ne correspond à la France. Inutile de tenter de s’inspirer de ce qui fonctionne ailleurs : c’est l’exception française, nous sommes tellement différents que nous pensons pouvoir vivre (ou survivre) en niant la réalité, et en se coupant des faits, encore et encore. Nous sommes impuissants. Là où d’autres pays, dans des situations comparables à la nôtre, ont réussi à se réformer, nous serions condamnés à l’impuissance, nous sommes condamnés à la médiocrité.

Bien sûr, comme le pérorait Jean-François Kahn face à Alain Madelin, la France peut créer son propre modèle, et c’est évident que c’est une nécessité. Mais d’une part, elle n’a jusque là pas démontré la pertinence de la plupart de ses choix passés, et la compétence économique de ses gouvernants, ni la viabilité de son modèle social, et d’autre part, il n’existe pas (ou quasiment) de modèle nouveau, inventé par un pays. Tout n’est que modèle détourné ou adapté, ou influence de grands penseurs ou économistes (il suffit de constater l’influence néfaste et durable de Keynes sur nos politique économiques et monétaires). Personne n’a « inventé » l’économie de marché, par exemple. Les modèles sont issus de l’expérience, de l’épreuve des faits, des mélanges culturels…

Avant d’imaginer composer un modèle français, il faudrait déjà accepter l’idée d’essayer d’imiter ou d’adapter ce qui fonctionne bien ou mieux dans d’autres pays, comme la flexi-sécurité danoise, la qualité industrielle et les PME allemandes, le système éducatif ou social scandinave (les excès en moins pour ce dernier), la facilité d’entrepreunariat et les puissantes Universités en Grande-Bretagne, l’innovation aux États-Unis, la gestion de la dette et des déficits en Australie ou Nouvelle-Zélande, le fédéralisme au Canada, la démocratie directe suisse… Les exemples sont nombreux, et je vous épargne les nombreux liens de références que vous pourrez trouver sur des sites comme Contrepoints (voire le Sénat, par exemple, soyons fous). Serons-nous assez intelligents pour se pencher dessus, ou trop chauvins pour admettre l’idée de notre non-perfection ?

Sommes-nous condamnés à la médiocrité ?

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À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

3 Responses to Condamnés à la médiocrité

  1. Malaberg says:

    J’ai pas compris la thèse de ce billet. Faire du déclinisme ?
    Tiens, j’en profite pour te recommander la lecture de « après la démocratie » d’Emmanuel Todd, si t’as le temps de lire en ce moment.

    • Alexandre says:

      Emmanuel Todd, ça doit être ce type présomptueux que je trouve de très mauvaise foi à chaque fois que je l’entends… Je me souviens d’un débat où il intervenait, sur Ce Soir ou Jamais…

      Sinon, la thèse de ce billet était la dénonciation du fatalisme, selon lequel aucun modèle ne serait adaptable à la situation française, nous condamnant à la médiocrité dans nox choix de politique sociale et économique. Après, sans doute ne partages-tu pas les mêmes modèles que moi, mais faute de vouloir les appliquer, on peut au moins admettre que si d’autres ont réussi à réformer le pays dans ce sens, la France n’en est pas totalement incapable…

  2. Malaberg says:

    Emmanuel Todd est vachement intéressant dans son analyse. Là où il est incohérent, c’est que son analyse conduit à chercher autre chose que la demi mesure, mais que lui soutien le PS. A part cela, c’est un puits de science. Tu devrais vraiment le lire.

    Je ne comprends pas pourquoi il faudrait adapter un modèle étranger en france ni « réformer le pays ». (ça ne veut plus rien dire d’ailleurs… ou alors cette expression est un cache sexe de mesures antisociales allant comme d’habitude dans le sens des plus favorisés ?)

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