[Malaberg] A quand le bonheur libéral ?

Ce qu’il y a de marrant, avec le libéralisme, c’est que ça ressemble à ce que fut le traitement de l’ulcère de l’estomac. Je m’explique : Avant que l’on ne découvre qu’il suffisait d’un traitement somme toute assez efficace et léger, on le soignait avec du Bismuth. Le bismuth est un élément chimique à peine toxique qui combat un peu la bactérie qui provoque cet ulcère, mais qui en contrepartie, faisait tomber toutes les dents. L’efficacité de ce machin était de plus un peu discutable. Malbehreusement pour mon grand père, il a eu un ulcère assez jeune, et on lui a donc administré des doses conséquentes de Bismuth. Comme ça ne le soulageait pas, on lui a donné encore plus de bismuth, etc.

Au final, il a trouvé des os en mangeant une banane. C’était ses dents qui venaient de se désolidariser de sa machoire…

Le libéralisme, c’est un peu  pareil. C’est sensé apporter le bohneur, ça produit de plus en plus de malheureux et de laissés pour compte, mais ses partisans n’ont de cesse de dire que c’est parce qu’on n’en fait pas assez. (ça marche aussi avec les saignées en cas de cancer : on pratique une saignée, ça ne résout rien, alors on te fait saigner encore davantage, etc.)

J’ajoute donc mon nom à cette liste : Océane, Mipmip, Agnès, SeeMee, Seb Musset, CSP, Marco, Dadavidov, Vogelsong, Intox2007, Dedalus, Christian, Bah !? By CC , Gaël, Nicolas, Jojo, Alter Oueb, Altermonde sans frontières, galuel, drclehmann, cent papiers, dalipas, une Autre vie, dada vidov, 365 mots, crêpe Georgette, Christian Lehmann, Heaven can wait, mes coups de coeur, gnaffron, Gauche de Combat, et Malaberg pour vous faire partager ce point de vue.

Bref, lettre ouverte, donc.

A l’attention de: Jean-Michel Aphatie, Jacques Attali, Christophe Barbier, Eric Brunet, Yves Calvi, Monique Canto-Sperber, Jean-François Copé, Arnaud Dassier, Sophie De Menthon, Michel Godet, Eric Le Boucher, Alain Madelin, Alain Minc, Hervé Novelli, Catherine Ney, Laurence Parisot, Jean Quatremer, Pascal Salin, Hugues Serraf, Guy Sorman, Jean-Marc Sylvestre, Pierre-André Taguieff, Yves Thréard, Agnès Verdier-Molinié, Laurent Wauquiez. 
 
Madame, Monsieur,
 
 
Vous vous définissez vous-même comme étant de sensibilité « libérale » sur le plan économique et c’est bien évidemment votre droit le plus strict. Vous ne verrez donc pas d’inconvénients à être sollicité afin de répondre à une simple question.
 
 
Nous, blogueurs et citoyens de sensibilité de gauche, sommes depuis une trentaine d’années face à votre discours nous assurant que le libéralisme économique – ou néolibéralisme si vous préférez – ne sera qu’une promesse de bonheur et de liberté pour tout un chacun, humbles comme aisés, et qu’un passage, certes douloureux mais que vous nous assurez « nécessaire », par une période de temps plus ou moins difficile où serait mise en place une sévère mais juste « rigueur » économique, finira, à terme, par porter des fruits dont tout le monde sans exceptions profitera…
 
 
Disons le net : nous sommes sceptiques.
 
 
Non pas que nous mettions en doute votre bonne foi quant à ces affirmations : votre sur-présence médiatique depuis tant d’années nous a convaincu de votre sincérité. Mais tout de même, tout le monde finit par se demander, à force :
 
 
Ce fameux « bonheur néolibéral » qu’on nous promet depuis 30 ans, ça vient quand ?
 
 
Parce que dans un pays comprenant 8 millions de personnes en dessous du seuil de pauvreté et des salariés pressurés comme des citrons en permanence, et où malheureusement il semble bien qu’une fraction fort malhonnête de personnes trouvent à s’enrichir en se contentant de siéger dans des conseils d’administration, il est quelque peu délicat de percevoir les bienfaits de ces fameux « marchés » que vous défendez pourtant mordicus en dépit du bon sens.
 
 
Comme toujours, vous répondrez à cela qu’il faut « poursuivre les réformes » parce qu’on a « pas assez libéralisé » ; mais soyons sérieux : il vous faut clairement admettre que vous vous êtes plantés. Qu’en 30 ans vous n’avez pas été foutus de faire quelque chose de bien. Et que le néolibéralisme n’a conduit qu’une fraction infime de gens très riches à encore plus s’enrichir au détriment de tous les autres.
 
 
Notre question sera donc : pourquoi ne pas admettre que votre idéologie est nuisible pour la majorité, que vous vous êtes plantés, et que dans l’intérêt général vis-à-vis duquel vos idées sont objectivement nuisibles, il serait mieux que vous laissiez tomber et passiez à autre chose ?
 
 
Dans l’attente de votre réponse, veuillez Madame Monsieur agréer l’expression de nos salutations distinguées.
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À propos Malaberg
Blogueur associé provençal perdu dans le nord et caution de gauche sur un blogue de droite. Mais je le vis bien !

6 Responses to [Malaberg] A quand le bonheur libéral ?

  1. CyCee says:

    J’aime beaucoup la métaphore initiale ! Bravo ! :)

  2. Alexandre says:

    http://www.contrepoints.org/2011/11/17/56032-le-bonheur-du-socialisme-de-nos-jours-pour-tous

    Cet article vaut toutes les réponses du monde à cette lettre assez pathétique pour être drôle. (d’ailleurs, ne serait-ce que la liste des prétendus « néo-libéraux » prête à pouffer, vraiment, hein)

    Lis-le objectivement, Malaberg. Peut-être que la système actuel n’est pas satisfaisant, mais il n’est pas plus libéral que communiste.

    Par ailleurs, comment expliques-tu les très nombreuses réussites CONCRÈTES du Libéralisme là où il a été appliqué ? Comment expliques-tu la Suède, la Nouvelle-Zélande, le Canada, l’Australie, et j’en passe… ? Comment expliques-tu que ces pays qui frôlent les sommets en terme de liberté économique soient, dans le même temps, parmi ceux où le niveau de vie est le plus élevé, le nombre de pauvres le plus faible, le chômage le plus bas, la dette la plus basse, la richesse la plus importante, la criminalité la plus inexistante, la corruption la plus absente, le meilleur cadre de vie, le plus de bonheur…….. ? Est-ce dû au hasard, à une quelconque manipulation des méchants libéraux ?

    Ce que tu appelles Libéralisme … n’en est pas. Mais là où on a accepté ces idées, les gens ne s’en lassent pas…

    • Malaberg says:

      Désolé, je ne peux pas finir l’article. Raison : mon cerveau se bloque dès qu’on me sort Mao Hitler et Staline quand on critique le système libéral. Qu’on attaque mes idées ne me pose pas de problème, mais ça… Aussi, en survolant, j’ai vu aussi que le site d’extrême droite enquête et débat était cité, belle référence.
      Je vais cependant parler des deux cas que je connais un peu, dans ceux que tu cites. Le Canada et l’Australie, ces réussites comme tu les qualifies. Il se trouve qu’une personne que je connais bien est allé (en touriste) dans ces deux pays il n’y a pas si longtemps, et comme je la connais plutôt très bien, on échangeait des mails assez souvent. Et puis j’ai eu droit au compte rendu final, aussi. De ce que je me souviens, elle était plutôt au canada dans les couches moyennes sup de la société, donc elle n’a pas vraiment fréquenté les classes « populaires » et la société canadienne, juste un truc qui était quand même assez flippant, outre les frais d’études scandaleusement élevés pour les élèves (à peine discriminant par le fric), c’était des coins complètement sinistrés et semblant laissés à l’abandon.
      Mais bon, ça, à la rigueur, c’était un point de vue assez subjectif donc vaut mieux laisser de coté. Et puis elle était au Québec, qui est un peu une exception, aussi, au Canada.
      Puis l’Australie. Juste deux trucs : les trains qui déraillent très fréquemment, leur personnel réduit en esclavage (moderne, hein, l’esclavage, pas avec des chaines et tout ça) c’est à dire en bons à tout faire, et des gens forcés de travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive (bien au delà de la date de péremption, quoi) et soumis à une pression pas possible. Puis aussi les (pourtant pas exagérément) pauvres édentés, alors qu’ils étaient plutôt pas vieux. Un bon indicateur, la dentition. Révélateur de l’accès aux soins.
      Conclusion au retour « splendide pays, et j’aimerais surtout pas y vivre ». Rien qu’avec ça, j’en suis également convaincu. Un pays qui laisse faire ce genre de trucs, ça n’est pas un pays qui réussit, c’est ce qui s’appelle une note éliminatoire.
      Pour les autres, paie moi un séjour là bas, je te dirai…

      • Alexandre says:

        « Puis l’Australie. Juste deux trucs : les trains qui déraillent très fréquemment, leur personnel réduit en esclavage (moderne, hein, l’esclavage, pas avec des chaines et tout ça) c’est à dire en bons à tout faire, et des gens forcés de travailler jusqu’à ce que mort s’ensuive (bien au delà de la date de péremption, quoi) et soumis à une pression pas possible. Puis aussi les (pourtant pas exagérément) pauvres édentés, alors qu’ils étaient plutôt pas vieux. Un bon indicateur, la dentition. Révélateur de l’accès aux soins. »

        Je te trouve ultra-caricatural, pour le coup. Parler d’esclavage, de pression, de travail mortel etc., c’est limite indigne vis-à-vis des pays où de tels drames existent encore. Il s’agit de redescendre un peu sur terre.

        Le souci, c’est que tu es dans le registre de l’émotionnel, du cas particulier extrapolé en généralité, quand je te parle de données chiffrées. C’est comme si tu croises un italien à China Town, et que tu en déduis que les habitants de China Town ne sont pas si Chinois que ça. Je préfère me baser sur les recensements. Tu vois ce que je veux dire ?

  3. Malaberg says:

    Et pour la vidéo, pour ne pas déranger les autres personnes autour de moi, j’ai du me retenir d’éclater de rire.
    C’était pas facile. J’ai rarement vu une argumentation se réclamant de la logique aussi splendidement fausse méthodologiquement. Il y a tellement de trucs…
    Juste quelques uns : outre un premier indicateur déjà fortement contestable (revenu individuel : que prend-on ? Comment le calcule-t-on ? Quid de l’écart type ? etc.) on en a un deuxième encore plus abracadabrant « economic freedom ». D’où sort il ? Comment fonctionne-t-il ? Néant.
    Et de plus, une relation de causalité completement dingue.
    Exemple : en France, on a constaté qu’à la cour de Louis XVI, les gens sentaient le parfum. Or, ces gens étaient tous des nobles, avec une particule dans le nom. On en déduit donc qu’être noble procure l’avantage de sécréter naturellement du parfum… Il y a cependant controverse pour savoir si cela disparait quand la particule se perd…
    Le fait par ailleurs que ça soit un milliardaire qui sponsorise ce spot me fait également bien marrer. Il est du bon coté de la barrière. Et même mathématiquement parlant, avec un milliardaire qui gagne un milliard par an, tu peux avoir un million de pauvres qui n’ont RIEN, ça te fait une richesse moyenne de 1000€ par an et par personne…

    • Alexandre says:

      « on en a un deuxième encore plus abracadabrant « economic freedom ». D’où sort il ? Comment fonctionne-t-il ? Néant. »

      http://www.heritage.org/index/FAQ => question 3.

      « Exemple : en France, on a constaté qu’à la cour de Louis XVI, les gens sentaient le parfum. Or, ces gens étaient tous des nobles, avec une particule dans le nom. On en déduit donc qu’être noble procure l’avantage de sécréter naturellement du parfum… Il y a cependant controverse pour savoir si cela disparait quand la particule se perd… »

      Ton image est mauvaise. Car la relation de causalité entre noblesse et parfum n’existe pas, faute de preuve que ces gens n’en portaient pas avant de devenir nobles. Or, le souci, c’est que dans le cas de la liberté économique, un nombre insensé de pays aujourd’hui très bien classés affichent un lien évident de causalité. Je m’explique. Beaucoup de pays, comme au moins la Suède, le Canada, la Nouvelle-Zélande ou les Pays-Bas (pour parler des exemples que je connais le mieux), on connu une transition. Ils sont partis d’un modèle usé jusqu’à la corde, avec d’importantes difficultés (chômage, dette…), et ont réformé dans le sens du Libéralisme. Après quoi ils ont observé les résultats, et ils sont plutôt évidents (j’ai de très bons articles sur le cas de la Nouvelle-Zélande ou de la Suède en tête). Pas de biais de logique dans cette affaire. Il y a eu un avant et un après.

      « Et même mathématiquement parlant, avec un milliardaire qui gagne un milliard par an, tu peux avoir un million de pauvres qui n’ont RIEN, ça te fait une richesse moyenne de 1000€ par an et par personne… »

      … Ce qui n’est concrètement jamais le cas. Le niveau de vie moyen de la population, même découpé en déciles, et très bon dans ces pays. Le taux de chômage lui-même en est un bon indicateur.

      Mais comme toujours, je préfère plus d’inégalités et de richesses pour tous, que plus d’égalité et de pauvreté pour tous. Enfin bon…

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