[Alboss] Un monde, six jeunes… et rien de nouveau.

Un monde, six jeunes… Sur le papier, cette émission paraissait très audacieuse et intéressante. Offrir deux heures de temps d’antenne à des jeunes français en plein prime-time, c’est suffisamment rare pour être souligné et surtout pour être regardé.  Alors, je ne vais pas faire le faux-cul, je suis comme tout le monde, j’avais énormément de préjugés sur cette émission. J’ai donc de suite imaginé un concept démagogique au possible, au sentimentalisme exacerbé et forcément bien marquée à gauche. Eh… ben ça n’a pas raté !

Ils étaient donc six à se lancer à la conquête du monde. Conduits par un Bruce Toussaint étonnamment en retrait sur le plan des idées, chacun avait une destination prédéfinie. La Libye, la Norvège, la Colombie, l’Espagne et le Maroc. Sans oublier la France qui a été confiée à l’intello (militant socialiste et étudiant à Science Po) de la bande… C’est symptomatique : le pays le plus compliqué à comprendre pour les jeunes français reste de loin leur propre pays !

Quand on décide de regarder ce genre d’émissions, on n’attend qu’une chose : qu’un nouveau regard se pose sur les évènements qui sont en train de chambouler le monde et de façonner l’histoire. On attend une autre vision, une autre analyse, une autre conception. Au final, on se retrouve à saluer la lucidité de la chaîne pour avoir encadré ces jeunes explorateurs en herbe par des journalistes chevronnés qui sont venus atténuer ou approfondir certains propos quand cela était nécessaire. Ce qui dénature quelque peu l’émission mais l’empêche de sombrer dans le bisounoursisme primaire absolu !

Bref, à la conquête du monde et à la poursuite des indignés. L’indignation étant à la mode, elle nous est servie à toutes les sauces en ce moment. Jusqu’à ce que nous atteignions un jour le comble : nous indigner de l’indignation !
Il y a eu d’illustres intervenants : l’inévitable arnaque nommée Stéphane Hessel ou encore le héros de 68, Cohn-Bendit. Autant d’échanges intergénérationnels qui ont permis de défoncer des portes ouvertes. C’est fou comme jeunes et vieux avaient l’air d’être au diapason… Clairement, il fallait aller chercher des interlocuteurs qui auraient touché les réels points sensibles de cette jeunesse, qui l’auraient bousculée, et non pas ceux qui l’auraient confortée dans son idée que tout passe par une hypothétique révolution par l’indignation.

Alors, qu’a-t-on appris sur la jeunesse ? Rien. Principalement, ce sont des ni-ni : ni gauche, ni droite. Comme si la jeunesse avait le monopole de l’indécision en politique… Mais que veulent-ils alors ? Eh bien, ça reste flou ! Ils espèrent changer le monde par les urnes. C’est louable en soi. Mais, parallèlement, ceux-ci multiplient les appels à la révolution et sont tous prêts à en faire partie sans jamais initier le moindre mouvement. Spectateurs d’un non-évènement… Ils rêvent d’un système plus ouvert à la jeunesse dans lequel leur accession à la politique leur serait facilitée voire la création d’un « parti des jeunes » ! Certes, entre la mainmise des deux grands partis et le cumul des mandats, ça ne laisse pas beaucoup de champ libre à une jeunesse éteinte politiquement parlant et qu’on entend uniquement dans les manifs lorsqu’ils sont appelés par les syndicats en renfort pour pallier au manque de manifestants ou de grévistes.

Au final, on se retrouve avec une émission patchwork. On assiste à des moments de vie de six jeunes qui découvrent que des Libyens sont capables de prendre les armes à 15 ans, que l’avenir est sombre pour les jeunes Espagnols, que la jeunesse norvégienne a quand même eu besoin d’une tuerie pour être sensibilisée à l’utilité d’un engagement dans la vie politique ou que la vie ne tient qu’à un fil dans les favelas de Bogota etc. Des instants de vie qui ne se rejoignent pas toujours et dont la synthèse ne permet pas forcément d’en tirer de grandes leçons… Mais surtout, ces expériences aux quatre coins du monde n’ont rien apporté de nouveau.

Ils arrivent tout de même à en tirer une morale qu’ils refusent de formuler : en France, ce n’est pas si mal, finalement ! C’est en tout cas ce qu’on se dit au terme d’une émission qui nous laisse sur notre faim. Et puisque la France ce n’est pas si mal, le volcan révolutionnaire qui était au bord de l’éruption en début d’émission, s’essouffle lamentablement à la fin. Un peu comme les scores d’audience… En effet, un monde six jeunes a été atomisé sans surprise par les Experts sur TF1, mais surtout l’émission passe derrière Gulli ! Les périples de Garfield ont donc davantage passionné les français.

Bref, Garfield président !

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À propos S. Z.
24 ans. Etudiant en droit à l'Université de Rouen. Je cours après l'actu des médias, de la politique et du foot. Et parfois, je donne mon avis.

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