Punie pour avoir porté une jupe trop courte

L’information commence sérieusement à dater, mais je ne puis m’empêcher de la relayer ici.Pour reprendre les termes d’Europe1,

Une élève de 6e a été contrainte de porter une blouse toute la journée pour cacher ses jambes. Elle a été sanctionnée à cause de sa jupe. (…) La raison ? Sa jupe a été jugée trop courte – au-dessus du genou – par la surveillante principale du collège Gérard-Philippe de Villeparisis, en Seine-et-Marne, mais aussi contraire au règlement de l’établissement. (…) Le règlement intérieur du collège n’interdit pourtant pas le port de jupes arrivant au-dessus du genou. Il n’impose qu’une tenue « décente masquant les parties intimes et les sous-vêtements ». (Lire la suite sur Europe1.fr)

Je crois qu’on aura tout vu. D’après les quelques informations que j’ai pu trouver, il s’agirait, en plus, d’un collège public.

Je ne m’appesantirai pas sur le zèle de l’administration de ce collège en soi, même s’il semble bien qu’il y ait un peu d’exagération dans la manière dont elle applique son règlement intérieur, ni même sur l’inégalité de traitement entre garçons (qui portent allègrement des pantalons laissant entrevoir leurs sous-vêtements) et filles, et notamment dans la mesure où l’injustice est réciproque (notamment lorsque les t-shirts sans manches sont interdits pour les garçons, et les débardeurs autorisés pour les filles).

J’aimerais plutôt revenir sur le principe de punir un élève parce qu’il porte une jupe trop courte. Bon, évidemment, je ne dis pas d’autoriser n’importe quelle tenue. Mais ici, nous ne sommes clairement pas dans quelque chose de fortement intolérable. Après tout, quel est le rôle de l’école ? Il est d’instruire. Et non pas d’éduquer. Il y a une grave erreur sémantique dans le fait d’appeler « Ministère de l’Éducation Nationale » le ministère chargé d’encadrer l’instruction des enfants. Instruire relève de l’école, éduquer relève des parents. Confondre le rôle de l’école avec celui des parents est la porte grande ouverte vers tous les abus qui compliquent la tâche des professeurs, face à la démission parentale. Ce sont les parents qu’il faut responsabiliser. Ce n’est pas à l’école de dire à ses élèves comment ils doivent s’habiller.

Si les parents acceptent que leur fille puisse s’habiller de la sorte, dans la limite de la décence, l’école n’a pas à s’immiscer. C’est aux parents d’éduquer leurs enfants et de définir les limites qu’ils jugent acceptables pour eux.

L’école est donc là pour instruire (je me répète ?). Que l’élève porte une jupe au-dessus ou en-dessous du genou ne changera rien à l’aptitude de l’élève à apprendre et réussir. Si c’est une bonne élève, elle réussira, et donnera satisfaction, quelle que soit la jupe qu’elle porte. Si c’est une élève en échec scolaire, une jupe plus longue n’y changera rien. Et c’est bien sur le niveau de l’élève que l’école est habilitée à agir.

Régulièrement, on entend revenir certains arguments nauséabonds, selon lesquels, si je me permets de légèrement caricaturer, les vêtements trop « légers » seraient une provocation, et augmentent les risques de viol et autres. Et alors ? Faudrait-il que les femmes sortent dans la rue en burqa pour ne surtout pas susciter des pulsions chez quelques pervers ? Bientôt, on nous expliquera très tranquillement qu’en cas de viol, c’est la jeune fille qui en est victime qui en porte aussi la responsabilité, pour avoir provoqué visuellement son agresseur. Non. Une femme doit pouvoir s’habiller comme elle le souhaite, sans être culpabilisée, et même jeune, dans la mesure où ses parents l’acceptent. Tout comme le possesseur d’une Ferrari ne provoque pas le vol en ayant une voiture trop attirante, et n’est pas obligé de se déplacer en Twingo.

Et ne parlons pas de l’uniforme. Cette aberration. Rien de plus triste, de plus conformiste, de plus compassé que le port de l’uniforme, et il n’est pas spécialement révélateur d’une société très ouverte. Je n’aime pas toutes ces tentatives d’uniformisation, même chez les jeunes. Chacun est en droit d’affirmer son individualité, sa particularité. Chacun est libre de se différencier.

L’école n’a donc pas à se mêler de mode. Ou alors, il faut changer de système. Il faut partir du principe que chaque établissement, privé comme public, fixe ses propres règles, gagne en autonomie. Mais dans ce cas là, il faut aussi que les familles soient totalement libres de choisir l’établissement de leur choix en comparant les différents modèles proposés. Ce principe rejoint l’idée des « vouchers » : chaque famille se verrait attribuer un « chèque » lui permettant de choisir et de financer entièrement la scolarité de leurs enfants dans l’établissement de son choix. L’école reste gratuite, mais ce sont les familles, par leurs choix, qui font émerger les modèles et choix pédagogiques les plus performants. Et les établissements sont financés à la hauteur du nombre d’élèves qu’ils attirent. Chacun d’entre eux serait ainsi incité à faire mieux que les autres, à innover, et à trouver les meilleurs choix de méthodes d’instruction. Il y aurait alors vraiment le choix, pour les familles, comme pour les écoles. Et dans ce cas, si certains établissements veulent interdire les jupes, c’est leur droit le plus strict…

En attendant, par pitié, n’arrêtez pas la liberté des uns tant que ne commence pas celle des autres.

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À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

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