Pourquoi je ne suis (toujours) pas Villepiniste (2/2)

Suite de mon propos sur Dominique de Villepin, commencé hier. Après quelques considérations formelles (voir aussi Hashtable sur ce sujet), si je puis dire, parlons du projet défendu par Dominique de Villepin. Comme je suis extrêmement paresseux, je me conterai donc de commenter la liste fournie par Le Figaro (bon journal de droite, c’est couleur locale).

Un revenu citoyen garanti de 850 euros pour tout Français de plus de 18 ans. Il serait financé par la croissance et par une hausse de l’impôt sur le revenu pour les 3% des contribuables les plus aisés, qui permettrait de dégager «environ 19 milliards par an». Ce revenu serait versé en totalité ou en partie aux personnes gagnant entre 0 et 1500 euros par mois, et remplacera toutes les prestations sociales à l’exception des allocations familiales. Selon Dominique de Villepin, 20 millions de Français sont potentiellement concernés par le dispositif, dont 5 millions qui pourraient percevoir la totalité des 850 euros.

Je suis très dubitatif. Soit cette mesure prend la forme d’une vraie simplification des aides sociales, et on allège un mille-feuille, soit cette mesure risque de renforcer un certain assistanat dans le pays. Je reste assez méfiant. J’ai le sentiment que cette mesure n’encourage pas forcément le travail, mais je peux me tromper. Peut-être même prend-elle la forme d’un marché de dupes. J’attends de lire des avis plus éclairés sur la question pour trancher.

Par contre, là où je suis -déjà- gêné, c’est pas le coût de cette mesure. Je lis des choses assez contradictoires sur le sujet. Certains avancent que le Revenu Citoyen permettra de faire des économies en remplaçant certaines prestations sociales existantes. Mais dans ce cas, pourquoi de Villepin s’appesantit-il (joli, ce verbe) sur les sources de financement ? Si cette mesure a un coût trop élevé, elle ne sera sans doute pas viable. On reste dans l’idée que la croissance doit venir financer de nouvelles dépenses, alors qu’elle ne suffit déjà largement plus à couvrir nos dépenses actuelles. Ça ne tient pas debout. Autre source de financement, donc, une hausse de l’impôt sur le revenu pour les contribuables les plus aisés… On s’y attendait, non ? Taper sur les riches, c’est toujours facile, finalement, et ça réjouit l’électorat, c’est certain. Maintenant, la pression fiscale n’est-elle pas déjà suffisamment étouffante, en France ?

Favoriser l’emploi des jeunes en fixant «un taux de jeunes en emploi, formation ou alternance» dans les entreprises de plus de 500 salariés. Dominique de Villepin, qui ne donne pas plus de précisions, se dit prêt à légiférer s’il n’est pas possible de trouver un accord.

C’est vrai que le marché du travail n’est pas assez rigide comme ça, en France. On croit bien faire en encadrant toujours tout, et en légiférant pour obtenir ce qu’on veut des entreprises, mais on n’a pas compris que cette rigidité est nuisible à l’emploi. C’est toujours cette même politique des quotas, quotas de femmes, quotas de handicapés, quotas de séniors, pourquoi pas, et maintenant, quotas de jeunes. Bientôt, vous ne serez plus embauché pour votre mérite, mais pour remplir un quota. Et gare à vous si vous n’êtes pas une jeune femme handicapée. ;-)

La création d’un «grand impôt citoyen, progressiste», concernant tous les revenus du travail et du patrimoine, qui irait jusqu’à un taux de 60% en incluant CSG et CRDS. Il serait payé par tous, même «à titre symbolique pour les plus bas revenus».

En somme, une grande clarification fiscale. Pourquoi pas.

Une «TVA 3E» : emploi, environnement, exportations. Cette taxe pourra varier de 19,6% (son taux actuel) à 24,6%, avec un niveau moyen de 22% – les produits de première nécessité restant à 5,5%.

Quelle riche idée ! Devinez qui va payer les pots cassés ? Les classes moyennes, et les plus modestes d’entre nous, qui subiront une perte de leur pouvoir d’achat.

Je suis curieux de voir quels produits seraient concernés par cette hausse, mais cela ne laisse rien présager de bon. Si les produits concernés sont, comme je l’imagine, des produits que nous en produisons plus en France (j’aime les répétitions), le seul effet de cette idée sera de les rendre plus chers, puisque nous ne pourrons sans doute pas nous en passer (phénomène des importations incompressibles).

Ces mesures de protectionnisme sont ridicules, et contre-productives, surtout à l’échelle de la France.

Le vote obligatoire et la reconnaissance du vote blanc.

D’accord pour la reconnaissance du vote blanc, mais pas pour le vote obligatoire. Le vote doit être une démarche civique et volontaire. Le rendre obligatoire, c’est faire perdre à l’acte toute sa valeur. Ce geste ne doit pas devenir contraint et mécanique, il doit être l’aboutissement d’une volonté démocratique et citoyenne libre. Et je pense qu’il y a une vraie différence d’intention entre une abstention et un vote blanc. La première est un message de « jemenfoutisme » et de rejet global de la politique, tandis que le second est l’affirmation d’une insatisfaction à l’égard de la classe politique.

Un gouvernement limité à dix ministres. «Je crée là un nouvel outil, la pérennité des ministères», affirme Dominique de Villepin au Parisien.

On peut toujours souhaiter un Gouvernement resserré, mais ça m’étonnerait que ça résiste à l’épreuve des faits. Si c’est pour compenser par une kyrielle de Secrétariats d’État… Et là aussi, j’attends de savoir quels seraient ces dix ministères…

Une réduction du nombre de régions à 8 ou 10, au lieu de 22 actuellement. L’ex-premier ministre souhaite créer des entités capables de «peser dans l’Europe et la mondialisation» en rivalisant avec «les Länder allemands, les grandes provinces espagnoles ou les régions italiennes».

Bonne chance, M. de Villepin, pour faire avaler cette idée aux Français, et surtout aux élus, qui supportent déjà si mal l’idée des Collectivités Territoriales.

Pour tout dire, en Région PACA, on préfèrerait parfois distinguer une région « Provence » et une région « Côte d’Azur » , tant cette dernière semble loin des préoccupations du Président du Conseil Régional.

Je trouve que les régions sont raisonnablement équilibrées telles qu’elles sont aujourd’hui.

Ah, très drôle, la référence aux régions italiennes. Elles sont 20 sur un pays plus petit que la France. Je ne vois pas en quoi l’exemple est pertinent par rapport à son idée de réduction du nombre de régions.

Création d’un «procureur général de la Nation», pour garantir l’indépendance de la justice. Il serait proposé par le Conseil supérieur de la magistrature et investi par un vote du Congrès à la majorité des trois-cinquièmes. Ce procureur général de la Nation nommerait les procureurs et les procureurs généraux.

Aucun commentaire, je ne maîtrise pas assez ces questions pour me prononcer.

Un «statut du citoyen» et un service citoyen obligatoire. Le premier, inscrit dans la Constitution, comporterait des «droits et des devoirs» commençant par «l’obligation d’inscription sur les listes électorales et par l’obligation de vote». Le service citoyen serait obligatoire pour une période de 12 mois, fractionnable, destiné à tous, afin de remplir des tâches d’intérêt général.

Je trouve ce « service citoyen obligatoire » profondément inutile et rétrograde. Je ne vois pas bien quelle forme cela pourrait prendre, mais je n’en vois pas l’intérêt. Ça ressemble plus à une mesure gadget. Je dois vous dire que pour ce qui est de la citoyenneté, une journée « Défense et Citoyenneté » est déjà assez pénible comme ça, vu la vacuité de ce qu’on peut y apprendre.

Par contre, la piste qu’il aurait été intéressant de creuser est celle de proposer un court service militaire pour les jeunes en difficultés ou en proie à la délinquance. L’idée avait, si je me souviens bien, été avancée par Ségolène Royal, et la droite aurait été, pour une fois, bien inspirée de ne pas la rejeter d’emblée. On pourrait ainsi proposer à des jeunes volontaires ou en difficulté, voire en échec scolaire (et qui ne parviennent pas à s’orienter convenablement) de passer un ou deux mois au sein de l’armée, éventuellement rémunérés. Quant aux jeunes délinquants, ils pourraient se voir soit imposé un service militaire de un à six mois, soit proposé ce même service militaire en lieu et place de la prison, par exemple. J’ai peut-être la faiblesse de croire que les valeurs de l’armée, et l’apprentissage de l’ordre et du respect de la hiérarchie pourrait aider des jeunes à s’intégrer, ou à mieux réussir leur vie future (toujours mieux que la prison, en tous cas).

Sortir de l’Otan. «Les événements de Libye montrent bien que le retour dans le commandement intégré de l’Otan constitue une perte de marge de manœuvres pour la France», affirme au Parisien l’ancien patron du Quai d’Orsay. «J’estime que la position antérieure conférait à la France l’image d’un pays plus indépendant et permettait à la France de peser à chaque fois davantage sur les décisions».

Ah, la caution gaulliste du projet… J’étais parfaitement favorable à ce que la France réintègre le Commandement de l’OTAN.

Cette idée repose sur une confusion (ou une hypocrisie). Non, la France n’a jamais quitté l’Alliance Atlantique, et a participé à la plupart des opérations menées par l’OTAN. Elle a simplement quitté le commandement. Grosso Modo, elle suivait mais n’influait que marginalement les décisions prises par l’OTAN (je caricature à dessein). A titre personnel, je préfère quand la France prend part à la décision.

Pourquoi Nicolas Sarkozy a-t-il souhaité que la France revienne en force dans l’OTAN ? Le principal objectif était de promouvoir par ce biais la Défense européenne. En effet, il tenait à rassurer les États-Unis et ses partenaires européens, à leur faire comprendre que la Défense Européenne ne serait construirait pas comme une concurrente de l’OTAN, mais comme une alliée. La Défense européenne progresse encore trop lentement, mais ce n’est pas de la seule responsabilité de la France. Remarquez, les gaullistes sont hostiles à la défense européenne par atavisme (cf le « crime du 30 août » ).

Le retour de la France dans le Commandement de l’OTAN a-t-il favorisé l’implication de cette dernière dans l’intervention en Libye ? Difficile à dire. Cependant, je ne suis jamais hostile à un rapprochement avec les États-Unis, qui restent les alliés les plus sûrs de l’Europe.

En somme, j’ai plutôt du mal à m’exprimer sur le projet de Dominique de Villepin dans la mesure où il me semble très flou, très imprécis. Derrière les effets d’annonces, j’ai du mal à voir où il va, et en quoi consistent précisément certaines de ses propositions. Et d’ailleurs, je ne suis pas le seul à trouver que ce projet est « bâclé » .

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À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

One Response to Pourquoi je ne suis (toujours) pas Villepiniste (2/2)

  1. Ping: Droit de vote à 16 ans… Pourquoi pas ? « J'ai rarement tort …

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