Le retour de la question du nucléaire

Avec la catastrophe nucléaire en cours au Japon, la question de l’abandon ou de la dénonciation du nucléaire revient sur le devant de la scène. Je ne reviendrai même pas sur l’opportunisme qui s’exprime dans le fait d’instrumentaliser pareille désastre et pareil malheur à des fins bassement politiques et militantes, souvent sans discernement (et lorsque discernement il y a, je peux comprendre).

Les écologistes, qui ont trouvé là une bonne occasion de remettre sur le devant de la scène leur rhétorique traditionnelle éclipsée ces derniers temps par la disparition progressive de la question environnementale de la scène médiatique (je ne juge pas, je constate), vont même jusqu’à proposer un référendum.

Peut-on craindre que la situation japonaise se reproduise en France ? Je ne pense pas. Avant tout, ce n’est pas être chauvin qu’affirmer que nos centrales semblent relever d’une technologie plus avancée à la matière, ayant tiré pas mal de leçon des précédents accidents. Je ne sais pas si vous avez suivi ces reportages consacrés à l’Autorité de Sûreté Nucléaire, mais je pense que nos centrales sont, depuis 2006, très bien suivies, et que leur moindre défaillance fait l’objet de toutes les attentions. Et dans les faits, combien d’accidents ? Combien d’accidents graves ? Très peu. Si j’osais une comparaison foireuse, je dirais que les accidents de la route ou les accidents domestiques causent beaucoup plus de morts. Mais comparaison n’est pas raison. Cela dit, il faut prendre en compte que les défaillances à l’œuvre au Japon sont liées à des circonstances à plus d’un titre exceptionnelles ! Ce n’est pas tous les jours qu’un pays doit faire face à un séisme de magnitude 8.9 sur une échelle qui en compte 9, suivi d’un tsunami, le tout, près de centrales nucléaires… Ce n’est pas demain que ça arrivera en France, revenons un peu à la réalité : non seulement la France n’est pas spécialement une zone soumise à un risque sismique important, sauf exceptions locales, mais les tsunamis et séismes d’une telle ampleur y sont pour le moins très rares… Désolé, mais je ne tremble pas de peur.

Se pose bien sûr la question de savoir si le nucléaire est une source d’énergie saine ou non. Je comprends le souci de l’élimination des déchets nucléaires, qui n’est pas optimale (mais la science ne pourrait-elle pas un jour trouver la solution ?), mais ça reste aujourd’hui la source d’énergie qui présente le meilleur rapport efficacité/impact environnemental. S’il existait une alternative viable au nucléaire, la question pourrait se poser, mais ce n’est pas le cas ! Le Japon ne peut produire que 3 à 4% de son électricité en ne comptant que sur ses ressources naturelles. La France doit être dans la même situation, peu ou prou. Aujourd’hui, à moins de vouloir revenir à la bougie, le nucléaire civil est devenu absolument indispensable ! Quid des alternatives ? Le charbon, le pétrole, le gaz ? Des énergies fossiles, et pour la plupart très polluantes ! L’impact environnemental serait-il meilleur ? Au contraire ! En Allemagne, ou l’importance du mouvement anti-nucléaire est prépondérante, le charbon est encore massivement utilisé pour produire l’électricité. Je ne pense pas que ce soit plus sain que le nucléaire… Vraiment pas… Quant aux énergies renouvelables, elles sont évidemment merveilleuses, mais elles ne suffiraient pas actuellement pour combler l’éventuelle disparition du nucléaire. Et c’est sans compter le coût de la mise en place des panneaux solaires, et autres éoliennes à foison. Les répercussions sur le prix de l’électricité seraient immédiates. Alors il est souhaitable que nous développions la part des énergies renouvelables, mais sans perdre de vue la réalité, et la nécessité de recourir au nucléaire.

Après les fuites de pétrole des plates-formes BP, aurait-il fallu abandonner totalement l’usage du pétrole ? C’était évidemment impossible, malgré les biocarburants. Après l’accident nucléaire au Japon, faut-il abandonner totalement le recours au nucléaire civil ? C’est sans doute impossible, malgré les énergies renouvelables.

A moins que les associations et partis opposés au nucléaire avancent de nouvelles solutions viables, et on en reparlera. D’ici là, je tiens à notre indépendance énergétique, et de facto, à notre savoir faire en terme de nucléaire civil.

PS : Alors que j’écris cet article, je lis que l’Allemagne panique, et arrête 7 de ses plus vieux réacteurs nucléaires pour 3 mois (au moins). Je trouve honnêtement que c’est une réaction parfaitement stupide : si ces réacteurs ne présentaient pas de danger il y a une semaine, je ne vois pas pourquoi ils en présenteraient aujourd’hui, à cause du Japon. Et si c’était le cas avant, il ne fallait pas attendre la catastrophe japonaise.

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À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

3 Responses to Le retour de la question du nucléaire

  1. Vlad says:

    D’accord avec toi. La réaction allemande m’intrigue en revanche.

  2. Alboss says:

    On a peut-être le parc nucléaire le plus sûr au monde, il n’empêche qu’on recense plus de 1000 accidents nucléaires en France plus ou moins graves et ce chaque année. Pour un parc sûr, je trouve que ça fait beaucoup. Et Tchernobyl nous a prouvé qu’il n’y avait pas besoin de conditions exceptionnelles pour donner lieu à une catastrophe nucléaire exceptionnelle même si la technologie actuelle n’est en rien comparable à celle soviétique. Donc l’idée selon laquelle seul un séisme ou un tsunami peut provoquer un accident nucléaire…

    Je suis un pro-nucléaire, parce que je suis contraint à la lucidité. On ne pourra pas faire autrement jusqu’à l’optimisation de l’énergie solaire thermique, un projet européen pour 2050 a été lancé dans les années 2000. Maintenant, on ne peut pas tout nier en bloc et dire qu’on n’a rien à craindre en France quand on a 58 réacteurs en activité. Le principe de précaution doit aussi prévaloir en France, comme il semble prévaloir en Allemagne, et on ne doit pas s’interdire de débattre autour du Nucléaire non pas dans le but de s’en débarrasser au plus vite, mais dans cleui de le remplacer progressivement.

  3. Alexandre says:

    @Vlad : Moi, j’hésite entre sourire et indignation : soit c’est juste absurde, soit c’est uniquement pour redorer son blason par une décision populaire (connaissant le poids du lobby anti-nucléaire dans le pays) et c’est presque abject.

    @Alboss : Parfaitement d’accord. Le jour où on pourra raisonnablement s’en passer, tant mieux ! Mais restons pragmatiques en attendant.
    Quant au risque, il faut l’accepter, le comprendre, s’y préparer, le contenir au maximum (ce que nous ne faisons pas si mal), et ça me rappelle cet exemple de Thierry Desjardins, qui est habitué à débiter son antisarkozysme primaire régulièrement, mais qui s’est exceptionnellement fendu d’une article intéressant sur ce sujet (bien qu’il ne puisse s’empêcher de terminer, malgré tout, par de l’antisarkozysme primaire) :

    « Au XIXème siècle, quand le chemin de fer est apparu, il y a eu des accidents. Les démagogues de l’époque ont alors voulu interdire le chemin de fer. Certains maires ont refusé les voies ferrées sur leur commune. On connaît les exemples de Tours et d’Orléans. Les deux villes aux édiles débiles se sont mises en marge du développement pendant des années. »

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