Du sang, de la sueur, et des larmes

Aujourd’hui, les enseignants sont en grève. Que réclament-ils ? L’arrêt des suppressions de postes, donc plus de moyens. Les magistrats aussi râlent. Entre autres choses pourquoi ? Pour réclamer plus de moyens.De nos jours, en France, le leitmotiv est devenu de demander plus de moyens à l’État. De l’argent, toujours de l’argent, toujours plus d’argent. Que veulent les enseignants ? Plus de moyens. La Justice ? Il faut plus de moyens. La lutte contre la précarité ? Il faut plus de moyens. Le problème du logement ? Il faut plus de moyens. L’insécurité ? La police manque de moyens. Les Universités ? Elles manquent de moyen. En somme, n’importe quel problème ou presque, dans ce pays, est ramené à une seule et simple réponse universelle, la panacée à toutes les difficultés : il faut plus d’argent.

Le fait que l’État Français soit quasiment en faillite ou que les caisses soient vides ne choque absolument personne. Ce qui compte, c’est de donner toujours plus de moyens à tous les niveaux, quitte à faire peser un poids inacceptable sur les générations futures, qui finiront bien par payer l’addition de notre incurie.

Prenez l’Éducation Nationale. Il ne faudrait pas continuer la politique consistant à ne pas remplacer une partie des départs à la retraite (16 000 l’année prochaine si je me souviens bien). Visiblement, si les classes sont surchargées, c’est parce qu’on manque de professeurs. Pourtant, j’ai cru entendre que l’Éducation Nationale française est le 6e employeur du monde, devant Carrefour, qui n’arrive qu’en 10e position. Vous avez bien lu. Autant dire que ça ne manque pas de personnel. Vous ne comprenez pas que l’on cherche à dégraisser un tout petit peu, après ça ? Reste à voir comment le personnel est utilisé, ensuite, bien sûr… Il n’y a pas d’un côté les gentils qui veulent que les jeunes français soient bien éduqués, et de l’autre les méchants qui restreignent les budgets et mettent nos élèves en échec scolaire.

Le problème n’est même pas là dans le fond… A entendre les revendications qui fusent, tout ça est de la faute du Gouvernement. C’est le Gouvernement qui décide de ces restrictions budgétaires. Le méchant, a-t-on envie de rajouter. Mais cherchez un instant à comprendre pourquoi cette politique est menée ! Pensez-vous réellement que le Gouvernement décide de faire des économies un peu partout par plaisir ? Pensez-vous réellement que des ministres se frottent vicieusement les mains en pensant à tous les secteurs qui subissent des restrictions budgétaires ? Pourtant, si c’était une lubie, je n’en vois pas l’intérêt. Une telle politique n’est jamais populaire, n’est jamais plaisante à mener. Je vous assure que si la France avait les moyens de consacrer plus de moyens à la Justice ou à l’Éducation, le Gouvernement s’empresserait de le faire. Bien sûr, si on pouvait embaucher des armées de professeurs, et pourquoi pas créer des classes de 10 élèves, on le ferait ! Si on pouvait se permettre de construire 10 fois plus de logements, ou de rendre toutes les études gratuites, on le ferait ! Celui qui mènerait une telle politique serait sans aucun doute bien mieux considéré.

Alors pourquoi ne le fait-on pas ? Pourquoi est-ce que le Gouvernement affiche la volonté de faire autant d’économies, puisqu’il n’en tire aucun avantage personnel, mais, au contraire, une impressionnante quantité d’ennuis ? Tout simplement parce que c’est devenu indispensable !

Le déficit budgétaire de l’État est en 2010 de près de 150 milliard d’Euros, et sa dette atteint plus de 1 200 milliards d’Euros ! Vous rendez-vous compte de ce que cela représente ? Quant on a déjà un déficit de 150 milliards par an, peut-on encore se permettre de dépenser plus, ou même d’imaginer pouvoir continuer sur ce rythme ?

Alors bien sûr, on pourrait promettre beaucoup d’argent, et creuser encore davantage les déficits. Nul doute que certains socialistes seraient prêts à le faire. Ainsi, notre modèle social ne serait absolument pas touché … jusqu’à ce que l’État soit totalement en faillite. Ce jour là, par contre, ce ne sont pas quelques concessions ou restrictions budgétaires qu’il faudra faire, mais des coupes violentes, irrémédiables, douloureuses ! Ce sera le chaos social, la Bérézina de l’État providence. Alors mieux vaut camper sur des positions plus solides avant les grandes pleines de Russie, et avant que le Général Hiver ne nous condamne. Si on est vraiment attaché autant que je le suis à notre modèle social, à notre État « providence » qui défend les plus faibles, il faut consentir à quelques sacrifices. Je préfère de loin quelques restrictions et concessions aujourd’hui, tant qu’il est encore possible d’agir, en permettant ainsi de rendre viable sur le long terme la préservation de notre système, que l’aveuglement qui consiste à ne rien changer jusqu’à y être obligé. Car ce jour là, je le répète, on ne pourra plus sauver grand chose.

C’est à ce moment qu’un lecteur attentif pourrait être tenté de sortir un lapin de son chapeau, et de recommander simplement d’augmenter les impôts des plus riches et des entreprises, afin de ne pas toucher aux dépenses. Ce serait possible, si seulement nous n’étions pas déjà l’un des pays où la pression fiscale est la plus lourde et pénalisante pour notre économie. Or, ce qui nuit à notre économie ou pèse sur nos entreprise finit forcément par rejaillir sur la situation de l’emploi, et donc, sur le niveau de vie des citoyens.

En somme, tout candidat à la Présidentielle qui promettra toujours plus de dépenses sans une solide argumentation sur les moyens de redresser notre situation budgétaire ne mérite que notre dédain. J’attends de voir quel homme politique aura le courage de ne nous offrir que « du sang, de la sueur et des larmes » , selon la formule de Winston Churchill, des sacrifices nécessaires pour sauver notre modèle social, mais aussi des sacrifices partagés, justes, et équilibrés, car l’effort ne doit en aucun cas ne peser que su les plus pauvres, mais toucher aussi le train de vie des élus, et le fonctionnement de certaines de nos administrations. Des économies, partout, surtout là où il y a du superflu. Et il y a de quoi faire de ce côté aussi.

Javascript disabled

Publicités

À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

9 Responses to Du sang, de la sueur, et des larmes

  1. Martine says:

    Lorsque vous serez plus curieux, et de moins mauvaise foi, peut-etre, déposerais-je à nouveau des commentaires pertinents ici.

    • Alexandre says:

      Plus curieux : en quoi ?
      De mauvaise foi : où ? En quoi ?

      Je ne vois vraiment pas où vous voulez en venir. J’aime bien comprendre, quand on me lance des remarques gratuites comme celles-ci.

      Et commenter pour dire qu’on ne commente pas n’est pas spécialement utile.

      Enfin bref, libre à vous. Mais peut-être ne devriez-vous pas confondre les différents auteurs de ce Blog…

      • Malaberg says:

        je ne pense pas qu’elle se soit trompée. Je pense qu’il me faudra deux calmants et deux heures minimum pour produire une réponse pas trop offensante… Il y a beaucoup de choses affirmées sans preuves, ainsi que des façons de raisonner très curieuses (prises comme des démonstrations, mais qui ne démontrent rien…) Je reviendrai plus tard.

  2. Alboss says:

    En ce qui concerne l’Education, je suis convaincu que c’est une question de formation, et non de moyens. Donc c’est beaucoup plus profond. Mais en ce qui concerne certains secteurs, c’est clairement une question de manque de moyens ! Nous avons pris la fâcheuse tendance de nous comparer aux allemands. Qui a la plus grande… bon avec Merkel, ça marche moins. Mais, en terme de magistrats, l’Allemagne nous bat à plates coutures, par exemple. Trois fois plus de magistrats. C’est normal, docteur ? On peut difficilement dire qu’il ne s’agit pas d’une question de moyens. Nous n’avons certes pas les finances allemandes, et pas le même fonctionnement de la Justice, mais n’avons-nous pas honte d’être le 37ème budget d’Europe pour la Justice ?
    Et que dire du système pénitentiaire… Sans compter les hôpitaux. Pour ces secteurs, c’est clairement un MANQUE DE MOYENS ! On n’a peut-être pas de sous, mais on ne peut pas taper sur les doigts de ceux qui se démènent, qui travaillent comme des chiens, que ce soit les magistrats ou les blouses blanches, à la moindre erreur de leur part !

  3. xerbias says:

    Merci à la Grèce de nous montrer malgré elle ce qu’il advient d’un pays qui vit trop longtemps au dessus de ses moyens. C’est un peu le fantôme du futur de Scrooge…

    Le budget de la justice augmente, constamment, bien au delà de l’inflation, depuis 10 ans. Le nombre d’agents de la justice a augmenté de façon sensible sur les 8 dernières années, le nombre de magistrats aussi. Cela ne suffit certes pas, mais au moins on progresse à ce niveau là. Mais si on sort le classement européen sur le budget de la justice par habitant, il faudrait voir ceux des autres postes de dépense aussi, ça serait intéressant.

    Le vrai problème en fin de compte, c’est d’avoir si peu de résultats pour autant d’argent dépensé globalement. C’est complètement ahurissant. Le fait même que des administrations continuent de demander des moyens alors qu’elles en consomment déjà énormément est bien la preuve que l’argent est mal employé. Peut-être faudrait-il utiliser un mot tabou : productivité.

    Bon courage, Alexandre, pour oser affirmer un son de cloche différent du vacarme ambiant.

  4. Alboss says:

    Le budget de la justice par habitant est déjà connu en ce qui concerne la France : 18ème budget d’Europe. Pas mieux…

  5. Malaberg says:

    « Le fait que l’État Français soit quasiment en faillite ou que les caisses soient vides ne choque absolument personne. Ce qui compte, c’est de donner toujours plus de moyens à tous les niveaux, quitte à faire peser un poids inacceptable sur les générations futures, qui finiront bien par payer l’addition de notre incurie. »
    Sais tu comment fonctionne d’un point de vue technique le principe de la dette publique ? à lire ceci, on dirait bien que non.
    Par contre, ce qui est certain, c’est que le poids du productivisme, qui détruit la planète, ça, les générations futures devront le payer. Mais ça n’a pas l’air de t’émouvoir. pourtant, tu es de ceux qui vont commencer à trinquer. Comme moi d’ailleurs.

    « Prenez l’Éducation Nationale. Il ne faudrait pas continuer la politique consistant à ne pas remplacer une partie des départs à la retraite (16 000 l’année prochaine si je me souviens bien). Visiblement, si les classes sont surchargées, c’est parce qu’on manque de professeurs. Pourtant, j’ai cru entendre que l’Éducation Nationale française est le 6e employeur du monde, devant Carrefour, qui n’arrive qu’en 10e position. Vous avez bien lu. Autant dire que ça ne manque pas de personnel. Vous ne comprenez pas que l’on cherche à dégraisser un tout petit peu, après ça ? »
    Il faudra vraiment que tu m’expliques en quoi c’est un argument. ça ne démontre rien du tout, pour moi, quand bien même ça serait vrai. (avec le phénomène de sous traitance, ça ne m’étonnerait cependant pas)

    « Le déficit budgétaire de l’État est en 2010 de près de 150 milliard d’Euros, et sa dette atteint plus de 1 200 milliards d’Euros ! Vous rendez-vous compte de ce que cela représente ? Quant on a déjà un déficit de 150 milliards par an, peut-on encore se permettre de dépenser plus, ou même d’imaginer pouvoir continuer sur ce rythme ? »
    Sais tu comment fonctionne la dette ? Par ailleurs, tes 150 milliards de déficit sont principalement dus au fait que l’état s’est endetté pour sauver les banques. (il me semble qu’on n’en était qu’à une cinquantaine de milliards avant, soit trois fois moins) Mais c’est l’éducation nationale qui doit payer… oui, oui oui…
    Et les cinquante milliards d’avant étaient dus au baisses d’impots sur les hauts revenus et exonérations fiscales en tous genres (faut il rappeler que le total d’imposition sous Nixon, Ford et Carter, ces salauds de communistes, pouvait monter jusqu’à 90% ? et c’était à peu près la même chose sous Giscard…)
    De plus, il faut rappeler que les emprunts pour des dépenses d’investissement, c’est pas gênant du tout…
    hors, on ne les fait que pour ça. d’ailleurs, Qu’est c e que l’éducation nationale pour toi : une dépense d’investissement ou de fonctionnement ? (en supposant que tu saches ce que c’est…)

    « C’est à ce moment qu’un lecteur attentif pourrait être tenté de sortir un lapin de son chapeau, et de recommander simplement d’augmenter les impôts des plus riches et des entreprises, afin de ne pas toucher aux dépenses. Ce serait possible, si seulement nous n’étions pas déjà l’un des pays où la pression fiscale est la plus lourde et pénalisante pour notre économie. Or, ce qui nuit à notre économie ou pèse sur nos entreprise finit forcément par rejaillir sur la situation de l’emploi, et donc, sur le niveau de vie des citoyens. »
    Malheureusement, c’est faux. T’as oublié un petit quelque chose : est inclue dans la soit disant « pression fiscale », le plus gros impôt : la TVA. Hors, celle ci est principalement payée par les moins riches, en proportion. (ils sont plus nombreux). Ah, oui, je suis d’accord. La pression fiscale est très forte sur les modestes en France. Et bien peu forte sur les puissants. Il n’y a plus qu’à corriger ça… tu vois, ça ne tient pas dix secondes ton truc.

    « ’attends de voir quel homme politique aura le courage de ne nous offrir que « du sang, de la sueur et des larmes » , selon la formule de Winston Churchill, des sacrifices nécessaires pour sauver notre modèle social, mais aussi des sacrifices partagés, justes, et équilibrés, car l’effort ne doit en aucun cas ne peser que su les plus pauvres, mais toucher aussi le train de vie des élus, et le fonctionnement de certaines de nos administrations. Des économies, partout, surtout là où il y a du superflu. Et il y a de quoi faire de ce côté aussi. »
    Je suis d’accord pour réformer les indemnités des élus, particulièrement celle du président, mais vois tu, c’est une petite goutte dans le fonctionnement de l’état. C’est de la démagogie poujadiste de bas étage que cela. (ça pointe un bouc émissaire sans rien résoudre). Par ailleurs, pour les sacrifices partagés, justes et équilibrés, c’est rigolo, mais j’ai pas l’impression que les bettencourt & co soient concernés par lesdits sacrifices. D’ailleurs, peux tu m’expliquer pourquoi on devrait TOUS faire des sacrifices sans un pays qui est plus riche qu’il ne l’a jamais été ? Pour que la répartition desdites richesses, qui n’ont jamais aussi mal été réparties, soit inchangée ?

    J’espère ne pas avoir été trop discourtois, j’ai fait ce que j’ai pu. Mais là, pffou… il y en avait vraiment beaucoup, des produits du gros intestin…

  6. Ping: Réponse à… « Qui pour remplacer Sarkozy ?  « J'ai rarement tort …

  7. Ping: Demain, la crise des dettes publiques « J'ai rarement tort …

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s

%d blogueurs aiment cette page :