[Alboss] Entre Pulvar et pouvoir…

Etant grand passionné des médias, j’ai évidemment suivi le dernier grand débat qui anime le microcosme médiatique : la suspension d’antenne infligée à Audrey Pulvar. Oui, infligée. C’est une véritable baffe qui a été infligée à Audrey Pulvar, à ses vingt années de métier caractérisées essentiellement par le succès et le professionnalisme. C’est bien elle qui a été la première présentatrice de couleur aux commandes d’un grand journal télévisé national, sur France 3, et non Harry Roselmack. Mais à la différence de ce dernier, elle n’a pas fait jouer de son physique pour y parvenir, mais véritablement de son talent, qui doit primer sur la tendance des quotas ou de la représentation des minorités visibles. Mais, c’est un autre débat.

Cette décision d’i-Télé faisant suite à l’acte de « candidature à la Présidence de la République » de son compagnon, Arnaud Montebourg, est donc très rapidement passée du domaine médiatique à celui désormais proche voisin, politique. Les Verts crient au sexisme, le Parti Socialiste est scandalisé. Soit. Passons sur cette récupération politique sans intérêt et revenons à Montebourg. Je l’estime premier coupable de la situation dans laquelle se trouve désormais sa compagne. Il s’est déclaré candidat au plus haut poste de notre pays. C’est son problème. Seulement, il a, comme le montre le dernier billet d’Alexandre à ce sujet, volontairement évoqué la « Présidence de la République » et non, ce qui constitue la spécificité du PS, les primaires internes du parti censées en désigner son candidat. De fait, il laisse planer l’ambiguïté. Que fera-t-il ? Ira-t-il jusqu’au bout en dépit des résultats de ces mêmes primaires ? A priori, pas évident d’y répondre. L’argument qui aurait consisté à dire que Montebourg n’était QUE candidat aux primaires socialistes devient caduc.
Celui qui en 2007 considérait François Hollande comme le premier défaut de Ségolène Royal, alors candidate socialiste désignée à l’élection présidentielle, est désormais devenu celui de sa propre épouse.

Seulement, Audrey Pulvar en paie le prix cash, de ce défaut. Les droits des femmes sont relativement récents dans notre pays. Bien plus récents que dans nombre de pays sous le joug de la dictature aujourd’hui encore. Quant à leur émancipation professionnelle, on constate ici qu’elle dépend une fois de plus de celles de leurs hommes. C’est à elles de sacrifier leurs carrières. C’est à elles de sacrifier leurs rêves pour que leurs Jules puissent satisfaire pleinement les leurs, quand bien même ceux-ci paraissent irréalisables. C’est aussi comme ça qu’Audrey Pulvar semble considérer la situation puisque, dans son billet d’humeur sur France Inter(où elle continue d’exercer, cherchez l’erreur), elle emprunte les mots hautement révolutionnaires de Jean-Jacques Rousseau et qui semblent pourtant demeurer d’actualité : « Les femmes ont besoin toute leur vie de docilité, puisqu’elles ne cessent jamais d’être assujetties, ou à un homme, ou aux jugements des hommes, et qu’il ne leur est jamais permis de se mettre au dessus de ses jugements. […] Soutenir vaguement que les deux sexes sont égaux et que leurs devoirs sont les mêmes, c’est se perdre en déclamations vaines, c’est ne rien dire ».
Belle manière d’exprimer sa légitime déception à l’égard d’i-Télé comme à l’égard de son époux.

Mais, cette privation d’antenne pose aussi un problème déontologique. C’est le journalisme qui en prend aussi un coup au passage. Déjà que le métier est détesté et que les journalistes sont considérés avec méfiance et ne jouissent que d’un maigre capital sympathie auprès des français, il se voit décrédibilisé. Il est désavoué de sa fonction première : l’indépendance. L’indépendance idéologique, en l’occurrence. Dans le cas de Pulvar, on préjuge donc de ses convictions sans qu’elle n’en ait jamais fait usage ou étalage au cours de sa carrière, dans l’exercice de ses fonctions. Elle est mariée à Montebourg alors elle pense comme Montebourg, c’est bien connu… Dès lors, lui offrir une case horaire sur i-Télé c’est courir le risque de lui permettre de faire la promotion subliminale du livre de Montebourg. Ca s’appelle le « conflit d’intérêts ». L’excuse utilisée pour justement préserver la crédibilité des journalistes se trouvant dans de semblables situations. Monsieur Bouygues a perdu la sienne depuis belle lurette. Mais que voulez-vous, un PDG, par définition, ça ne se vire pas.
Non, ce n’est pas tant la connivence sexuelle ou amoureuse, ici clairement affichée entre Pulvar et Montebourg qui dérange. C’est la connivence de pouvoir. L’employeur est presque pris au piège et son parachute pour s’éviter un douloureux crash : mettre de côté ses employés. Temporairement… ou pas.

J’ai entendu ça et là que Francetélé pourrait proposer à Audrey Pulvar de revenir chez eux pour retrouver l’antenne. De son côté, i-Télé travaillerait sur une nouvelle émission apolitique pour la journaliste (sur une chaine d’info en continu et à 18 mois des présidentielles, là aussi, cherchez l’erreur…). Je l’attends donc avec impatience. Tandis que certains pilotent des JT à 13h00 aux meilleures audiences d’europe voire du monde sur un ton partisan et aux détours de sujets passionnants, d’autres sont contraints, au nom de l’hypocrisie ambiante, à faire taire leur talent.

« Libérée, égale, suspendue » – Audrey Pulvar.

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À propos S. Z.
24 ans. Etudiant en droit à l'Université de Rouen. Je cours après l'actu des médias, de la politique et du foot. Et parfois, je donne mon avis.

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