Un bon Président doit-il être populaire ?

Moi aussi, je veux répondre à Partageons mon avis ! (Et me faire lyncher comme il se doit.)

Un bon Président doit-il être populaire ? Vaste question. Je ne prétends pas l’examiner de fond en comble, mais uniquement en survoler certains aspects.

Bon, commençons par les banalités. Nous sommes en République, et en Démocratie. Étymologiquement, « Démocratie » signifie l’exercice du pouvoir par le peuple, ou encore, selon l’expression consacrée, la souveraineté populaire. En ce sens, le Président doit être représentatif de la volonté du peuple. Bref, pas de souci là-dessus. Juste des évidences (il me semble). Cela dit, le peuple n’exerce ce pouvoir que par l’intermédiaire de représentants qu’il a désignés. Et c’est là que ça se complique. De Gaulle avait en quelque sorte trouvé la parade, puisqu’il remettait en jeu sa légitimité à chaque référendum. En ce sens, il était parfaitement respectueux de ce principe d’approbation populaire. Toute la difficulté résiderait dans le fait de suivre au mieux ce que désire le peuple.

Mais jusqu’à quel point ? Disons-le clairement : je préfère un Président impopulaire au moment de son mandat que l’histoire retient pour son oeuvre bénéfique au service de la Nation, qu’un Président populaire mais totalement inefficace ! Si nous élisons un homme Président de la République, c’est que nous lui faisons confiance. C’est peut-être aussi que nous pensons qu’il est le mieux à même, à un moment donné, de s’entourer des personnalités les plus compétentes pour gouverner aux intérêts de la nation. Mais les intérêts de la nation ne coïncident pas forcément avec ce que veut le peuple. Pas toujours.

Il n’y a que dans Le Contrat Social de Rousseau que l’intérêt général semble clairement défini comme une ligne d’horizon partagée par tous, sans remise en cause possible. Dans la réalité, c’est bien plus délicat à gérer. Et comme c’est un sujet épineux, de nature à me faire passer pour un dégueulasse anti-démocratique, je vais plutôt procéder à l’examen d’un ensemble d’exemples, et en tirer quelques réflexions.

Je commence très loin. Napoléon III. Je ne l’apprécie pas spécialement (en même temps, comment peut-il en être autrement pour un fan invétéré de Victor Hugo ?), mais force est de reconnaitre que son bilan est loin d’être si noir qu’on aime à le présenter. Il suffit de voir l’étendue des avancées sociales qui datent de son époque pour s’en convaincre : lisez donc ! Dans le fond, ce monsieur a agi dans l’intérêt de la France, et surtout, des Français. Et pourtant, ce n’est pas un démocrate ! Il assurait tirer sa légitimité de l’assentiment des Français. Du moment où il gouvernait dans le sens de ce que les Français attendaient, il s’estimait donc légitime. Que signifie donc être populaire ? Suffit-il que les Français apprécient le dirigeant, ou le vote doit-il nécessairement valider ce lien ? Il y a fort à penser que Napoléon III était relativement populaire parmi la population (mais je peux me tromper, alors si vous en savez plus à ce sujet…). Était-il donc un bon Président ? Il faut noter que d’autres dictateurs, comme Mussolini, affirmaient n’avoir tout simplement pas besoin de Démocratie, puisque le Duce aurait toujours agi en prise directe avec la volonté populaire. Le principe des Démocraties Populaires n’est-il pas justement que toute opposition est superflue dès lors que l’Etat admet le principe de la dictature du prolétariat ?

Être populaire n’implique pas forcément d’être un bon Président. Berlusconi est toujours très populaire en Italie. Est-il pour autant recommandable ?

Le peuple a-t-il toujours raison ? Non. Vous pouvez toujours me lyncher, mais je pense que la réponse est non. Un seul exemple : Bush. Entre 2001 et 2003, une majorité presque écrasante d’Américains était favorable à la guerre en Irak. Bush, donc (en bon Président ?!) a suivi la volonté du peuple. Mais a-t-il pour autant bien fait ? Je ne pense pas. C’est une grave erreur. Et si vous le reconnaissez, reconnaissez que les Américains avaient alors tort, que le peuple n’a pas forcément le monopole du bon sens, et peut gravement se fourvoyer. Il en est de même au sujet de la peine de mort, par exemple. L’opposition du peuple à son abolition montre bien qu’il peut avoir tort. Le rôle du dirigeant est d’amener les citoyens à se poser les bonnes questions, pas de suivre bêtement leur avis sans remise en question.

La question (c’est vrai que je multiplie les points d’interrogation, dans cet article…) est posée. Pourquoi le peuple n’a-t-il pas toujours raison ? Première raison, il est difficile de mettre tout le monde d’accord, et vous trouverez tout aussi difficilement deux personnes ayant exactement le même avis sur la manière dont les affaires de l’Etat doivent être gérées. Alors qui suivre précisément ? Que suivre ? Le consensus mou ? Deuxième raison, le peuple n’a pas forcément toutes les données en tête pour décider de la politique à mener. Ce n’est pas méchant ou méprisant, ce que je dis. Mais je pense que les dirigeants ont plus de données économiques, sociétales, sociales, militaires, etc, à disposition que le commun des mortels. Il peut donc plus justement décider de la politique à mener. Troisième raison, le peuple est influençable, manipulable. Il arrive souvent que le Président ne soit pas populaire uniquement parce que le peuple a cédé aux sirènes de l’opposition (chez nous, c’est pire que ça, la gauche n’étant pas plus crédible que la Droite aux yeux de l’opinion). Obama est en train de devenir impopulaire. Pourtant, la Réforme du Système de Santé, pour ne citer qu’elle, va dans le bon sens. Seulement, les Républicains travaillent à le descendre avec soin, et leur tapage médiatique incessant, insultant, leur déformation systématique des projets et des propos du Président, la multiplication des rumeurs infondées commencent à renverser l’opinion publique. Obama doit-il renoncer pour autant ? En somme, qu’est-ce qui nous permet de croire que l’avis du peuple est à la fois désintéressé, objectif, forcément pragmatique, prend en compte toutes les réalités de l’Etat du pays, et surtout, quelle assurance avons-nous que l’opinion publique n’est pas influencée (ce qui est finalement le jeu de la Démocratie) ? Si on part du principe que le peuple n’est pas forcément parfaitement éclairé, regorge d’avis divergents, peut être manipulé à loisir (l’Histoire l’a très largement prouvé, pas besoin de m’étendre sur le sujet), doit-on toujours le suivre malgré tout ? Je pense que non.

Ne me faites pas dire ce que je n’ai pas dit. Ce n’est pas un plaidoyer en faveur de la dictature. Le Président doit être le garant à la fois de l’intérêt général, et rester en prise directe avec les attentes du peuple. Seulement, il faut parfois un peu de recul pour juger de la qualité d’une Présidence, et la popularité immédiate n’est pas forcément le meilleur indicateur.

Le système républicain est satisfaisant. Tous les 5 ans, on donne un contrat de confiance (ceci n’est pas une pub pour Darty) à un Président. Cela signifie qu’au moment du vote, le candidat élu est celui qui est le plus représentatif des attentes des citoyens. Il ne va pas forcément le rester. D’une certaine manière, qu’importe ! Les électeurs ont tout loisir de le sanctionner aux élections suivantes ! C’est le principe de l’alternance à la tête de l’Etat. Et ça marche plutôt bien. Et je ne voudrais pas d’un système en campagne permanente, si propice aux excès démagogiques, dans lequel l’intérêt particulier immédiat triomphe sur les vues de long terme.

« La Démocratie est la pire forme de gouvernement, à l’exception de toutes les autres » (Winston Churchill => – Amen -)

D’ailleurs, la meilleure réponse paradoxale à cette question est Jacques Chirac. A la fin de son deuxième mandat, il était très impopulaire. C’était donc un « mauvais » président. Pour autant, il est aujourd’hui au zénith en terme de popularité ! N’est-ce pas la preuve que l’opinion est profondément versatile ?

Enfin, quel que soit le pouvoir en place, je ne penserai jamais, comme le font certains opposants à Nicolas Sarkozy, que telle ou telle personne n’est pas mon Président. Puisque le principe de la Démocratie est d’élire des représentants. Même si l’élu n’était pas notre préféré, il n’y a aucune raison valable de ne pas l’estimer comme notre représentant. Si vous estimez que le Président n’est plus représentatif de ce que vous pensez juste, il vous suffit de glisser un autre bulletin de vote que le sien aux prochaines élections.

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À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

5 Responses to Un bon Président doit-il être populaire ?

  1. Ping : Twitted by bpoincloux

  2. Nicolas says:

    Pourquoi veux-tu que je te lynche ?

  3. Ping : L’UMPS en question « J'ai rarement tort …

  4. Ping : L’Etat face aux influences « J'ai rarement tort …

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