[Alboss] La pilule bleue des cortèges rouges…

J’ai longtemps hésité avant d’écrire ce billet. Je voulais à tout prix éviter de commencer par un billet politique et surtout qui viserait les forces rouges, les forces vives. Je parle de celles qui déambulent dans les rues depuis quelques jours maintenant. Non pas que je les estime au point de ne pas vouloir les attaquer, mais parce que j’estime plutôt qu’elles ne méritent pas qu’on s’attarde sur elles. Mais voilà, on ne peut pas résister à une telle tentation surtout lorsqu’un professeur de mathématiques (et heureusement que ses champs de compétence s’arrêtent là), auquel une tribune est offerte sur i>télé hier, appelle clairement, sans être clair (caractéristique du professeur de mathématique), les lycéens, autrement dit ses élèves, à la manifestation. Là où les propos de Ségolène Royal, s’apparentant davantage à une nouvelle sortie à l’aveugle de celle qui profite déjà de problèmes de vue de Martine Aubry qu’à autre chose, n’ont pas pas retenu mon attention, ceux de ce professeur qui fait défaut à son devoir d’exemplarité m’ont exaspéré.
Alors, il y a cette question en suspens : les jeunes doivent-ils manifester contre une réforme des retraites ? J’en suis, de ces jeunes, et je n’en suis pas, de ces manifestations. Je les subis et, au fond, eux aussi. Il faut d’abord commencer par relativiser l’ampleur du mouvement. Nous ne parlons là que de moins de 10% des lycées de France, et au niveau des facs, c’est encore plus nébuleux. Mais, que voulez-vous la minorité bavarde l’emporte sur la majorité silencieuse.

Il y a ceux qui donc, en plus d’approuver cette soudaine prise de conscience des jeunes, les soutiennent dans leur œuvre. La gauche, associée à l’extrême gauche soutient le mouvement des jeunes contre la réforme des retraites, mouvement organisé par les syndicats d’étudiants et de lycéens tel l’UNEF ou encore l’UNL. S’ils le font c’est avant tout pour garder la main sur cet électorat jeune, leur montrer un soutien politique d’envergure du deuxième ou troisième parti politique français qu’est le Parti Socialiste et de la dame aux 17 millions de scrutins. Pour autant, après avoir justifié la présence des lycéens dans les rangs contestataires à un horaire stratégique qu’est le JT de 20h00, le lendemain, Ségolène Royal, ayant pris conscience qu’elle s’était fourvoyé, tente de minimiser ces mêmes propos.
Il apparaît que la jeunesse est manipulée, on lui fait croire qu’elle pourra continuer à se laisser aller et que la gauche leur promet un avenir. On leur fait croire que la droite rime avec « esclavagisme ». Pourtant on sait très bien que dans notre société on doit bâtir individuellement notre avenir même si l’Etat français apporte des palliatifs : allocations chômages, allocation familiales etc…
Quant aux leaders syndicaux, ils intensifient, de concert avec le NPA, leurs opérations séduction aux portes des lycées. Les syndicats de France font ainsi gonfler les cortèges qui souffrent chaque jour davantage de la désertion et de la démobilisation de ceux qui ne peuvent pas se permettre d’enchaîner les jours sans salaire (à la SNCF, le taux de mobilisation est passé de plus de 50% à moins de 20% en trois jours alors que la grève est devenue reconductible). Alors, solution de facilité : faire appel à ceux qui ne dépendent pas d’émoluments mensuels. Sans compter que cette main d’œuvre est bien plus énergique, bien plus dynamique. C’est la pilule bleue des défilés rouges.

Cette jeunesse n’a rien compris. Elle se trompe de manif, elle se trompe d’objectif. Les manifestations que la jeunesse aurait dû mener sont des contre-manifestations, justement. Ils auraient mieux fait de manifester pour réclamer que nos vieux continuent eux-mêmes de travailler pour s’acquitter de la dette de leurs pensions, de l’ardoise de 1500 milliards qu’ils nous laissent sur le dos. Sans cela, ce sont les générations à venir qui devront cotiser toujours un peu plus. Au final nous travaillerons moins pour cotiser plus si l’âge de la retraite n’est pas repoussé au-delà du cap fatidique des soixante ans. Mais cette jeunesse ne comprend pas. Le jeune n’assume pas la réalité, sa réalité. L’utopie n’est pas envisageable et la jeunesse doit savoir que c’est par elle que se construira son avenir et que politiques sociales ou non les choses ne changeront pas si la jeunesse ne se prend pas en main. Je trouve regrettable qu’elle se laisse manipuler par de prétendus dirigeants gauchistes au lieu de se construire un avenir par les études, la formation professionnelle.
Pour la première fois, les incompréhensions intergénérationnelles s’effacent au nom d’une hypocrite solidarité à l’égard de nos aînés.

Nos jeunes de 16 ans se préoccupent donc de leur retraite à 62 ans, ce qui est d’une aberration sans nom. Encore une fois, sans le savoir, ils vont ainsi à l’encontre de leurs propres intérêts. Mais ça, il ne faut surtout pas leur dire. Le brouhaha médiatique de gauche est là pour couper court à tout argument qui les empêcherait de fragiliser la réforme à Sarko.
Autre argument qui revient en boucle, puisqu’ingurgité par cœur (mieux que leurs leçons actuellement) : la jeunesse craint de se faire piquer du travail sur le marché par les vieux qui travailleraient plus longtemps. C’est dans la droite lignée de l’obsession du partage du travail de la gauche. Alors que c’est en réalité le contraire qui se produit. C’est en maximisant le nombre d’actifs qu’on crée davantage de postes. En France, au niveau des séniors comme des jeunes, nous cumulons les taux d’activité les plus bas d’Europe. Le taux de chômage des jeunes trône à 18%. Donc le partage du travail…

Mais enfin, allez donc essayer de convaincre ces jeunes qui, comme j’ai pu le constater de mes yeux dans l’un des boulevards principaux de ma ville ce matin, manifestaient en rangs serrés et à effectifs réduits composés, de l’aveu même d’un des manifestants, d’élèves en lycée professionnel et dont le seul but est de « foutre le zbeul », entendez le bazar. Quant à la réforme, il apparait donc clairement que même l’intitulé de celle-ci leur échappe. C’est ainsi que sur le rythme de « The White Stripes » des respectables Seven Nation Army qui n’en demandaient pas tant et si peu à la fois, et sur un chant disons… plus folklorique : « Sarko, Sarko, on t’enc… » ils regagnaient leur quartier général, celui qu’ils n’auraient jamais dû quitter : leur lycée.
Malgré ça, les éloges s’abattent sur cette jeunesse dont on admire la prise de conscience et dont on réclame le renfort au détriment de ce qui doit faire sa force : l’éducation. Un éloge qui entre en contradiction avec le traitement qu’on réserve à cette jeunesse le restant de l’année. Sa voix ne résonne pas dans le paysage politique français depuis bien trop longtemps, sa seule solution reste donc la rue. Le souci c’est qu’elle s’éraille la sienne en défendant de manière excessive les intérêts des autres. Mais elle la retrouvera bien vite. Les manifs lycéennes ont cette faiblesse de s’effacer au profit des saintes vacances, et celles de la Toussaint sont imminentes.

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À propos S. Z.
24 ans. Etudiant en droit à l'Université de Rouen. Je cours après l'actu des médias, de la politique et du foot. Et parfois, je donne mon avis.

8 Responses to [Alboss] La pilule bleue des cortèges rouges…

  1. Princesse Alice Paillette says:

    LOL, t’es trop mignon mon shipsouille, t’as pas changé bb, c’est bien tu te lance dans l’écriture ;) Bisous bisous

  2. Vlad says:

    Fichtrement bien écrit et agréable à lire.
    Si cette jeunesse bruyante m’énerve, ils me font de la peine au fond, 16 ans et déjà dans la rue, 16 ans et déjà manipulés par les syndicats les plus nuls de la terre.
    Bon week-end

  3. Tizz says:

    Et surtout, comme l’a dit Zemmour hier soir sur France 2, les jeunes lycéens n’ont pas compris que sans réforme des retraites, ils seront les seuls à devoir financer le régime par répartition. C’est quand même pour eux qu’on essaye d’équilibrer tout ça. Je ne dis pas que la méthode est bonne (personnellement je serais plus pour un régime par répartition), mais il faut de toutes façons absolument faire quelque chose rapidement. Personnellement je n’ai pas envie d’avoir à supporter 4.5 retraités pendant toute ma vie professionnelle.

    • Alexandre says:

      Tout-à-fait. D’ailleurs, pas mal d’économistes (dont celui d’Europe 1 dont le nom m’échappe, et celui de BFM TV…dont le nom m’échappe aussi) ont dit que ces jeunes-là, même si la réforme est loin d’être parfaite, devraient manifester POUR la réforme, voire pour une réforme plus aboutie.

      Ils croient sauver les retraites en s’accrochant aux 60 ans ? Le risque, c’est qu’à force de vouloir à tout prix protéger les acquis sociaux, on en soit réduit à une situation Grecque, dans laquelle TOUS les acquis sociaux sont brutalement abattus. Mieux vaut-il faire un effort tant qu’il en est encore temps, ou prendre de plein fouet dans la figure la faillite inéluctable de l’État si rien ne change ?

  4. Très très bien !
    Je m’apprêtais à écrire également sur le sujet pour dire……exactement ce que tu as dis !…tant pis pour moi tu as été plus rapide et comme c’est excellemment bien écrit je ne vais pas prendre le risque que l’on fasse la comparaison ….pas envie d’être ridicule…et puis tu es mieux placé que moi pour parler des jeunes. Bon, je vais quand même écrire 2 mots la dessus et renvoyer vers ton billet.

  5. h16 says:

    Pas mal, ce billet.

  6. polluxe says:

    Au fait tu es un jeune de quel âge ? :-)

  7. Alboss says:

    Merci h16.

    Je suis un jeune de 18 ans polluxe ;)

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