Stiglitz : Pourquoi la Mondialisation n’atteint-elle pas ses objectifs ?

Joseph Stiglitz, prix Nobel d’Économie, explique en quoi la Mondialisation n’a pas toujours tenu ses promesses. D’après lui, au début des années 1990, la Mondialisation a suscité un consensus quasi général, parmi les pays développés, comme parmi les pays en voie de développement, en offrant des perspectives meilleures pour tous. A l’inverse, aujourd’hui, la Mondialisation fait presque l’unanimité contre elle. Que s’est-il passé ?

Les raisons d’un échec

L’échec relatif de la Mondialisation est du à sa construction excessivement asymétrique, dans la mesure où les pays développés n’ont eu cesse d’encourager les pays en voie de développement à ouvrir leurs marchés, et à mettre fin à leurs subventions au nom du Libéralisme, sans pour autant suivre eux-même ces recommandations en ce qui les concerne. Ainsi, pour ne citer que l’agriculture, qui fait vivre 70% de la population dans les pays en développement, de fortes inégalités subsistent entre ces pays et les pays développés subventionnant toujours aussi fortement ce secteur.

La Mondialisation a du potentiel, pourrait fonctionner, et hausser le niveau de vie de tous, en faisant reculer la pauvreté, mais à condition d’opérer les bons choix. Au nom de la stabilité économique et financière, les pays en voie de développement ont toujours été encouragés, et notamment par le FMI, à favoriser l’intégration économique des marchés financiers. Or ce sont ces excès qui ont favorisé l’instabilité économique que nous connaissons aujourd’hui. La libéralisation des marchés financiers a été poussée trop loin, jusqu’à devenir incontrôlable, faute de garde-fous. Il en est de même pour la libéralisation du commerce, qui n’a pas eu l’effet escompté sur les exportations en provenance des pays du Sud, et creusé les inégalités de développement.

Le récent Sommet de l’ONU contre la pauvreté en a récemment apporté la preuve : « À cinq ans de la date butoir [des objectifs du millénaire], près d’un quart de la population mondiale vit sous le seuil de pauvreté, un milliard de personnes n’ont pas accès à l’eau potable et 2,5 milliards à des services d’assainissement de base. Un milliard de personnes souffrent de la faim, alors que notre planète comptera bientôt 9 milliards d’habitants. 70 millions d’enfants demeurent non scolarisés. » . Cependant, depuis les années 1980, la pauvreté a montré des signes de recul, certes insuffisants, mais bien réels : « Alors que 52 % des habitants des pays en développement vivaient en situation d’extrême pauvreté en 1981, cette proportion était tombée à 25 % en 2005, la pauvreté ayant fortement reculé en Asie de l’Est, en Amérique latine et en Europe orientale et centrale. Les progrès, toutefois, n’ont pas profité pas à tous. L’Afrique subsaharienne continue d’être en retard dans le combat contre la pauvreté. » (banquemondiale.org).

Mondialisation bien gérée, contre mondialisation mal gérée

Certains pays ont cependant réussi à tirer leur épingle du jeu de la Mondialisation. On pense notamment à la Chine (qui affiche allègrement une croissance de 9,5%) ou à l’Inde (plus de 5% de croissance depuis 25 ans, et près de 8% cette année), qui ont bâti leurs économies sur les exportations. La Chine, notamment, a refusé de s’ouvrir aux fonds spéculatifs, mais accueille sans cesse davantage d’investissements de l’étranger. D’une certaine manière, selon les propos de Stiglitz, la Chine a profité des bénéfices de la Mondialisation, sans en payer le prix. Le résultat est impressionnant : on évalue à 300 millions le nombre de personnes sorties de l’extrême pauvreté en Chine en 20 ans. Cela dit, ne pourrait-on pas modérer ce propos en prenant aussi en compte la situation politique du pays ? Ce qu’un gouvernement comme le gouvernement chinois peut se permettre, un gouvernement plus démocratique ne peut pas forcément se le permettre. Je me pose la question de savoir quelle serait la situation d’une Chine démocratique aujourd’hui. Si le totalitarisme est le prix à payer pour sortir de la misère, c’est assez triste. Quoique ce ne soit pas non plus un gage de réussite, à en juger par les performances de certains pays africains dont les dirigeants préfèrent détourner les aides internationales pour leurs poches.

A l’opposé de la situation des pays émergents d’Asie, Stiglitz mentionne la situation de l’Amérique Latine, qui a subi fortement l’influence de la Mondialisation, avec son lot de privatisations et libéralisations, la primeur accordée à l’inflation sur la croissance ou l’Emploi. Ce choix s’est soldé par une croissance économique que le prix Nobel juge très moyenne, et le qualifie de « Mondialisation mal gérée » . Ici aussi, comment ne pas penser au « miracle économique » brésilien des années Lula, bien souvent exagéré par les médias au vu des énormes écarts de richesse qui subsistent dans le pays, mais malgré tout réel ? Lula se vantait récemment d’avoir réalisé pour l’entreprise Petrobras la plus important augmentation de capital de l’histoire mondiale, avec près de 50 Milliards de dollars levés pour émettre de nouveaux titres de cette société. Et comment ne pas penser que l’électron libre sud-américain, le Vénézuela, qui entend s’opposer à l’impérialisme américain et au libéralisme, et nationalise à tours de bras, n’a pas obtenu les résultats escomptés, bien que le réel bilan économique, social, et démocratique de Chavez soit encore difficile à dresser objectivement ?

Quoi qu’il en soit, ce qu’il ressort des propos de Joseph Stiglitz est que la Mondialisation n’a pas tenu toutes ses promesses pour avoir été mal gérée. La dérégulation des marchés financiers a apporté une instabilité dont souffrent les économies, et qui tend à accroître le fossé qui sépare pays riches et pays en développement. Je suis tenté d’y lire une reconnaissance à demi-mot de la pertinence d’un libéralisme à forte implication étatique, tant que l’implication étatique n’atteint pas le niveau chinois, bien sûr. L’État doit accompagner le Libéralisme, lui fixer des règles de bon fonctionnement. Et à défaut de l’État, la Gouvernance mondiale doit prendre la relève, tant les enjeux financiers dépassent aujourd’hui le cadre réduit de chaque État.

Jugez-en par vous-même :

Un grand merci à Eric Michelangeli, mon professeur d’Histoire Géographie, qui m’a fait découvrir cette vidéo via son site.

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À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

7 Responses to Stiglitz : Pourquoi la Mondialisation n’atteint-elle pas ses objectifs ?

  1. xerbias says:

    La mondialisation n’a pas forcément fait un consensus quasi général. Il suffit de se rappeler comment la France renaclait sur le GATT justement au début des années 90 pour s’en convaincre. Ensuite, c’est un jeu où chacun espère ouvrir les marchés des autres, et où l’on ne veut pas trop ouvrir le sien. Les pays asiatiques s’en sont pour la plupart très bien tirés à ce jeu là. Enfin, si les inégalités restent fortes, il faut néanmoins constater que le niveau de vie a quand même beaucoup progressé dans la plupart des pays émergents. Le texte de la Banque Mondiale l’explique d’ailleurs clairement.

    En fait, il n’y a pas trop à s’inquiéter pour le reste du monde hors l’Afrique. Tous les vrais problème y sont concentrés. Et je serais tenté de dire que le premier d’entre eux n’est pas la mondialisation (bien au contraire, vu que l’Afrique subsaharienne y est comparativement moins impliquée que les autres régions) mais plutôt la démographie.

    • Alexandre says:

      La Mondialisation a un bilan particulièrement difficile à dresser, car très contrasté, très nuancé. La Mondialisation intègre et exclut. Elle tire vers le haut ceux qui savent en profiter, et a tendance a laisser sur le bord de la route les Etats défaillants, ou qui n’ont rien à offrir, économiquement parlant. C’est entre autres ce qui explique le problème de certains pays africains.

      Le fait que l’Afrique ne soit pas très impliqué dans la Mondialisation est justement la preuve qu’il s’agit bien souvent d’une région évitée par ce processus, ce qui ne favorise pas son développement.

  2. Ping : L’UMPS en question « J'ai rarement tort …

  3. Ping : L’Etat face aux influences « J'ai rarement tort …

  4. FrédéricLN says:

    Je m’autorise à signaler, sur mon blog, un résumé très résumé de ce livre « Making globalization work »,

    http://demsf.free.fr/index.php?post/2009/11/30/que-la-mondialisation-marche

    ainsi que quelques extraits de sa préface

    http://demsf.free.fr/C1653045422/E20060915090617/index.html

    en espérant donner envie de le lire !

  5. fanny says:

    merci pour vos reponses grace a vous je peux faire mon devoir d’eco
    c est mon prof qui sera content

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