Comment améliorer le système éducatif français ? #1

Voilà une question presque aussi délicate à traiter que celle de l’entente israélo-palestinienne ou celle de l’amélioration de l’Emploi en France. Je rebondis, une fois n’est pas coutume, sur les propos de l’Hérétique, qui félicite Bayrou d’avoir évoqué l’importance d’apprendre à lire à nos enfants, ce qu’il considère à juste titre comme la condition incontournable au progrès humain, intellectuel, économique, technologique, de notre pays. C’est vrai. Mais au-delà du simple constat, que tout un chacun pourrait faire (de Marine Le Pen à Olivier Besancenot), que pourrait-on faire pour améliorer notre système scolaire ? Ce n’est pas évident : si une solution miracle existant, nul doute que ça se saurait, au même titre que la solution au problème du chômage, ou au conflit israélo-palestinien.

1e idée, indirectement en rapport, le Baccalauréat.

Sujet maintes fois débattu, maintes fois rejeté au loin d’un revers de la main. La question est complexe : faut-il toucher au sacrosaint Baccalauréat ? Plusieurs études ont démontré le coût absolument démesuré de l’examen (50,8 millions d’Euros en 2010, soit près de 80€ par bachelier), argent qui pourrait être réutilisé plus avantageusement en l’investissant davantage dans la scolarité des élèves que dans de la paperasse de fin de scolarité. J’ai presque envie de dire que c’est de l’argent stérile. Sans compter la perte de 2 à 3 semaines de cours pour les Lycéens (selon les théories les plus optimistes) dans les centres d’examen, et dans le seul but d’éliminer … 1 élève sur 20 (autant dire qu’il faut quasiment le faire exprès, pour rater son Bac, surtout dans un Lycée à peu près convenable).

La question même de la pertinence d’un examen unique en fin de Terminale peut se poser. Doit-on évaluer le niveau d’un élève sur sa prestation d’une journée, ou d’une semaine ? Est-ce vraiment un reflet fidèle de ce que sait l’élève, et de ce qu’il est ? De son travail ? De sa culture ? Je connais l’argument selon lequel le Bac est le meilleur moyen pour que tous les lycéens de France soient jugés sur un même examen unique, identique, sans les inégalités liées au lycée, aux différents professeurs, dont on sait que tous ne notent pas de la même manière. C’est vrai. Mais en attendant, si on prend l’épreuve de Philosophie, il peut très bien arriver que les sujets proposés ne conviennent pas au bachelier, ne l’inspirent pas, sans pour autant empêcher qu’il ait été brillant pendant toute sa scolarité (et pour une même copie de Philosophie au Bac, il a été montré qu’on peut obtenir 16 aussi bien que 11). L’assertion est aussi contestable du fait que les DUT (Diplômes Universitaires de Technologie, préparés en IUT) soient délivrés uniquement par évaluation en cours de formation. Ne sont-ce pourtant pas des diplômes à valeur nationale ? Est-ce un réel facteur d’inégalités ?

Se baser sur la performance d’un seul jour, sur un seul sujet, en imaginant tous les facteurs pouvant influencer le résultat, parmi lesquels le stress, la fatigue, les conditions extérieurs ou familiales, est peut-être un moins bon reflet que de se baser aussi, en plus, sur le parcours du lycéen, et ses résultats durant l’année. Je ne dis pas de supprimer totalement l’épreuve du Bac, mais éventuellement de la pondérer davantage par le contrôle continu.

En outre, la perspective du Baccalauréat occupe quasiment tous les esprits de professeurs et d’élèves pendant l’année de Terminale. On y travaille moins pour progresser, ou préparer la suite de ses études que pour « avoir le Bac » , c’est-à-dire, savoir ce qui, précisément, nous fera réussir le Bac, ce qui est une contrainte pour le travail des professeurs qui se voient fixé un sévère carcan, voire des œillères, et se concentrent excessivement sur l’épreuve, au détriment du savoir.

Une autre solution pourrait être de passer sur un contrôle continu total, mais pondéré par 2 (ou 3) épreuves communes par matière au cours de l’année de Terminale : un même sujet serait envoyé à tous les Lycées, qui le proposeraient obligatoirement à leurs élèves, le même jour, mais dans leur Lycée d’origine (sans organisation fastidieuse et coûteuse). Les copies seraient corrigées par d’autres profs que ceux des élèves, du même Lycée, ou mieux, d’un autre Lycée (accords entre Lycées d’une académie), selon des consignes de correction précises. Ces examens compteraient dans la moyenne, comme les autres devoirs, mais avec un plus fort coefficient (à déterminer), à la manière des Bac blancs.

Élément de réflexion : en Espagne, en Suède, et en Belgique, seul compte le contrôle continu (il me semble).

Et vous ? Qu’en pensez-vous ? Le Bac doit-il être maintenu, aménagé, supprimé ?

(à suivre)

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À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

9 Responses to Comment améliorer le système éducatif français ? #1

  1. ValLeNain says:

    Le Bac c’est beau quand même, tous les Français partagent cette singularité de leur parcours (pas tous c’est vrai).

    Il faut garder l’épreuve, pour son histoire, et puis aussi parce que la vie c’est un peu ça : on tombe un jour sur un problème et on a pas forcément de moyens de le contourner, on doit le résoudre, que ça nous plaise ou non. Le bac a ce petit côté « et maintenant, à toi de jouer, et tout de suite » que je trouve sympa.

    Mais le pondérer par du contrôle continu ça me semble presque normal, car comme tu le dis, l’année de terminale se concentre exclusivement sur le bac, faisant passer les interros du long de l’année pour des heures supplices inutiles…

  2. Malaberg says:

    je suis assez contre le principe du contrôle continu… En tout cas, tant qu’on est noté par ses propres profs. Les notes dépendent tellement du prof que savoir qu’avoir tel prof nous fera avoir une mauvaise note au bac est décourageant.
    Je vais prendre mon exemple perso, puisque c’est le premier que j’ai sous la main. J’étais en T S spé math, on avait une très grosse tête de classe (12 élèves) qui aspirait à aller en prépa (on y est tous allés d’ailleurs), et donc, notre prof de physique, assez élitiste, nous faisait des DS assez durs. résultat : la meilleure moyenne de la classe oscillait selon les trimestres entre 14 et 16…
    J’ai personnellement tourné régulièrement aux alentours de 14-15, mais au bac…
    de manière un peu arrogante, je n’ai pas jugé bon d’apprendre mon cours.
    Résultat, la première question de physique du bac 2007, c’était une question de cours, qui valait un point. et je ne savais pas répondre.
    donc, bah, j’ai eu 19…
    Tout ceci pour dire qu’avec le contrôle continu, bah, j’aurais quand même fait beaucoup moins bien !
    d’autant plus qu’avec les mêmes sujets partout en france, on a plus une garantie d’équité que si chaque lycée (voire chaque prof) faisait les siens…

  3. Malaberg says:

    enfin, cela dit, tu es en terminale, et c’est normal en terminale de vouloir supprimer le bac…

    de même, en prépa, on ne rêve que d’une chose : qu’on supprime les concours et qu’on te recrute en école juste sur entretien !

    • Alexandre says:

      « Les notes dépendent tellement du prof que savoir qu’avoir tel prof nous fera avoir une mauvaise note au bac est décourageant. »

      Certes, mais les fluctuations de notes existent aussi au Bac (cf Philo, par exemple). Sans compter qu’on peut très bien avoir le cas inverse : se planter le jour J, après avoir été bon toute l’année.

      « enfin, cela dit, tu es en terminale, et c’est normal en terminale de vouloir supprimer le bac… »

      Euh… Détrompe-toi. Quand j’écris ça, je ne pense pas spécifiquement à moi. Déjà, parce que, même si ça se faisait, ce serait trop tard pour que j’en profite. Ensuite, parce que j’occulte ma situation personnelle quand j’écris, et le Bac, à titre personnel ne me fait pas si peur que ça. Enfin, parce que, contrairement à ce que tu crois, je connais beaucoup de Lycéens en classe de Terminales favorables au Bac, et hostiles au contrôle continu, et je le sais pour en avoir discuté avec eux !

      En plus, dans mon sens, maintenir le Bac, mais faire compter davantage le contrôle continu est une solution qui est loin de me déplaire. :-)

      Merci d’avoir partagé ton expérience !

  4. Greg says:

    Perso le système éducatif occidental me fait un peu peur, l’apprentissage du « par-coeur », comme je le dis dans un de mes articles, n’est pas forcément la bonne solution et ne fait pas forcément des meilleurs élèves les personnes les plus aptes à réussir leur vie ni les plus aptes à trouver leur voie ou comprendre quelle est leur véritable passion.

    • Alexandre says:

      Tout est dans la mesure. Le « par coeur » a ses vertus, mais ne remplace pas l’esprit critique et la compréhension logique.

      Le rôle de l’école est peut-être aussi de favoriser l’ouverture d’esprit des élèves à des formes diversifiées de culture, d’arts, de sports, au-delà d’un cadre strictement scolaire, c’est-à-dire régi par des notes, des cours, et du « par coeur ».

      Je pense que je reviendrai sur le sujet à l’occasion d’un prochain billet : je trouve par exemple que le système cours le matin / activités diverses culturelles et sportives l’après-midi mérite d’être approfondi, et part d’un principe intéressant à exploiter.

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