Une question de choix

Isabelle Resplendino rappelle une question oubliée par cette présidentielle : l’autisme, et la scolarisation des enfants handicapés. C’est un sujet à propos duquel Nicolas Sarkozy ne semble pas avoir démérité, au point de convaincre des parents de gauche de voter pour lui.

Une fois n’est pas coutume, il s’agit davantage d’une question de bonne volonté que de moyens, contrairement à ce qu’on entend couramment. Ou du moins, il s’agit d’une question de priorités. Cet article en 3 pages d’Atlantico est formidable dans l’analyse des économies qu’il est possible de réaliser sans dégrader la qualité de l’enseignement. Pour un élève scolarisé, on paye plus de 350€ de fonctionnaires pour l’administratif, contre 80€ en Allemagne ("une dépense de 351,33 euros par élève et par an en France et 80,11 euros en Allemagne – soit 271,23 euros de plus. Rapporté aux 10 millions d’élèves français, cela représente une dépense de 2,74 milliards d’euros par an"). Pour un professeur en classe, il y a 3 fonctionnaires dans l’administration de l’éducation nationale. Agissons sur ce levier, et on pourra à la fois économiser, et à la fois utiliser l’argent plus efficacement, c’est-à-dire au plus près de l’élève et du professeur ! Il y a largement assez d’argent pour scolariser les enfants handicapés en assurant leurs besoins, pour ouvrir davantage d’internats d’excellence, permettant une ascension sociale accélérée, et même pour permettre de scolariser les élèves en échec scolaire et comportemental. Tout est une question de choix. Dégonflons le mille-feuilles administratif et recommençons à utiliser l’argent là où il est nécessaire, utile, productif. C’est là que devrait être la priorité : dans la chasse continue, permanente, au gaspillage, à la dépense superflue, dans le dégonflement de l’administration pléthorique (qui ne démontre en outre pas son efficacité !).

Le même problème est décelable dans la Santé Publique. Il paraît qu’on n’a plus de moyens, et qu’on vient même à manquer de linge d’hôpital (venez avec votre couverture !). Le système est délabré (autant d’IRM par habitant qu’en Turquie). Pourtant, en terme de dépenses de santé, nous sommes les champions du monde, juste derrière les américains. Pourtant, dépense supérieure ne rime pas avec qualité de soins supérieure ! Les Pays-Bas et le Danemark assurent un meilleur index de qualité en dépensant moins, et la Suisse, l’Allemagne, la Suède et la Norvège arrivent à un niveau de qualité à peu près équivalent, à un coût moindre ! Le problème est très vaste (on pourrait évoquer que les Français consomment 2 à 2.5 fois plus d’antibiotiques que les Allemands ou les Britanniques, 2 à 4 fois plus de psychotropes que dans n’importe quel autre pays, que 90% des consultations chez le généraliste aboutissent à une prescription, contre 40% aux Pays-Bas ou 60% en Allemagne de mémoire…), mais nous pourrions là aussi pointer du doigt le déluge administratif (dés)organisé autour de la Santé Publique, avec moult commissions, comités, agences et autres dont les missions se superposent assez régulièrement pour envisager des fusions massives : directoires, conseils de surveillance, commissions médicales d’établissement, comités techniques d’établissement, comité d’hygiène, de sécurité, et de conditions de travail, agences régionales de santé (regroupant pas moins de 7 organismes différents), comités d’éthiques, cercles régionaux d’éthique, comités de protection des personnes, AFSSAPS, AFSSA, AFSSE, EFS, EFG, OPRI, Haut Conseil de Santé Publique… Et j’en passe !

http://thecornerstoneforteachers.com/wordpress/wp-content/uploads/bureaucracy.jpg

Sans doute ces fonctions doivent-elles être assurées, mais un peu de frugalité de ce côté ne ferait sans doute pas de mal, avec quelques rapprochements, et quelques économies administratives… Ne parlons même pas des formalités administratives, qui, pour flatter cette même administration très pointilleuse, obligent le médecin à remplir une paperasse de plus en plus folle, au détriment du temps passé auprès du malade ou de ses proches. Ce système est en partie dénoncé par Patrick Pelloux, du syndicat des médecins urgentistes, qui a malgré tout le toupet de croire que c’est le néolibéralisme thatchérien qui est à mettre en cause dans cette affaire (alors que l’inspiration du système est plutôt bureaucratique et soviétisante qu’ultralibérale, très franchement, et que le système Outre-Manche est encore plus étatisé)… Comme quoi, le Libéralisme, même quand il est piétiné dans ses principes fondamentaux, reste le coupable idéal.

Tout ça pour dire que là aussi, beaucoup d’argent est gaspillé dans des empilements administratifs. Il serait plus judicieux de se rappeler de la fonction première de la Santé Publique, qui est la mission de soins (ou de prévention, soit), et de rapprocher l’argent, les moyens, des patients, des médecins, et des familles … là où il est utile et manque, tout simplement.

Quel candidat à la présidentielle est prêt à rappeler à l’État providence, à défaut de le contester, ses réelles priorités ? Qui est prêt à indiquer toutes les sources possibles d’économies de fonctionnement ? Qui ? Pauvre pays.

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À propos Alexandre
Carabin passionné de politique, dextro-centriste et méchant libéral. Rule Britannia ! J'ai rarement tort mais ça m'arrive souvent.

4 Responses to Une question de choix

  1. luciolebrune dit :

    Oups ! Privée de surf pour cause de trop de travail, j’avais loupé cet excellent article. Eh oui, l’argent inutilement distribué pourrait être bien mieux investi ailleurs.
    Quand on voit le prix de journée dans un Insitut Médico-Educatif ou un Hôpital de Jour en France et le prix de journée d’une scolarité d’un enfant handicapé dans une école (avec les moyens matériels et humains adéquats), cela peut coûter 5 fois plus cher dans le secteur de la santé. Sans compter que dans la première situation, il faudra un miracle pour que l’enfant devienne un adulte autonome…
    Merci pour le lien !
    Isabelle

  2. luciolebrune dit :

    Oups, je voulais dire : "dans une école en Belgique" parce qu’en France, il est rare que les moyens efficaces soient donnés à l’intégration scolaire

  3. luciolebrune dit :

    Ceci dit, si Nicolas Sarkozy a en effet scolarisé beaucoup d’enfants en situtation de handicaps, les moyens n’étaient pas au rendez-vous pour que cela se passe d’une manière optimale. D’où l’intérêt de cet article.

  4. merci pour ce post, super comme source

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